Grand Prix: Mort à Sarajevo

Grand Prix: Mort à Sarajevo
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Mort à Sarajevo
Smrt u Sarajevu
Bosnie-Herzégovine, 2016
De Danis Tanovic
Avec : Jacques Weber
Durée : 1h25
Note FilmDeCulte : **----
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Sarajevo, 28 juin 2014. A l'Hôtel Europa, le manager Omer se prépare à accueillir une délégation de diplomates. Pendant ce temps, le personnel de l'hôtel qui n'a pas été payé depuis des mois, prépare une grève...

LE FILM D'AUTEUR POUR LES NULS

Immédiatement plongé dans le hasbeenat après les multiples prix récoltés il y a 15 ans avec No Man's Land, Danis Tanovic avait fait un improbable come back à la Berlinale il y a trois ans avec La Femme du ferrailleur qui avait plu au jury. Le revoici avec Mort à Sarajevo, dont le point de départ est une pièce écrite par Bernard-Henri Lévy. On croit reconnaître l'auteur français dans le personnage interprété par Jacques Weber : un intellectuel dont le premier geste à l'hôtel est de confier sa chemise blanche à laver – cet homme doit être un gentleman, note t-on immédiatement. Pas trop de sérieux papal néanmoins à son sujet : on n'hésite pas, ici ou là, à tourner gentiment en dérision le brillant orateur.

Le reste du film est beaucoup plus sérieux. Mort à Sarajevo évoque les souvenirs de la guerre, et le dernier siècle sanglant qu'a connu l'ex-Yougoslavie. Dans une intrigue entièrement bâtie par Tanovic autour de la pièce de Lévy, le film traite en parallèle d'un conflit social qui fait trembler un grand hôtel de Sarajevo, prêt à accueillir de nombreux diplomates. Tanovic n'a pas perdu ses habitudes : à l'image de La Femme du ferrailleur où l'unique choix de mise en scène est de suivre ses personnages (qui en étaient à peine) caméra à l'épaule, on ressent l’effervescence de l'hôtel à travers une caméra... qui suit sans cesse les employés. A la place d'une caméra tremblante, une image stable obtenue à la Gimbal. Mais l'effet est le même : la seule pensée de mise en scène, la seule façon d'impliquer le spectateur, c'est de sans cesse lui tenir la main. Ce procédé censé créer l'urgence souffre d'un systématisme programmatique (renforcé par une écriture sans surprise) – c'est aussi une facilité qui permet de régler la question de la représentation plus aisément. Même les Dardenne, mille fois copiés en la matière, ne se limitent pas à ça.

Plus problématique, Mort à Sarajevo fait partie de ces films qui disent, expliquent, commentent et montrent. Tanovic a l'idée atroce de filmer, sur le toit de l'hôtel, une émission de télévision consacrée au centenaire de l'assassinat de François-Ferdinand par Gavrilo Princip, élément déclencheur de la Première Guerre Mondiale. La fonction de ce show est d'abord lourdement explicative avant d'être pachydermiquement métaphorique : l'interlocuteur bouillant de la présentatrice s'appelle lui aussi... Gavrilo Princip. Qu'arriverait-il à Gavrilo dans l'Europe fragile d'aujourd'hui ? A un procédé formel lourdingue, Tanovic ajoute une narration tout aussi épaisse, en permanence dans le commentaire – comme si la conférence de presse était intégrée en plein film. Vous aimez qu'on vous distribue des fiches de lecture en pleine séance ? Danis Tanovic a en tout cas indiqué que si vous réussissiez à manger quelque chose juste après le film, alors il a peut-être loupé son coup. Voilà une déclaration bien tapageuse pour une œuvre aussi confortable et inoffensive.

L'Oursomètre : En caricature de film de festival avec 10 ans de retard, on pensait bien que La Femme du ferrailleur n'avait aucune chance en 2013 – et on a eu tort. Bis repetita pour Mort à Sarajevo ? Le film peut être un candidat en mise en scène et scénario mais on n'ose pas miser davantage...

par Nicolas Bardot

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