Hospitalité

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Hospitalité
Kantai
Japon, 2011
De Koji Fukada
Scénario : Koji Fukada
Avec : Kiki Sugino, Kenji Yamauchi
Photo : Ken'ichi Negishi
Note FilmDeCulte : ****--
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A la tête de l'imprimerie familiale, le quotidien de Kobayashi est rythmé par le travail. Celui de sa famille est d'une grande régularité que rien ne semble pouvoir venir perturber, jusqu'à l'arrivée de Kagawa...

MI CASA ES SU CASA

Il existe deux sortes de cinéastes que l’on peut comparer à Eric Rohmer, ceux qui méritent la comparaison par un art de la distanciation entre les dialogues et les actions des personnages d’une part, et avec le jeu d’acteurs de l’autre (exemple plutôt flagrant : Hong Sang-Soo) et… les autres, chez lesquels le lien se base souvent uniquement sur une légère artificialité des dialogues. Pour Koji Fukada, il faudrait inventer une troisième catégorie tant, en ce qui concerne Hospitalité cette comparaison semble inexplicable et arbitraire. Même en se creusant la tête, dur de trouver un lien entre cette histoire de fous de violence sociale et le réalisateur français. Mais passons, des liens sont peut-être probablement plutôt à trouver dans le reste de l’œuvre du réalisateur japonais, déjà plusieurs fois passé par le Festival Paris Cinéma (avec notamment Human Comedy in Tokyo). Et surtout cela n’empêche absolument pas Hospitalité d’être intéressant et singulier, de posséder son ton bien à lui.

Le scénario joue la carte du voisin envahissant auquel il est impossible d’échapper. Une recette efficace, basée à la fois sur le ressentiment face à l’injustice et l’angoisse de l’attente de la libération, pouvant potentiellement servir autant pour la comédie que pour l’angoisse. Et entre ces deux directions, Koji Fukada ne choisit pas. Jusqu’à la fin, impossible de décider si le très encombrant Kagawa est un inoffensif hurluberlu hystérique ou un monstre calculateur. C’est justement cette ambiguïté permanente qui fait tout le sel du film, qui n’a pas peur de s’approcher parfois tout près de la frontière de l’absurde, sans pour autant jamais nuire à la totale crédibilité de son histoire. Car Kagawa ramène dans la maison du protagoniste ses propres règles, sa femme, ses amis, jusqu’à la transformer, lors une scène se chenille démente et improbable, en un mélange d’auberge de jeunesse et de maisons hantés par des fous. Faut-il rire ou trembler ? Un peu des deux.

Ceux qui suivent le cinéma japonais de près auront sans doute déjà fait le rapprochement avec le tout récent Cold Fish de Sono Sion, présenté il y a peu au Festival de Deauville Asia. Sur une trame similaire, ce dernier montrait l’explosion d’une famille paumée avec une violence jubilatoire. Hospitalité en est en quelque sorte la version polie (et ça ne veut pas dire la version nase). Bien plus proche de la comédie grinçante et ambigüe que du film de genre, le film souffre parfois de problèmes de rythme qui viennent nuire un tantinet à la tension générale. Mais cette tension a justement pour mérite de s’enrichir étonnamment de ces différents registres et de retomber sur ses pattes lors un dénouement paradoxalement très ouvert, laissé à toutes les interprétations. Farce ironique sur l’insularité, la peur de l’autre et le repli sur soi, Hospitalité montre qu’au contraire, le danger vient bien de l’intérieur.

par Gregory Coutaut

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