Publié le 11/09/2019

L'ÉTRANGE FESTIVAL : compte-rendu du lundi 9 septembre

L'ÉTRANGE FESTIVAL : compte-rendu du lundi 9 septembre

Retour à l’Etrange Festival, qui se déroule toujours dans l’antre du forum des images à Chatelet. Au programme du lundi 9 septembre : un film fantastique indien, un drame allemand autour de terroristes, le nouveau Du Welz et la petite sensation Swallow.

La journée démarre avec la projection de Tumbbad, le film fantastique indien de Rahi Anil Barve et Adesh Prasad. Au début du siècle dernier, à l’ouest du pays, la maîtresse d’un homme plus tyrannique qu’autre chose élève seule ses deux enfants, Vinayak et Sadashiv, et est chargée de nourrir la « grand-mère ». Cette dernière, qui dort à longueur de journée et vit enchaînée dans une petite chambre, ressemble davantage à un monstre qu’à une gentille mamie. Suite à un drame, Vinayak et sa mère quitte la région. Des années plus tard, Vinayak désormais adulte revient dans la maison de son enfance, résolu à y trouver un trésor dont il avait entendu parler. A partir d’une histoire aux allures de conte ou mythe, Tumbbad se transforme progressivement en récit fantastique lorgnant vers le fantastique tout en conservant des allures de fable. La convoitise grandissante des personnages les entraîne dans des aventures de plus en plus effrayantes et la question de la responsabilité est sans cesse retournée. Tumbbad n’a peur de rien et possède une forme extrêmement généreuse. Le film plonge dans chacune de ses idées, osant des plans plongés dans le noir, à l’exception d’une petite lanterne qui n’éclaire que le visage d’un personnage, jouant quelque fois sur l’invisibilité d’une menace sonore qui se rapproche (comme le destin des protagonistes s’écrit progressivement). Les scènes de fête laissant grande part à la musique et qui semblent sorties d’un film typiquement bollywoodien laissent soudainement place à des images effrayantes et au vertige de l’envie. Tumbbad n’a décidément jamais froid aux yeux.

On quitte les pluies diluviennes des plaines de l’ouest de l’Inde pour arriver dans les petites villes allemandes délaissées. Becky et Tommi, un jeune couple, forment avec leur ami Micky, une cellule terroriste raciste. Ils voyagent et tuent, dans chaque ville qu’ils traversent, des immigrés. Sur papier l’absence de jugement et le prisme de l’amour entre les personnages était une bonne approche. Sur l’écran, le résultat est tout autre. Baignant dans une sous-exposition constante, A Winter’s Tale s’attarde sur son misérabilisme et les situations de crise existentielles rencontrées par les protagonistes virent trop souvent au ridicule (malgré les excellentes interprétations d’acteurs). Il était nécessaire pour un film sur ce thème et surtout à travers cet axe, de faire preuve de psychologie, mais ce n’est jamais le cas, on a davantage la sensation d’assister à des verres qui se brisent plutôt qu’à de vrais humains. Il faut finalement se résoudre à l’idée : A Winter’s Tale est trop simpliste, il ne trouve jamais le juste ton, ni pour toucher, ni pour choquer. Le film réalisé par Jan Bonny sera rediffusé au Forum des images dans le cadre de l’Etrange Festival le 13 septembre à 14h15.

Après une escale aux USA pour Message from the King, Fabrice Du Welz retrouve sa Belgique d’origine avec Adoration, diffusé à l’Etrange Festival dans le cadre de la sélection Mondovision (hors-compétition donc). Paul, fils d’une infirmière, rencontre Gloria, une jeune fille du même âge que lui, et patiente de sa mère. Les deux adolescents tombent amoureux, envers et contre tous. L’adolescence dans la fiction est souvent synonyme de récit initiatique, parfois d’aventure, dans lequel le garçon doit affronter le mal pour devenir homme. Dans Adoration, l’initiation se fait par le prise de l’amour, celui que l’on a du mal à maîtriser parce que trop jeune, celui lors duquel l’être aimé devient seule raison de vivre. Du Welz excelle dans l’épuration de son récit et évite ainsi tout sursaut malvenu. Il ne reste que la bienveillance de Paul envers Gloria, et l’envie de confiance de Gloria envers Paul, qui est souvent mis à mal par la maladie - le tout sublimé par la formidable photographie de Manu Dacosse. Adoration sera rediffusé le 15 septembre à 19h15, toujours dans le cadre de l’Etrange Festival, au Forum des images.

Enfin, la journée du 9 se termine avec un film qui a fait, à peu près au même moment, une petite sensation au Festival de Deauville : Swallow (Carlo Mirabella-Davis, USA/France). Hunter, une jeune femme au foyer ne vit que pour rendre son riche mari heureux. Le jour où elle apprend sa grossesse, elle commence à ingérer des objets. Le réalisateur précise, lors de la présentation de son film, qu’il est inspiré de la vie de sa grand-mère. On apprend ensuite, lors d’une discussion informelle après la projection, que sa grand-mère, femme au foyer, avait développé un TOC sévère et avait été internée par son grand-père. Elle avait subi une lobotomie et perdu une partie de ses sens. C’est peut-être parce que l’histoire de sa grand-mère lui tenait tant à coeur que Carlo Mirabella-Davis parvient à livrer une des œuvres les plus touchantes (du moins jusque là) de la compétition Nouveau Genre. Swallow maîtrise à merveille le dévoilement progressif de son malaise calfeutré dans un décor parfait, avec un compagnon de vie au physique de Ken de Barbie et à la carrière de Christian Grey. Enfermée dans sa maison Barbie dont elle semble être elle-même devenue un objet, sans possibilité d’émancipation, Hunter ne peut que développer le Pica, un trouble incontrôlable. Il résulte, de cette histoire et de son atmosphère, un juste cri en faveur de l’émancipation des femmes. Swallow sera rediffusé au festival samedi 14 septembre à 15h15.

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par Manon Franken

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