Tangerine

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Tangerine
États-Unis, 2015
De Sean Baker
Scénario : Sean Baker, Chris Bergoch
Avec : Kitana Kiki Rodriguez, Mya Taylor
Photo : Sean Baker, Radium Cheung
Musique : Matthew Smith
Durée : 1h28
Sortie : 30/12/2015
Note FilmDeCulte : *****-
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24 heures dans la vie de Sin-Dee Rella, qui traverse Los Angeles à la recherche de sa rivale.

J'AI DU BAGOU PAS DE TABOU

Tangerine a été produit pour 100.000 dollars et tourné sur iPhone. Le dire, ce n'est pas saluer une performance qui mériterait de donner des bons points et une image au réalisateur, Sean Baker (lire notre entretien). C'est signaler ce que peut être un cinéma vraiment indépendant, dont les conditions de tournage ne peuvent certes pas s'appliquer à tous les films du monde, mais qui ont permis la totale liberté qui exulte dans chaque plan du long métrage. Tangerine raconte l'histoire de deux amies, travailleuses du sexe transgenres, et dont l'une, à peine sortie de prison, veut se venger de la meuf qui a couché avec son mec. Pas vraiment le type de sujet qui passionne les studios ou les jeunes cinéastes "indés" candidats à la réalisation de Spiderman vs Transformers.

Tournage guérilla, budget rikiki, sujet potentiellement tragique: Tangerine ne joue pourtant pas la carte du drame social misérabiliste - au grand contraire. Le premier plan, jaune chatoyant (avec certes quelques rayures) annonce la couleur. "That's too much drama", lance l'une des héroïnes. Tangerine est avant tout une comédie - et une excellente comédie - aussi rayonnante que les fresques murales taguées sur les murs de Santa Monica. Le charisme des deux actrices, Kitana Kiki Rodriguez et Mya Taylor, dévore l'écran et ne cessera pas de le faire jusqu'à la dernière minute. Les hilarantes répliques vachardes s'enchainent ("You don't need to Chris Brown her, bitch !") pour le plus grand bonheur des fans d'humour queer et bitchy. Ni Sin-Dee, ni Alexandra ne se savonneront la bouche après toutes les saloperies sorties dans Tangerine, tout simplement parce qu'elles n'ont pas de compte à vous rendre.

C'est aussi là que se situe la modernité du film: voir Tangerine en 2015, c'est un peu comme si, l'année de sortie de Philadelphia (et son côté "les homosexuels et le sida pour les nuls") arrivaient également en salles L'Inconnu du lac et La Vie d'Adèle. Le drame oscarisable et mainstream "sur les transsexuels", The Danish Girl de Tom Hooper, n'est même pas encore sorti et commence à peine à faire parler en festival que Tangerine se situe déjà dans l'après. L'homosexualité n'est plus le sujet du new new queer cinéma. Être transgenre n'est déjà plus le sujet de Tangerine. Et ça change tout: Sin-Dee et Alexandra ne sont pas des modèles passés au microscope mais des personnages vivants qui n'existent, aux yeux du réalisateur et de ceux qui ont produit le film, pas qu'en fonction de leur genre. Tangerine n'est pas un film sur leur sort - elles passent d'ailleurs 1h30 à le prendre en main sans jamais s'en excuser.

"Elle est de retour, et elle déconne pas". S'il y a des héroïnes badass au cinéma cette année, c'est bien dans Tangerine. Baker insuffle une énergie folle par sa mise en scène: lorsque Sin-Dee galope sur Sunset Boulevard, on arpente la rue avec elle et au trot. C'est l'énergie du moment alors que le réveillon de Noël se prépare, c'est aussi l'énergie de la ville über-multiculturelle: des Noirs, des Blancs, des Asiatiques et des discussions en arménien ; la diversité est au cœur d'un film où se mêlent transsexuels, travestis, homos et hétéros. La cocotte minute menace d'ailleurs d'exploser dans un dernier acte Au théâtre ce soir où l'on claque les portes, où l'on vocifère et où s'invite une Marie Myriam à paillettes qui est à deux doigts de la crise cardiaque. Ça n'est pourtant pas la carte du monde des Bisounours qu'on accroche au mur, comme le suggère le dénouement doux-amer. Celui-ci est à la fois très simple et complètement poignant. Tangerine est un gros morceau de vie inédit, aussi drôle que touchant.

par Nicolas Bardot

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