Anatomie de l'enfer

Anatomie de l'enfer
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Anatomie de l'enfer
France, 2003
De Catherine Breillat
Scénario : Catherine Breillat
Avec : Alexandre Belin, Amira Casar, Rocco Siffredi
Durée : 1h17
Sortie : 28/01/2004
Note FilmDeCulte : *-----
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Dans une boite gay, une jeune femme laissée pour compte tente de mettre fin à ses jours. Elle rencontre alors un homme qu’elle paiera pour qu’il la regarde "par là où elle n’est pas regardable".

LA CLEF DU PARADIS

Anatomie de l’enfer. Il ne s’agit pas du titre d’un nouvel opus à la chaîne de Amélie Nothomb, mais du dernier film de Catherine Breillat, qui annonce la couleur de façon moins détournée que par le passé. Trêve de romance, place au brasier et à son paysage désolé. Plein cadre sur ce sexe, et son sens qui importe plus que l’acte lui-même, ce dernier rimant avec cérémonial mortuaire, actrice diaphane et couloir glacial, lit maussade et falaise ouverte aux grandes eaux. Breillat et son sexe qui parle, et dont les logorrhées s’écoulent en un courant pareil aux fluides exposés ici bas – sang ou bave. Ce sexe pareil au cinéma de la réalisatrice: pour lui aussi, le sens du discours compte plus que l’acte cinématographique lui-même, et les pensées et les fluides s’y déversent avec une douleur commune. Il vient pourtant cet instant où le liquide stagne, où les périodes se diluent dans l’eau. Voici l’insoluble problème de cette Anatomie de l’enfer et d’une Catherine Breillat qui tourne en rond. On connaissait la tendance de la réalisatrice à la répétition avec le surlignage géant au stabylo que constituait Sex is Comedy ! à l’égard d’un A ma sœur ! dont l’exclamation trahissait encore un signe de vivacité. Mais la chair se meurt ou devient plastique, objet de labo à exposition.

SEX IS TRAGEDY

Le corps d’Amira Casar, comédienne à l’aisance rare, offert au spectateur assimilé, Rocco Siffredi, homosexuel qui n’y touchera pas (et à l’occasion acteur pour le moins médiocre), devient le plateau de jeu d’une succession de morceaux de bravoure dont l’accumulation tourne au grotesque. Godes en pierre, breuvage de règles, maquillages intimes, ustensiles de jardinage, tout est prétexte à un discours asséné avec une improbable lourdeur d’hommes et femmes ennemis depuis la nuit des temps, d’une agression sexuelle comme première arme de puissance dont les cordelettes sont manipulées par les conventions religieuses, soit - le discours se défend et offre quelques pistes exploitables. On regrettera alors amèrement le trait d’une épaisseur invraisemblable de la démonstration, des raccourcis existentiels de dialogues dont la beauté tente de travestir le creux, et que le le seul discours offert en reflet à celui tenu par "la fille" soit délivré par un pilier de bistrot aussi vinassé qu’abruti – procédé aussi dispensable et lourd que malhonnête. Mais Breillat ne semble guère préoccupée par celui qui fera rebondir sa balle de ping-pong, elle trace seule sa tranchée au risque, parfois, de ne plus parler qu’à elle-même, dans cette vision perturbée où la matière fécale posée au bout du gland se fait, en quelque sorte, l’aboutissement du cycle de la vie. Si Breillat cherche toujours avec une belle (ou inconsciente) témérité la réaction de son spectateur, celle-ci risque bien de se limiter à de l’incrédulité amusée.

par Nicolas Bardot

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