Song to Song

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Song to Song
États-Unis, 2017
De Terrence Malick
Scénario : Terrence Malick
Avec : Michael Fassbender, Ryan Gosling, Rooney Mara, Natalie Portman
Photo : Emmanuel Lubezki
Durée : 2h09
Sortie : 12/07/2017
Note FilmDeCulte : *****-
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Une histoire d'amour moderne, sur la scène musicale d'Austin au Texas, deux couples - d'un côté Faye et le chanteur BV, et de l'autre un magnat de l'industrie musicale et une serveuse - voient leurs destins et leurs amours se mêler, alors que chacun cherche le succès dans cet univers rock'n'roll fait de séduction et de trahison...

LES CHANSONS D'AMOUR

Song to Song s'ouvre par un chaos d'images - un chaos orchestré de main de maître par Terrence Malick dont on connaît désormais bien le nouveau langage après la césure The Tree of Life. Radicalisée par A la merveille, amplifiée dans Knight of Cups (probablement le chef d’œuvre de cette période précise), cette grammaire cinématographique est ici employée pour un récit plus classique - celui d'un triangle amoureux - mais auquel il donne une perspective autre. Le sentiment amoureux et son exaltation siéent à merveille à cette mise en scène hypersensible, en lévitation permanente, où ce n'est pas le scénario qui décrit le sentiment mais la caméra elle-même qui le saisit et l'incarne. On dira ce qu'on veut de Malick, mais il n'y a pas tant de réalisateurs dignes de ce nom qui racontent une histoire avant tout par la mise en scène, et pas par la simple (voire paresseuse) illustration d'un script. On se questionne beaucoup sur le sens de la vie chez Malick, notamment dans son précédent film, le documentaire Voyage of Time. On s'y questionne autant sur le sens de l'amour et il n'est presque question que de cela dans Song to Song, où l'on va de chanson en chanson comme de baiser en baiser.

Il y avait dans Knight of Cups une scène de concert, filmée comme une grand-messe. Il est question à nouveau d'immensité dans Song to Song malgré son histoire qui semble plus "petite". Mais Malick est ici moins mystique, plus silencieux (un peu moins de voix-off, de la musique certes mais moins omniprésente) - peut-être de quoi réconcilier quelques réfractaires à son nouveau cinéma. Et il est beaucoup question de concert ici puisque le film se déroule au cœur de la scène musicale du Texas et d'Austin. Il y a une impression toute musicale dans l'esthétique de Malick, sur son rythme, sa liberté et ses ruptures. Jusqu'à l'épuisement - et l'on se demande comment ce style très particulier pourra être appliqué à beaucoup d'autres narrations.

Il reste pourtant ici une superbe, une majesté qu'on ne trouve pratiquement nulle part ailleurs sur quelque écran que ce soit. Malick est par ailleurs un peintre de l'Amérique pratiquement sans égal : qu'il s'agisse de sa nature, son climat rural, ses demeures superbes dans lesquelles sont posés des acteurs ridiculement beaux - trop, et suffisamment pour que l'on se décolle du réel. Il n'y a pas que les sentiments qu'on ressent plus fort qu'ailleurs, il y a ce décor aussi, ce portrait en creux d'une Amérique dont il dresse la carte, des Moissons du ciel au Nouveau monde en passant par ce Song to Song. Ce récit amoureux, d'apprentissage et dés-apprentissage, aurait ailleurs pu être filmé de façon plus conventionnelle. Le réalisateur applique ici le conseil qu'on prodigue à l'un de ses personnages, qui est d'apprendre les règles pour faire plaisir à papa, avant de les balancer. Avec Song to Song, Malick les balance superbement, tout en collant précisément au cœur de ses protagonistes plongés dans un film qui contient 50 des plus beaux plans de l'année.

par Nicolas Bardot

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