Festival de la Rochelle: Corps et âme

Festival de la Rochelle: Corps et âme
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Corps et âme
Testről és lélekről
Hongrie, 2017
De Ildikó Enyedi
Scénario : Ildikó Enyedi
Durée : 1h56
Sortie : 27/09/2017
Note FilmDeCulte : ****--
  • Festival de la Rochelle: Corps et âme
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Un homme et une femme se désirent mais ne communiquent que dans leurs rêves.

LA CLEF DES SONGES

C'est un singulier parcours que celui de la réalisatrice hongroise Ildiko Enyedi. Lauréate de la Caméra d'or à Cannes avec un premier film complètement fou, Mon vingtième siècle (qui ressemble à du Guy Maddin avant Guy Maddin), la cinéaste a continué de tourner assez discrètement dans les années 90 mais n'avait plus signé de long métrage depuis près de 20 ans. Elle revient par la grande porte avec On Body and Soul, une mystérieuse romance présentée en compétition de la Berlinale. Corps et âme s'ouvre par un doux câlin de cerf et de biche sous la neige. Cela pourrait ressembler à un début de conte, mais la réalité est un soupçon moins enchantée: le film se déroule en partie dans un abattoir - soit le pire endroit (après une cantine d'abattoir) pour une histoire d'amour.

A la légère angoisse sociale ici à l'image répond l'abattage traumatisant des animaux, sans voile pudique mais avec une brutalité mécanique. Si l'on ne ressent pas d'empathie pour les bêtes, confie le personnage principal, c'est qu'on n'est pas fait pour ce métier. Mais pour quoi les êtres humains sont-ils faits dans Corps et âme ? La mise à nu des sentiments semble une affaire impossible dans le film d'Ildiko Enyedi. Corps et âme raconte la difficulté d'aimer et de communiquer ses sentiments - et offre une porte de sortie : le rêve.

Ce n'est pas vraiment une surprise pour qui connaît la cinéaste : dans Mon vingtième siècle, l'imaginaire et la fantaisie sont traités avec autant de considération que le réel. L'étrangeté répétée des choix de cadre et de montage va dans ce sens (le film, visuellement, est superbe et inventif), tout comme les ruptures de ton qui viennent déstabiliser le récit. Les clochettes oniriques de la bande originale qui se confondent avec les tristes sonneries du réveil. Les ternes repas de Croustibat face aux pouvoirs de l'esprit. La comédie surréaliste qui s'instille dans les rebondissements tragiques. Ce travail sur le chaud-froid rappelle celui d'une autre réalisatrice de l'est passée récemment par la Berlinale: la Polonaise Malgorzata Szumowksa et son déroutant Body. Le corps, encore une fois. Le cœur, avant tout.

Trente ans après Mon vingtième siècle, la cinéaste reste meilleure pour faire parler les images que ses personnages - ces parties sont celles où le film devient plus terre-à-terre. Mais les réserves importent peu lorsqu'on sent une réalisatrice autant concernée par le cinéma.

par Nicolas Bardot

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