Au revoir l'été

Au revoir l'été
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Au revoir l'été
Hotori no Sakuko
Japon, 2013
De Koji Fukada
Scénario : Koji Fukada
Durée : 2h05
Sortie : 17/12/2014
Note FilmDeCulte : ****--
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Cet « au revoir » commence par un « bonjour », une arrivée : Mikie vient achever au vert un important travail ethnographique dans la maison vacante de sa sœur, où elle débarque avec sa nièce Sakuko, qui s’apprête à entrer à l’université. Ce retour dans le village d’enfance est pour Mikie l’occasion de retrouver Ukichi, son ancien amant désormais gérant d’un love hotel, et pour sa nièce de rencontrer Takashi, le protégé de celui-ci, réfugié de Fukushima...

SAKUKO AU BORD DE LA RIVIÈRE

Au revoir l'été est le titre international (et en français, donc) du nouveau film de Koji Fukada (lire notre entretien), cinéaste francophile dont le précédent long, Hospitalité, n'a pas été distribué en France. Son titre original, qui signifie Sakuko au bord de la rivière, sonne comme un clin d’œil à Pauline à la plage. Fukada est en effet un amoureux de Rohmer, et si (comme d'habitude) les liens rohmériens faits ici ou là entre Au revoir l'été et le cinéma de Rohmer sont souvent limités à la récurrence des marivaudages, ce sont d'autres éléments qui lancent des ponts entre le réalisateur japonais et le maître français. Comme chez Rohmer, on parle beaucoup, et comme chez Rohmer, il y a un décalage entre l'action et la parole. Dans Au revoir l'été, un homme parle de son hôtel comme d'un endroit respectable, pas comme du love hotel qu'il est réellement (et personne n'est dupe). La jeune héroïne s'interroge sur l'intérêt d'aller aider des peuples à l'étranger alors qu'il y a tant de gens à aider au Japon. Un camarade, réfugié de Fukushima, ne semble pourtant pas recevoir tant d'aide que ça (et ses camarades se moquent sans gêne de lui). On parle de partir loin alors qu'on se ballade sur des rails abandonnés, recouverts par la verdure. Sous ses apparences extrêmement douces, Au revoir l'été porte un regard assez amer sur une société japonaise repliée sur elle-même tout en ignorant ce qui cloche.

"Tu devrais réviser". Cut: l'héroïne part à la plage. Parfois, le décalage entre l'action est la parole est plus léger. Au revoir l'été a, malgré son amertume, une délicatesse absolument charmante. On pense à cette scène où Sakuko (Fumi Nikaido, la découverte d'Himizu) entre dans l'eau comme elle pénétrerait dans un miroir, ou au superbe usage des couleurs: le vert tendre d'une robe, le rose d'un plaid abandonné sur le lit de la chambre, le rouge de la glace pilée. Mais ce rouge n'est-il pas un trompe l’œil ? Ces glaces n'ont-elles pas toutes le même goût ? Il serait assez facile de ne voir en Au revoir l'été qu'une jolie chose coquette alanguie sous le soleil d'été mais le film de Koji Fukada, par ailleurs probablement trop long, est plus complexe que cela.

par Nicolas Bardot

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