Godzilla

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Godzilla
États-Unis, 2014
De Gareth Edwards
Durée : 2h03
Sortie : 14/05/2014
Note FilmDeCulte : ***---
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Godzilla tente de rétablir la paix sur Terre, tandis que les forces de la nature se déchaînent et que l'humanité semble impuissante...

HUMANS

Découvert avec Monsters, film post-invasion extra-terrestre où le contemplatif remplaçait le spectacle, Gareth Edwards confirme avec Godzilla un talent certain pour les vistas atmosphériques. Malheureusement, du point de vue de l'écriture, ce deuxième long métrage du cinéaste répète en partie les erreurs du précédent. Propulsé à la barre de la résurrection de l'auto-proclamé "Roi des Monstres", Edwards signe durant la première moitié du film une longue lettre d'amour au cinéma de Steven Spielberg. Dès le premier plan, l'un de nombreux à citer directement Jurassic Park (l'hélicoptère survolant les montagnes vertes, la buée effacée sur la vitre d'une voiture, la patte d'un monstre s'élevant au-dessus de câbles, etc.) et au travers de cette exposition qui lorgne clairement du côté de Rencontres du 3e type (l'obsessif ingénieur qui franchit des zones de quarantaine pour voir ce que le gouvernement cache), le cinéaste n'a de cesse de citer son modèle, dont La Guerre des mondes influençait déjà son premier opus. Se réclamant des Dents de la mer, film qu'on rapproche un peu rapidement de celui-ci, Edwards assure les morceaux de bravoure mais peine à habiter son film d'une trame et de personnages intéressants. Passée l'entrée en matière qui présente une cellule familiale relativement attachante, ils se réduisent complètement à l'état de pantins, n'atteignant même pas le stade d'archétypes mais celui de marionnettes chargés de fonctions basiques : Aaron Taylor-Johnson est un soldat qui va d'un point A à un point B à un point C, Elizabeth Olsen joue sa femme qui ne sert à rien à part symboliser les civils en péril et Ken Watanabe livre les informations sur les monstres nécessaires à la compréhension et la progression de l'intrigue. Difficile de comprendre pourquoi le scénario choisit de totalement abandonner le cœur humain qu'il avait réussi à instaurer dans un premier temps, avec cette relation père-fils - autre influence spielbergienne - qui aurait pu incarner tout le film. En l'état, elle aurait pu tout aussi bien être intégralement coupée du montage final tant ce qu'on y apprend n'a strictement aucune incidence sur le parcours du protagoniste par la suite.

GOD IS LA

A l'inverse, le script parvient à incarner ses monstres de manière franchement intéressante. Il y a tout d'abord les M.U.T.O. (Massive Unidentified Terrestrial Organism), ces deux kaijus auxquels le film confère une réinterprétation de la métaphore nucléaire du Godzilla original, faisant d'eux des créatures qui se nourrissent de radioactivité. Ils naissent d'un incident à la Fukushima et vivent littéralement de ces armes de destruction massive, causant à leur tour la destruction. Et en face, il y a Godzilla. Rarement la première syllabe de son nom n'aura été aussi pertinente. Dans le film de 1954, la créature était l'incarnation du trauma d'Hiroshima, symbolisant non seulement la nature destructrice de l'arme nucléaire mais représentant aussi la riposte de la nature sur l'Homme après que l'Homme a détruit la nature avec l'arme nucléaire. Dans le film de 2014, Godzilla est décrit textuellement comme un Dieu, une force de la nature qui viendrait rétablir l'équilibre, et Edwards le filme comme tel, notamment dans sa toute première apparition, magistrale...et immédiatement interrompue, au profit d'un gag amusant mais qu'on n'a absolument pas envie de voir à ce moment-là. Pire, ce n'est pas le seul instant où le réalisateur coupe un début de combat pour passer à du bavardage inintéressant. La comparaison avec Les Dents de la mer, dans sa façon de montrer le monstre, ou plutôt ne pas le montrer, est relativement hors sujet. Déjà parce qu'Edwards montre en premier, très clairement, plusieurs fois, et plus de fois les autres kaijus, mais surtout parce qu'il gère finalement assez mal le rôle, la place de Godzilla dans le film, le faisant intervenir trop tard, non pas visuellement mais narrativement. En fait, cette approche donne par moments le sentiment que Godzilla est un personnage secondaire de son propre film. Un crime de lèse-majesté s'il en est. Dans Les Dents de la mer, Spielberg adopte la méthode du "less is more" et fonctionne par métonymie visuelle (l'aileron, les barils) ou par brefs aperçus. Une méthode qui a du sens parce que le requin est l'ennemi, la menace, le créateur de la tension. Ici, on nous dit tout de suite que Godzilla est notre sauveur. L'idée est belle, en plus d'éviter la phase "tuons la bête!" avant la phase "en fait, il est gentil!", mais on ne peut s'empêcher d'avoir l'impression qu'il manque une étape. Et, encore une fois, il est trop peu présent.

I AM BECOME DEATH, THE DESTROYER OF WORLDS

La quasi-totalité des set-pieces du film mettent en scène les M.U.T.O et Edwards parvient à composer à chaque fois des vignettes efficaces et formellement ingénieuses, adoptant fréquemment le point de vue de l'humain. S'il s'agit des moments où le film s'éveille un peu de sa structure en tension molle continue, il faut avouer que ces séquences s'avèrent un poil répétitives (combien de scènes situées sur des ponts?). Dans les scènes en ville, le metteur en scène contourne la vague actuelle de destruction porn, en ne se focalisant jamais sur la simple démolition mais en lui préférant une ambiance de fin du monde qui s'impose dès lors que les kaijus entrent en scène et s'adonnent à leur Titanomachie. Une fois de plus, le cinéaste réussit complètement à incarner les segments qui mettent en scène les monstres et les bastons entre bestioles sont plutôt réjouissantes. Toutefois, même de ce point de vue-là, le film fait pâle figure à côté d'un Pacific Rim. Pour être honnête, la démarche n'est pas du tout la même. Cependant, si l'on retrouve de temps en temps cette approche mortifère picturale que l'on avait découvert dans la première bande-annonce, on est loin d'un film aussi hanté que ne le laissaient présager ces plans survolant des contrées recouvertes de cadavres. Alléché par ces images, on pensait pouvoir retrouver dans ce reboot - la volonté de lancer une franchise est là, même si elle se fait moins vulgaire que dans bien des blockbusters récents - la noirceur et l'horreur du classique d'Ishiro Honda mais si Godzilla réussit sur plusieurs tableaux, il demeure inabouti dans l'ensemble.

par Robert Hospyan

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