Ma fille

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Ma fille
Figlia mia
Italie, 2018
De Laura Bispuri
Durée : 1h40
Sortie : 27/06/2018
Note FilmDeCulte : *****-
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Vittoria, 10 ans, vit divisée entre ses deux mères. Il y a Tina, une mère aimante qui vit avec elle une relation fusionnelle, Angelica, une femme fragile et instinctive à la vie désordonnée. Brisées par le pacte secret qui les lie depuis la naissance de leur enfant, les deux femmes rivalisent pour amour elle. Vittoria va vivre un été de questionnements, de peurs, de découvertes, mais aussi d'aventures. Un été après lequel rien ne sera plus comme avant.

UN MONDE SANS HOMMES

Tout commence par un rodéo. Une fête locale où Vittoria rencontre pour la première fois Angelica. Il n’y a pas que les cowboys qui vont être secoués dans Figlia Mia. Plus encore que les personnages, ce sont nos attentes et nos conventions (celles sur la femme, la famille, l’éducation...) que Laura Bispuri va envoyer valdinguer. Tout comme dans son précédent film, le mystérieux Vierge sous serment, la réalisatrice nous montre une féminité qui se construit loin des clichés, et nous présente sous un jour tout à fait normal une situation qui pourrait pourtant dresser les cheveux sur les têtes les plus coincées. Sans introduction explicative, elle nous met d’emblée sur la selle et zou: plongés dans le quotidien de ces trois personnages féminins, à nous d’essayer de deviner qui est la mère et qui est la fille, qui éduque qui dans ce drôle de drame.

Opposant la sage Valéria Golino à l’exubérante Alba Rohrwacher (une fois de plus géniale, cette fois-ci dans le rôle d’une épave sexy-déglinguée) Figlia Mia fait mine d’utiliser les antagonismes de la comédie. Bispuri fait mine également de respecter les archétypes de la femme italienne. Sauf qu’ici la maman et la putain ne sont là pour personne d’autre que leur fille, et les mecs peuvent bien aller se faire voir. Vittoria et ses deux mamans vivent en effet dans un monde presque sans hommes: à l’image du père de Vittoria, ceux-ci existent, sont même bien écrits, mais sont complètement satellites à l’intrigue et ne servent que de plans cul anonymes. Ce qui se trame ici ne les concerne pas. Le mystérieux secret qui lie les trois héroïnes, c’est une affaire de femmes.

Figlia Mia n’est pourtant pas une comédie. On n’y perd jamais de vue les émotions à vif des protagonistes, même lorsque celles-ci sont sur le point d’être avalées par les décors de cette campagne sarde. Le temps de deux plans en miroir, Golino et Rohrwacher fondent chacune en larmes, l’une dans un nuage de poussière solaire, l’autre dans la clarté de la lune, l’effet est remarquable. Sans rien révéler, le scénario de Laura Bispuri lance surtout des pistes fort mélodramatiques, mais qui sont sans cesse contrebalancées par une subtilité d’écriture, ainsi qu‘une subtilité intellectuelle : ici, si les femmes luttent, ce n’est jamais pour un homme (ou pour une éventuelle transposition lesbienne). Face à leurs hommes-objets, ces femmes-là sont des sujets.

Pour toutes ces raisons, alors même qu’il n’est à aucun moment question d’homosexualité ou d’homoparentalité, il y a pour qui sait lire entre ces lignes-là quelque chose d’éminemment queer dans Figlia Mia. Et pas seulement grâce au statut d’icônes androgynes d’Alba Rohrwacher ou Udo Kier (dans un second rôle). Sous des apparences de mélo féminin des chaumières, le film nous raconte comment un vent de folie anarchique et enthousiasmant vient redistribuer les rôles familiaux. Un bien beau rodéo.

par Gregory Coutaut

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