Mission : Impossible - Fallout

Mission : Impossible - Fallout
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Mission : Impossible - Fallout
États-Unis, 2018
De Christopher McQuarrie
Scénario : Christopher McQuarrie
Avec : Tom Cruise, Rebecca Ferguson, Simon Pegg, Ving Rhames
Photo : Rob Hardy
Musique : Lorne Balfe
Durée : 2h27
Sortie : 01/08/2018
Note FilmDeCulte : *****-
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Les meilleures intentions finissent souvent par se retourner contre vous… Dans MISSION : IMPOSSIBLE – FALLOUT, Ethan Hunt accompagné de son équipe de l’IMF – Impossible Mission Force et de quelques fidèles alliées sont lancés dans une course contre la montre, suite au terrible échec d’une mission.

LA MISSION DU CHRIST

Combien y a-t-il de franchises comme Mission : Impossible? En plus de 20 ans d'existence, chaque épisode aura été porté par un réalisateur différent, qui plus est un auteur y imprimant ses thèmes et son style. Il y avait bien Alien mais depuis la réappropriation par Ridley Scott de la saga qu'il a initié, elle a perdu de sa superbe. D'où le risque présenté par le retour de Chris McQuarrie après Mission : Impossible - Rogue Nation. Alors qu'il se met en danger via ses cascades de plus en plus folles, Tom Cruise limite les risques et ne tourne plus qu'avec des réalisateurs avec qui il a déjà tourné et McQuarrie est son script doctor attitré depuis 10 ans mais deux fois de suite sur la même franchise? De plus, le film ramène également les personnages d'Ilsa Faust et Solomon Lane, respectivement le personnage féminin et le méchant de Rogue Nation. Mission : Impossible - Fallout allait-il être le Spectre du précédent? Pour le meilleur et pour le pire, Fallout est un film complètement different de Rogue Nation. Moins racée, cette suite assure toutefois une continuité avec les deux, voire trois, chapitres précédents, leur proposant une conclusion parfaite et explorant toujours plus le personnage de plus en plus intéressant d'Ethan Hunt.

C'est tout à l'honneur de McQuarrie : il n'a accepté de revenir qu'en s'imposant le défi de donner à ce nouvel épisode sa propre identité, comme cela a toujours été le cas avec cette licence. Il change de chef opérateur, il change de compositeur, il change de références. Adieu les clairs-obscurs de Robert Elswit, au revoir les cuivres de Joe Kraemer, sus au classicisme hitchcockien. Fallout évoque un passage du crépuscule (cf. la mise en scène de la première opération de l'équipe) vers la lumière (le décor olympien du climax). Cette fois, McQuarrie choisit de faire un film aussi bourrin que la BO de Lorne Balfe, qui plagie allègrement les partitions que son mentor Hans Zimmer a composé pour Christopher Nolan. Percussions en pagaille, cors tonitruant et nappes musicales rythment un film qui adopte une ampleur quasi-épique, surtout comparé au précédent. Ce n'est plus l'opéra Turandot qui est cité ici mais L'Odyssée d'Homère. Au romantisme de Rogue Nation se substitue un périple peuplé d'antagonistes et parcouru d'aventures singulières comme autant de tâches herculéennes.

La musique n'est pas le seul domaine pour lequel The Dark Knight semble avoir été une influence. Dès l'inattendue première séquence, inédite en son genre dans la série, le film s'intéresse à la psyché du protagoniste et plus précisément sa plus grande crainte. Très vite, le scénario remet en question le modus operandi éthique de son héros, interroge son efficacité, son bien-fondé en ce monde de plus en plus flou où les acteurs sont multiples et parfois inconnus : nations, gouvernements, institutions, terroristes, anarchistes et, au milieu de tout ça, les agents. Et les ex-agents. Dans Rogue Nation, McQuarrie traitait déjà de la nature mythique de l'espion abusé et désabusé. Dans Fallout, il va plus que jamais égratigner cette image. Chaque morceau de bravoure du film - tous davantage dans l'action que la tension, le film manquant malheureusement d'une scène d'infiltration comme le piratage de la CIA dans le premier ou bien celle du tore dans le cinquième - sert l'histoire avant de servir une fonction. Même si les set-pieces ne sont pas aussi incarnés que dans son premier essai, McQuarrie garde l'humain dans l'équation en poussant Hunt dans ses derniers retranchements.

Tout le film, et donc l'action, consiste à placer Ethan en plein dilemme. Qui sauver? Qui croire? Que voler? À qui le donner? Ethan qui chourre un truc POUR le filer lui-même aux méchants, c'est carrément devenu un poncif de la saga (comme le fait qu'Ethan et/ou son équipe sont seuls/désavoués) mais McQuarrie étudie spécifiquement cette méthode risque-tout pour mettre Ethan face aux conséquences de ses actes, ceux-là même qu'il croit être dans le meilleur intérêt de chacun. Ethan peut-il se permettre d'être aussi vertueux? En s'interrogeant sur le sens même des paris qui ont caractérisé le personnage sur cinq films, les cascades qui constituent son autre marque de fabrique prennent soudain une autre dimension en contrepoids. Elles deviennent son chemin de croix. Structurellement, Fallout rappelle le troisième volet : une course effrénée mettant Hunt à mal mais dans une version plus martyr qui trouve tout son sens dans un épilogue humain et émouvant alors même que le personnage (re)trouve le sens de ses actes, de "toutes ses bonnes intentions" comme lui dit Solomon Lane.

Outre ce parcours doloriste, les set-pieces aussi renvoient au film de Nolan, qu'il s'agisse de l'attaque d'un fourgon dans un tunnel qui paraît citer ouvertement la scène du camion de The Dark Knight, ou encore cette apothéose finale qui n'en finit pas, pour le plus grand plaisir du spectateur, chaque rebondissement de la séquence surenchérissant sur le précédent. Par deux fois, McQuarrie exploite l'IMAX à merveille, tantôt pour le vertige (le saut en parachute muet), tantôt pour l'immersion (la très haute résolution nous plaçant dans le cockpit de l'hélicoptère, aux côtés d'Ethan). Une fois passée la surprise de trouver un film qui n'a pas la classe de forme et la beauté de fond de Rogue Nation, qui peine un peu à raconter ce qu'il veut raconter (et dont les deux scènes de masques sont les seules fois de toute la saga où le twist est prévisible), Fallout s'avère être son propre animal. Une bête féroce qui "recharge" ses poings avant une baston dévastatrice dans les chiottes du Grand Palais. Non plus un thriller d'espions old school mais l'épopée d'un héros tragique, déguisée en blockbuster moderne.

par Robert Hospyan

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