Festival de Cannes 2012: le bilan !

Festival de Cannes 2012: le bilan !

Festival de Cannes 2012, clap de fin ! La 65e édition du Festival de Cannes s’est achevée ce dimanche. Que retenir de ce cru ? FilmDeCulte fait le bilan.

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«Vous n’avez encore rien vu». Thierry Frémaux avait fait référence, lors de l’annonce de la sélection 2012, au titre du nouveau Resnais pour présenter les films de cette année cannoise. Le cru 2012 avait pour mission impossible de faire au moins aussi bien que Cannes 2011. L’an passé, la compétition avait aligné les sommets, les sélections parallèles fourmillaient de révélations, et au final on tenait la meilleure sélection depuis 10 ans (l’incroyable 2001 avec, en officielle, Mulholland Drive, Moulin Rouge, Millennium Mambo, La Pianiste, The Man Who Wasn’t There, Va savoir, Distance, Kaïro, Avalon, on en passe). Ce serait injuste de juger 2012 décevant par rapport au niveau exceptionnel de l’an passé. Mais il y a pourtant quelques raisons d’avoir des réserves.

Le manque de découvertes tout d’abord. Cannes est le plus grand festival de cinéma au monde, celui où se donnent rendez-vous les plus grands cinéastes, celui aussi où naissent les cinéastes qui compteront. L’an passé, des réalisateurs débutants (ou presque, pour certains) nous ont tapé dans l’œil : Joachim Trier, Julia Leigh, Markus Schleinzer, Sean Durkin, Gerardo Naranjo, Marco Dutra & Juliana Rojas pour ne citer qu’eux. On sera bien en peine d’en trouver autant cette année. Quelques indices : une compétition sans premier long métrage, et une Caméra d’or décernée à un film (le magnifique Les Bêtes du sud sauvage) qui est certes une révélation mais qui est en fait une découverte de Sundance où il a remporté le Grand Prix il y a 4 mois. Chaque année on entend les mêmes plaintes, Cannes c’est toujours les mêmes, et c’est toujours faux. Mais si le palmarès 2012 est composé à 100% de cinéastes déjà primés à Cannes, c’est aussi parce que cette année ne s’est pas vraiment distinguée par son sang neuf.

Autre déception pour beaucoup : la sélection américaine. La frousse des studios avait rendu, ces dernières années, la tache de Frémaux très compliquée. On en etait arrivé à des situations ubuesques comme en 2010 où le seul représentant américain en compétition était… Doug Liman pour le déjà oublié Fair Game. Sur la ligne de départ, 5 Américains : Moonrise Kingdom de Wes Anderson, Cogan – la mort en douce d’Andrew Dominik, Des hommes sans loi de John Hillcoat, Mud de Jeff Nichols et Paperboy de Lee Daniels. Moonrise…, première incursion d’Anderson en compétition, a charmé à peu près tout le monde, même si l’on a peu entendu qu’il s’agissait de son meilleur film. Mud a également eu ses supporters mais a largement divisé notre rédaction. Cogan a plu à la presse américaine mais le film, par son discours plaqué, nous a laissé une impression de superficialité. Paperboy, le plus mal accueilli, nous donne l’occasion de rappeler ce qu’un internaute a écrit au sujet du film : il est bien plus aisé d’aimer les films de John Waters ou The Rocky Horror Picture Show aujourd’hui qu’à leur sortie. Sans mettre le film de Lee Daniels au même niveau que les meilleurs Waters ou la comédie musicale culte, Paperboy joue sur le terrain dangereux du camp, du vulgaire et de l’outrance. Difficile de faire l’unanimité à Cannes avec un tel film mais, paradoxalement, sa place en compétition nous paraît moins discutable que celle de films comme Des hommes sans loi, qui aurait fait un sympathique film d’ouverture, mais hors compétition. Incompréhension encore plus grande pour le presque Américain Sur la route de Walter Salles, qui lui aurait carrément fait un parfait mauvais film de clôture.

Mais le niveau général de la compétition a été bon. Michael Haneke est en train de se dardenniser, passant du cinéaste poil à gratter (Rosetta pour les Dardennes à l’époque, le Haneke de Funny Games) à cinéaste quasi unanimement aimé (Le Gamin au vélo plébiscité l’an passé, Amour adoré cette année) sans avoir à faire de concession. Amour est son film le plus accessible et aussi l’un de ses plus réussis. Son compatriote Ulrich Seidl a présenté un Paradis : Amour plus complexe qu’il n’y paraît, et a confirmé après son Import/Export sélectionné à Cannes en 2007. On a hâte de découvrir les deux autres volets de sa trilogie. Cristian Mungiu a confirmé les espoirs de 4 mois 3 semaines 2 jours avec l'impressionnant Au-delà des collines, sans sombrer dans la caricature auteuriste comme, malheureusement, Sergei Loznitsa avec un Dans la brume qui n’arrive pas à la cheville de My Joy. Le Danois Thomas Vinterberg revient du diable vauvert avec La Chasse, mélodrame classique mais exécuté avec excellence. On passe également sur Reality qu’on a trouvé aussi médiocre que daté. Encore une fois, Matteo Garrone repart avec le Grand Prix, soit à un souffle de la Palme d’or. Ca fait froid dans le dos.

