J'aime la vie, je fais du vélo, je vais au cinéma

J'aime la vie, je fais du vélo, je vais au cinéma
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Le documentariste Francis Forcou part à la rencontre des exploitants qui tentent de résister à la puissance de feu des multiplexes, en proposant des alternatives artisanales et/ou citoyennes.

TOUT UN CINEMA

Distributeur avisé (Almodovar, Chahine, etc.) et ancien assistant du génial Peter Watkins, Francis Forcou est, en sa position de réalisateur, davantage un habitué de la petite lucarne que des salles obscures. Alors que J’aime la vie, je fais du vélo, je vais au cinéma n’est que son deuxième long métrage, voilà pourtant trente ans que Forcou fricote avec le septième art. Au sortir d’une année commercialement florissante (du moins au premier abord, les chiffres ne disant jamais que ce que l’on veut bien leur faire dire), son film témoigne en effet d’une grande connaissance des dessous du milieu. Postulat de base: le visage de la distribution cinématographique s’est trouvé changé depuis l’apparition des multiplexes. D’une part, la fréquentation déclinante a repris progressivement du poil de la bête. D’autre part, revers de la médaille, cette reprise s’est faite aux dépens des petits exploitants– et par extension de leurs rôles de vecteurs sociaux et d’éducateurs populaires. David contre Goliath, initiatives citoyennes Versus grand méchant libéralisme… On connaît la chanson et, depuis Mondovino, on sait qu’elle peut s’appliquer à tous les domaines. Forcou, se sachant œuvrer en terrain conquis d’avance (il y a fort à parier que seuls les spectateurs se sentant concernés, coquetterie de distribution oblige, se rendront dans les salles indépendantes pour voir son documentaire), s’autorise une modestie et une humilité d’artisan éminemment sympathique. Laissant la part belle aux intervenants, respectant la durée de leur parole, se passant fort heureusement de l’artifice du commentaire off et se laissant porter de petits cinémas de Province en "Cinambule" (cet attachant autobus/salle de projection, piloté par un joli petit couple de passionnés), J’aime la vie, je fais du vélo, je vais au cinéma est un film immédiatement aimable et fédérateur.

A BICYCLETTE

Tentant de passer outre la tentation du manichéisme, le documentaire s’attarde avec le sourire sur les initiatives les plus intéressantes et les plus crédibles de ces dernières années (Utopia, évidemment, de sa genèse à nos jours), sans jamais s’encombrer d’un ton mélodramatique. On pourra regretter que le film ne rentre pas plus précisément dans le lard des problèmes qu’il soulève. On connaît par exemple le discours selon lequel les cartes illimitées ont foutu le circuit de distribution au moins en l’air, sinon aux fraises, mais on aimerait également savoir comment le spectateur désargenté est censé se payer régulièrement une toile de plus en plus chère, et a fortiori même les places à 4 ou 5 euros d’Utopia. Mais la vraie carence du film, c’est cette promesse faite par le titre (bel hommage au Quand on aime la vie on va au cinéma, increvable manifeste avant-gardiste du groupe Cinéthique) et jamais vraiment tenue: pourquoi cette histoire de vélo? Il s’agirait de pointer du doigt les évolutions de l’organisation urbaine, vidant les centres historiques de leurs cinémas de quartier et ramenant au même niveau supermarchés et multiplexes en bordures de villes. Si le mot "parking" revient souvent dans les conversations, souvent dents serrés et rageuses, et si l’universitaire Jean-Marie Texier nous fait une élégante démonstration de biclou, on reste, sur ce point, un peu sur notre faim. Reste que le film en lui-même a le mérite de n’exagérer en rien: lorsque votre serviteur l’a découvert lors d’une des multiples avant-premières publiques, tenues au cinéma Balzac à Paris tous les midis depuis le 12 janvier, il représentait à lui seul la moitié des spectateurs présents. Inutile de préciser que c’est peu.

par Guillaume Massart

En savoir plus

Pour on ne sait trop quelle raison, les photogrammes officiels de J’aime la vie, je fais du vélo, je vais au cinéma, n’existent qu’en noir et blanc. Non pas qu’on ait quelque chose contre la bichromie, mais il paraît nécessaire de signaler que sur l’écran, les images qui bougent le font en de jolies couleurs rutilantes.

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