Berlinale: On the Beach at Night Alone

Berlinale: On the Beach at Night Alone
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On the Beach at Night Alone
Bamui haebyun-eoseo honja
Corée du Sud, 2017
De Sang-Soo Hong
Scénario : Sang-Soo Hong
Avec : Min-Hee Kim
Durée : 1h41
Note FilmDeCulte : *****-
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Après une liaison avec un homme marié, la célèbre actrice Young-Hee décide de prendre un peu de temps. Elle voyage dans une lointaine ville étrangère, à Hambourg. Lors d'une conversation avec un ami, elle se demande si son amant la suivra et si elle lui manque autant qu'il lui manque. Au cours de ses longues promenades dans les parcs hivernaux et le long des rives, elle se questionne sur ses sentiments et ses désirs...

YOUNG-HEE A LA PLAGE

Hambourg serait la ville numéro 1 où il faudrait vivre, entend-on dans On the Beach at Night Alone, le nouveau film de Hong Sang-Soo. L'affirmation semble déjà tellement fantaisiste qu'elle installe le film sur une piste irréelle - même si, comme l'affirme l'héroïne, "les saucisses sont super !". Comme souvent chez le cinéaste coréen, les personnages cherchent un ailleurs lorsqu'ils ont besoin de se retrouver. Young-Hee semble parfaitement charmée par ce qu'elle voit : la moindre cafétéria dans un parc ressemble pour elle à un cottage féérique. Mais que regarde t-on exactement ?

Combien de fois a t-on entendu que Hong Sang-Soo faisait tout le temps le même film ? Cette affirmation un rien paresseuse a ceci d'ironique car précisément, dans un film de Hong Sang-Soo, on n'est jamais sûr de ce que l'on voit. Ce qui est "simple en apparence" cache quelque chose, lance t-on comme un indice dans le film. On the Beach at Night Alone raconte l'histoire d'une jeune femme (incarnée par Kim Min-Hee, un trésor de subtilité) qui sort en sale état d'une relation avec un cinéaste coréen. Toute ressemblance avec le "scandale" qui a entouré les rumeurs de liaison entre Hong Sang-Soo et Kim Min-Hee est-elle à exclure ? Cela pourrait ailleurs être un questionnement people complètement hors de propos, mais qui, pour un cinéaste obsédé par la mise en abyme, offre un autre niveau de réel et d'intimité au film.

"Heureuse ? L'étais-je vraiment ?" - On the Beach at Night Alone se questionne sur le désir, sur l'espoir, sur leurs ratés. "Avant de mourir, fais tout ce que tu peux !" : ce genre d'affirmation sortie d'un manuel de développement personnel sonne presque trop toc pour le cinéma de Hong. On n'est, on l'a dit, jamais sûr de ce que l'on voit, ni de ce que disent les personnages de Hong Sang-Soo, en désaccord avec ce qu'ils font ou désarticulés par le soju. Plus encore dans On the Beach at Night Alone, l'héroïne superbe (qui rejoint d'autres personnages en or comme Haewon ou Sunhi) ne se dénude et se livre qu'en film, en chanson ou en rêve - ouvrez bien l'oeil.

C'est l'écriture filmique de Hong Sang-Soo : on zoome et dézoome sur les personnages pour scruter leurs émotions et leur vérité. Celles-ci sont pourtant parfois plus criantes lorsque Young-Hee est filmée de dos, en plan fixe, prostrée sur la plage. "Woman on the Beach", pour citer l'un des précédents films du réalisateur. On the Beach at Night Alone propose un portrait (un autoportrait ?) assez féroce de la gent masculine tandis que Young-Hee, fatiguée des hommes - ou du sien - se demande qui est suffisamment qualifié pour aimer. Elle s'interroge avec une grâce amère qui est aussi celle de ce splendide long métrage, nouvelle pierre précieuse dans la filmographie du cinéaste.

L'Oursomètre: Longtemps ignoré à l'heure des palmarès, Hong Sang-Soo a connu de beaux succès récemment à Locarno et San Sebastian. Son oeuvre est-elle moins prise de haut, moins vue comme une succession de miniatures ? On the Beach at Night Alone semble avoir été bien accueilli, mais le cinéma du Coréen est si singulier qu'il est difficile de savoir s'il a une chance dans le palmarès volontiers politique d'un festival comme la Berlinale. En cas de doute, Kim Min-Hee ferait un superbe prix d'interprétation.

par Nicolas Bardot

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