Côté France, plus que le Jacques Audiard qui nous a déçus (et dont l’absence au palmarès est une demi surprise), plus que le Resnais qui porte bien mal son titre, c’est surtout Léos Carax qui a fait l’événement. Le vrai Vous n’avez encore rien vu du festival, c’était bien Holy Motors. Le film ne se limite pas à l’effet de surprise, à un cadavre exquis déroutant. Il est un fascinant conte de cinéma provoquant un émerveillement qui manquait devant d’autres films plus formatés. Holy Motors est un terrain de jeu entièrement libre et une lettre d’amour au 7e art. Si Cannes 2012 devait porter la signature d’un film, ce serait celui-là. Côté Asie, le contingent était très réduit : un continent, trois films. Abbas Kiarostami a livré un joli Like Someone in Love qui n’a semble t-il pas spécialement marqué les esprits. On sera beaucoup plus enthousiaste sur deux films sous-estimés : In Another Country de Hong Sang-Soo et L’Ivresse de l’argent de Im Sang-Soo. Le premier semble condamné, face à des films dotés de « grands sujets », à être balayé d’un revers de main. Mais l’épure de la mise en scène de Hong Sang-Soo n’empêche pas sa sophistication, son enchevêtrement de récits n’est pas qu’une formule, ses amours ne sont pas futilité. La façon dont Isabelle Huppert, actrice sur le papier ultra éloignée de l’univers du Coréen, se moule dans son cinéma, est épatante. Une grâce fragile à côté de laquelle beaucoup seront passés. Quant à Im Sang-Soo, son apparente frivolité et son passage en fin de festival semblent l’avoir enfermé dans la case du petit divertissement coquet. Le film est pourtant mordant et actuel dans son propos, déroutant et libre dans son exécution, mêlant érotisme léché et mortifère de poupées-mannequins, bande bis à vampires et farce surréaliste de fantôme qui chante.

Quid du palmarès ? La Palme à Haneke semble évidente. On aurait rêvé de Hong Sang-Soo ou Carax mais le pari était peut-être compliqué, même si l'absence de ce dernier est un peu triste. On est heureux que ce ne soit pas ce jury-là qui ait eu à juger la compétition 2010 où Tim Burton a accordé la Palme à Oncle Boonmee. Lors de la conférence de presse de clôture, Moretti a confié que les films de Reygadas, Carax et Seidl étaient ceux qui avaient le plus divisé. Dommage que le cinéma le plus radical n’ait eu droit qu’à un prix (la mise en scène) allé à Post Tenebras Lux, un film qui offrait certes parmi les images les plus marquantes de l’année, mais où le talent extraordinaire de Reygadas nous a semblé au service de rien. Dommage aussi d’attribuer un prix d’encouragement tel que le prix du jury à un cinéaste comme Ken Loach, palmé il y a cinq ans et dont le cinéma est immobile depuis au moins dix ans.

Du côté des autres sélections, à Un Certain Regard, c’était plutôt la soupe à la grimace. Le cru 2011 était exceptionnel, mais ceux de 2010 (Blue Valentine, Ha Ha Ha, Les Amours imaginaires, L’Etrange affaire Angelica, Sous toi la ville), 2009 (Air Doll, Canine, Mother) ou 2008 (Hunger, Tokyo Sonata, Wendy et Lucy, Septième ciel) n’étaient pas mal non plus. Cette année, hormis Laurence Anyways, Le Grand soir ou Les Bêtes du sud sauvage, ou dans une moindre mesure La Pirogue, pas mal de déceptions : grand cinéaste en berne (Wakamatsu), films au mieux propres (A perdre la raison, La Playa DC), catastrophes (Student, Miss Lovely). On a une pensée pour la polémique en carton sur l’absence de cinéastes femmes en compétition lorsqu’on voit l’accueil glacial qui a été réservé aux films de Catherine Corsini et Sylvie Verheyde (imaginez le carnage avec les mêmes en compétition). Dans ce contexte, la place du film de Xavier Dolan, d’une pointure supérieure à quasi toute cette sélection, paraît encore plus injuste que sur le papier.

L’une des curiosités de ce Cannes 2012 était la Quinzaine des réalisateurs. Après avoir fait grogner pas mal de presse en 2011, la Quinzaine était en mode reconquête. Edouard Waintrop, nouveau sélectionneur, a fait le job. A nos yeux, pas forcément une foule de films inoubliables. Mais pas mal de bonnes choses, parfois très bonnes (le doc Room 237), et surtout un goût prometteur pour l’éclectisme, de l’animation coréenne de The King of Pigs à la fresque indienne Gangs of Wasseypur, de Fogo à Dangerous Liaisons, de Sightseers à Ernest et Célestine. Une promesse pour 2013. On attend déjà avec impatience le 66e Festival de Cannes.

par Nicolas Bardot

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