TIFF 2017: Scarred Hearts

TIFF 2017: Scarred Hearts
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Scarred Hearts
Inimi cicatrizate
Roumanie, 2016
De Radu Jude
Durée : 2h21
Note FilmDeCulte : ****--
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Roumanie, 1937. Emanuel, un jeune homme de 21 ans atteint de tuberculose osseuse, passe ses journées dans un sanatorium des bords de la Mer Noire. Amoureux d’une autre patiente, il raconte ses efforts et ceux de ses compagnons pour vivre pleinement leur vie, tandis que leurs corps s’affaiblissent peu à peu mais que leurs esprits refusent d’abandonner. Le film s’inspire du roman autobiographique Cœurs cicatrisés de l’écrivain roumain Max Blecher, qui mourut à l’âge de 29 ans au terme de dix ans de souffrance.

POÈTE MAUDIT

Toujours la même chose, les films roumains? Décidément non, et surtout pas les films de Radu Jude, qui ne s'inscrivent décidément pas dans la veine réaliste et tendue que partagent beaucoup de ses compatriotes. La fable picaresque Aferim, qui avait valu a Jude le prix de la mise en scène à Berlin il y a deux ans, possédait déjà son propre ton et son propre univers visuel. C'est à nouveau le cas de Scarred Hearts, et de manière peut-être encore plus radicale encore. Le film s'inspire de la vie de l'écrivain roumain Max Blecher, qui passa les dernières années de sa vie cloué au lit dans un sanatorium, avant de décéder à l'âge de 28 ans. Pour mieux coller au carcan physique de son protagoniste, coincé dans le plâtre, le cadre est ici fixe, pas un seul mouvement de caméra à signaler dans les plans séquences qui s'enchaînent. Le remarquable travail visuel se trouve ailleurs: le format de l'image est carré, les couleurs légèrement désaturées, presque fanées. Chaque image semble sortir d'une vieille carte postale. Il y a une poésie mortifère qui rappelle par moments Thomas Mann, mais - et ce n'est pas anodin - Max Blecher état plus proche des surréalistes que du maitre allemand.

De la première à la dernière minute, le protagoniste est couché. Mais son esprit reste vif. Malgré un rythme exigeant (ces 2h20 donnent parfois l'impression de durer un peu plus), et un sujet des plus sérieux, Scarred Hearts est une comédie. Mais une comédie inattendue, tantôt triste, pince-sans-rire et farfelue, emplie d'une torpeur inquiète. Une comédie à l'humour très juif, si l'on peut dire. Entre désespoir politique et imitations bouffonnes d'Hitler, le protagoniste garde un regard désabusé et grinçant sur le monde qui l'entoure. Décidément loin du biopic, Radu Jude adapte un matériau littéraire (l'autobiographie de Blecher) de manière brute: les scènes sont régulièrement interrompues de manière abrupte par de véritables extraits du textes, insérés comme des intertitres de film muet, mais dont le surgissement donne aux mots une force intranquille. Le résultat est un film ambitieux, alangui et comme sorti d'un souvenir lointain et rêveur.

par Gregory Coutaut

En savoir plus

Scarred Hearts est présenté cette semaine au Transilvania International Film Festival qui est à suivre en direct sur FilmDeCulte.

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