The Lighthouse

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The Lighthouse
États-Unis, 2019
De Robert Eggers
Scénario : Max Eggers, Robert Eggers
Avec : Willem Dafoe, Robert Pattinson
Photo : Jarin Blaschke
Musique : Mark Korven
Durée : 1h50
Note FilmDeCulte : *****-
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Le film se passe dans une ile lointaine et mystérieuse de Nouvelle Angleterre à la fin du XIXe siècle, et met en scène une " histoire hypnotique et hallucinatoire " de deux gardiens de phare.

PHARESCAPE

Avant de révéler les éléments qu'il a en commun avec The Witch, le précédent film de Robert Eggers, The Lighthouse surprend surtout par la manière dont il s'en distingue radicalement. Avant même que le film ne commence, lorsque les rideaux devant l'écran se sont refermés pour n'en laisser visible qu'une parcelle au format 1.2.1, la divergence fut annoncée. Et ce n'est que le premier de nombreux points sur lesquels ce deuxième opus se présente comme une antithèse de son prédécesseur. Certes, il est à nouveau question d'une lente descente dans la folie pour un petit groupe de personnages isolés du monde (et où une mouette borgne remplace le désormais célèbre bouc Black Phillip), mais de son parti-pris formel des plus ostentatoires, et sublimes, jusqu'à son dénouement ouvrant la voie aux interprétations variées en passant par l'écriture verbeuse, c'est une tout autre expérience que propose le cinéaste, non moins immersive mais surtout beaucoup plus sadique.

Peut-être le projet n'est-il plus d'actualité mais, fut un temps, le deuxième long métrage d'Eggers devait être un remake du Nosferatu de Murnau. En fin de compte, ce n'est pas son histoire qu'il a choisi de rejouer mais sa mise en scène. Néanmoins, si le film regorge d'images à tomber et de jeux d'ombres expressionnistes, ce qui peut passer pour un exercice de style sert en réalité une fonction sensorielle presque métafilmique. Si le cinéphile un tant soit peu averti reconnaîtra les formes filmiques du muet et du début du parlant, il apparaît en réalité qu'une relative méconnaissance des classiques de l'époque fait de nous le spectateur idéal du film, le public-cible d'Eggers. En effet, l'adoption d'un langage cinématographique d'un autre temps joue un rôle dans l'immersion désirée par le metteur en scène. Ce n'est pas le seul format "carré" qui rend l'assistance claustrophobique, c'est tout l'apparat qui figure la privation vécue par les protagonistes. Pour le spectateur, il s'agira d'une privation technique. Pas de format large et confortable, pas de couleur, un son qui paraît étouffé et non surround, le public aussi est soudain en terre inconnue, loin de ce à quoi il est habitué.

Tout comme The Witch puisait ses dialogues d'antan dans des retranscriptions de procès de sorcières, The Lighthouse s'inspire, en plus d'écrits d'auteurs comme Herman Melville, de journaux de bord tenus par des marins et gardiens de phares. Outre l'authenticité qui naît irrémédiablement d'un vocabulaire aussi idiosyncratique, sa musicalité et ses expressions y sont pour beaucoup dans l'humour inattendu du film - qui passe également par un nombre improbable de gags scatologiques (!) ou par un sens du burlesque également hérité du cinéma balbutiant - mais son abondance participe également à l'abrasion du spectateur, croulant sous le jargon jusqu'à ne plus pouvoir les entendre parler. Si la solitude est aliénante, l'Enfer, ça reste les autres. Et le vieux gardien salé campé par un Willem Dafoe au sommet de son art est aussi oppressant que le sound design du film avec ce cor de brume qui s'apparente davantage au ululement fantomatique de quelque monstre marin.

Choisissant de laisser planer davantage l'ambigüité que pour son précédent film, Eggers offre un terreau fertile aux différentes lectures. Toutefois, le traitement qu'il inflige au spectateur n'est en rien gratuit tant il reflète celui que subit le personnage interprété par Robert Pattinson, épatant dans une performance où l'acteur se laisse exploser comme jamais. De Sysyphe à Prométhée, le protagoniste traverse le film en proie à une figure dominante qui se comporte davantage comme un pervers narcissique, poussant le jeu jusqu'à un sous-texte éminemment psychosexuel, que comme le dieu chez qui il cherche le pardon, en vain. Avec sa Tour de Babel déceptive, The Lighthouse raconte l'inanité de la dévotion malgré l'abus, de la soumission dans l'espoir de l'illumination.

par Robert Hospyan

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