Serbis
Au coeur d’Angeles, aux Philippines, la famille Pineda a élu domicile dans un vieux cinéma qu’elle exploite et qui projette des films érotiques des années 70. La matriarche, Nanay Flor, sa fille, Nayda, son beau-fils, Lando et sa fille adoptive, Jewel, se chargent de la vente de tickets et de confiserie. Ses neveux, Alan et Ronald, sont respectivement maquettiste et projectionniste. Séparée de son mari, Nanay Flor a intenté un procès pour bigamie à son ancien compagnon. Après plusieurs années d’attente, la cour s’apprête enfin à rendre son jugement. C’est dans ce contexte que l’histoire commence. Alors que tous les personnages vaquent à leurs occupations quotidiennes, on découvre peu à peu leurs penchants, et les difficultés auxquelles ils se heurtent, qu’elles soient d’ordre relationnel, économique ou sexuel.
Premier avis
A l'image du lumineux John John, Serbis, le nouveau film de Brillante Mendoza, grouille de vie, du brouhaha infernal et incessant des voitures, en passant par les courses au voleur et irruption de chèvre au sein même du décor. Un décor fascinant en forme de labyrinthe tordu, autant une maison qu'un cinéma qu'une cantine qu'un bordel, peuplé par une famille et 36 clients qui vivent, jouissent, rient, aiment et pleurent dans les recoins de ce petit monde orné d'affiches kitsch, de graffitis amoureux, tandis que dans la salle sont diffusés des films érotiques voyant des pin-ups philippines implorer Saint Michel de les sauver. Anti-Chatte à deux têtes, Serbis n'est jamais glauque, peint le portrait décalé et inédit d'un clan ultra attachant, indifférent aux moeurs légères de l'établissement, et réuni autour d'une figure matriarcale blessée, mais droite comme un I derrière son guichet. Si le jury est équipé d'un coeur en état de marche, Serbis, comédie touchée par la grâce, pourrait bien se glisser au palmarès. En un mot comme en cent (ou deux, en fait): ça tue.







