Festival Entrevues Belfort: Playing Men

Festival Entrevues Belfort: Playing Men
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Playing Men
Slovénie, 2017
De Matjaž Ivanišin
Durée : 1h01
Note FilmDeCulte : ****--
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Jouer, histoire connue, est affaire grave. Et c’est bien ce dont est convaincu Matjaz Ivanisin qui a choisi de nous entraîner dans un monde strictement masculin. L’on y frappe sur des punching balls à la foire, l’on s’y palpe sans ménagement jusqu’à faire mettre épaules au sol à son comparse, l’on y tente d’exceller au jeté d’un fromage circulaire aussi volumineux que pesant dans les étroites ruelles des villages, l’on y rivalise en hurlant les nombres que font l’addition des doigts brandis des protagonistes, etc. Sports à la noblesse estampillée ou passe-temps de bistrot, récréations paisibles ou manèges de violence à peine contenue, tous ces jeux, en dépit de leur incongruité pour certains, revêtent manifestement un parfum d’archaïsme. Un catalogue de représentations viriles et leur lointaine inscription dans le temps dans ces recoins méditerranéens, serait-ce le programme du film ? On pourrait le croire, si le réalisateur, soudain à l’image, l’air épuisé d’avoir à fournir du sens à son film, ne modifiait la donne...

LES PETITS GARÇONS

Des jeunes garçons puis des adultes huilés luttent, s'empoignent, semblent se palper mutuellement en glissant leurs mains dans leurs culottes respectives – le spectacle paraît déjà assez incongru mais ce n'est rien par rapport à ce que Playing Men va nous montrer ensuite. Le Slovène Matjaž Ivanišin filme différents sports et jeux virils comme autant de rituels de la masculinité et de sa construction. L'affaire est très sérieuse et pourtant le WTF est total, entre des roulades de fromages dans les rues de la ville, des parties remixées de pierre-papier-ciseau, des concours de beuglements hystériques par des nerds ultra-creepy et de jets de gros cailloux par des grands gaillards. Plus cela paraît stupide, plus les protagonistes (tous des hommes méditerranéens) nous servent du « extraordinaire » ou du « très intelligent » pour décrire leurs activités.

Playing Men vire à mi-chemin, alors que le réalisateur avoue ne plus savoir quoi filmer. Il écoute le récit de la victoire de Goran Ivanisevic il y a une quinzaine d'années à Wimbledon, raconté avec un ton affecté comme s'il s'agissait d'un épisode de la Bible. La confrontation virile là encore, traitée avec une emphase à la fois futile et ridicule. Ivanisevic est attendu chez lui comme le messie, la foule se presse et l'on peut voir des images de supporters se cognant dessus. Car dans cette construction, dans ces petits jeux, il y a une comédie absurde certes, mais aussi un malaise et une étrange violence larvée. Le résultat, un peu bancal, est d'une indéniable curiosité.

par Nicolas Bardot

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