Les Anges portent du blanc

Les Anges portent du blanc
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Anges portent du blanc (Les)
Jia Nuan Hua
Chine, République populaire de, 2017
De Vivian Qu
Scénario : Vivian Qu
Durée : 1h47
Sortie : 02/05/2018
Note FilmDeCulte : *****-
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Deux étudiantes sont attaquées par un homme d'âge-mûr dans un motel. Mia, l'adolescente qui travaillait à la réception, est la seule témoin. Elle ne dit rien pour ne pas perdre son travail, mais se rend compte que ses problèmes ne font que commencer.

LES ANGES DE LA RÉALITÉ

Les Anges portent du blanc débute par une puissante vision suréelle : une frêle jeune fille marche en contemplant des pieds géants – ceux d'une statue monumentale de Marilyn Monroe. L'héroïne caresse ses jolis ongles vernis, lève la tête : elle est invitée, comme tous les touristes de passage, à voir la culotte de l'actrice dans cette réplique de la célèbre scène de Sept ans de réflexion. Cette vision surréelle crée un décalage dans ce drame social très réaliste sur l'objectification et la marchandisation des corps féminins ; c'est une statue aussi grande qu'elle est kitsch, cela pourrait être futile mais elle suggère aussi quelque chose de plus violent.

Lauréate du Golden Horse (prix récompensant les films d'expression chinoise) de la meilleure réalisatrice, conviée en compétition à Venise et en compétition cette semaine au Festival des 3 Continents, Vivian Qu signe ici son second long métrage après l'intrigant Trap Street. Qu était déjà une figure-clef du cinéma indépendant chinois en étant productrice notamment du superbe Ours d'or Black Coal. Son nouveau film, Les Anges portent du blanc, est plus classique que Trap Street, mais il est également plus accompli. Comme dans Trap Street pourtant, il y a cette façon de désamorcer ce qui pourrait constituer un thriller, et d'ôter au drame humain ce qui pourrait en faire un spectacle. Les toutes jeunes filles de Les Anges portent du blanc sont confrontées à la dureté du monde, à une abyssale absence d'empathie, et le film démontre avec habileté la double peine des victimes de violences sexuelles, également victimes d'un système qui cherche à les faire taire.

Qu marche à l'économie mélodramatique. L'univers ici dépeint est âpre et ne laisse guère de place aux trémolos. Et pourtant, sur la plage, les mariées déambulent pour des photoshoots peuplés de fantasmes kitsch sur un amour idéal. La cinéaste parvient à faire vivre ses différents personnages et leurs ambiguïtés. Le scénario remarquable expose les différents enjeux d'un tel drame, comme ceux du pouvoir et de l'argent dont des jeunes filles seront les premières cibles. Vivian Qu réussit là le film que Loach (et ses confortables fictions de gentils contre les méchants) voire les Dardenne ne sont plus capables de faire. Et il semble inutile de préciser que son sujet est plus que jamais d'une actualité glaçante.

par Nicolas Bardot

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