Hamnet

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Hamnet
États-Unis, 2025
De Chloé Zhao
Scénario : Chloé Zhao
Musique : Max Richter
Durée : 2h05
Sortie : 21/01/2026
Note FilmDeCulte : ****--
  • Hamnet
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Angleterre, 1580. Un professeur de latin fauché, fait la connaissance d’Agnes, jeune femme à l’esprit libre. Fascinés l’un par l’autre, ils entament une liaison fougueuse avant de se marier et d’avoir trois enfants. Tandis que Will tente sa chance comme dramaturge à Londres, Agnes assume seule les tâches domestiques. Lorsqu’un drame se produit, le couple, autrefois profondément uni, vacille. Mais c’est de leur épreuve commune que naîtra l’inspiration d’un chef d’œuvre universel.

SHAKESPEARE IN DEUIL

Le synopsis ci-dessus essaie inexplicablement de cacher ce qui a toujours été l'argument de vente du film. Le couple Shakespeare a vraiment eu un fils nommé Hamnet qui est mort à l'âge de 11 ans et le roman de 2020 dont est tiré le film n'était pas le premier à émettre la théorie que la tragédie personnelle avait donné naissance à la plus grande que le Barde a écrit mais on est clairement dans une fanfiction qui s'assume comme tel. Cela dit, on est à des kilomètres d'un film à gros clins d’œil entendus vers le spectateur comme s'il s'agissait d'une préquelle avec plein d'easter eggs pour les fans du dramaturge. Hamnet est une méditation sur la mort qui revêt un aspect presque mythique, non pas par le biais de la notoriété légendaire de Shakespeare mais par le prisme de son épouse, réinterprétée ici au travers de son surnom - Agnes - et vu par les autres comme "la fille d'une sorcière de la forêt", récitant des recettes héritées de sa mère comme des incantations, et par l'approche formelle de Zhao, filmant la nature comme une divinité, avec un vent initialement omniprésent, jusque dans le sound design, et embrassant des choix d'illustrations iconiques (quand un bébé naît, il n'a visiblement pas de cordon ombilical). Jamais le film ne prétend à une quelconque véracité historique (il suffit de voir son Shakespeare campé par ce dieu grec qu'est Paul Mescal). A ce titre, l'entrée en matière du film est tout à fait envoûtante, et commence bien plus tôt qu'on ne pourrait le croire, avec la rencontre de ce fils de gantier prof de latin, délibérément jamais nommé au début, et de cette fille des bois, plantant la graine de ce qui apparaît comme la finalité du récit : l'idée que cet homme ne sait communiquer avec cette femme (et avec les autres) qu'au travers d'histoires.

Cela étant dit, c'est aussi dans ce parti-pris narratif que le bât blesse : le véritable élément déclencheur n'arrive qu'à mi-film, voire aux deux-tiers (comme s'il s'agissait du "All Is Lost" de fin de deuxième acte, pour reprendre des termes de scénariste). Peut-être est-ce pour cela que le synopsis se garde de nommer la tragédie en question...mais le titre du film l'a nommé et le récit ne s'en cache pas vraiment, les croyances du personnage féminin inscrivant son parcours dans une certaine fatalité. Malheureusement, une fois passé ce point, ce qui devrait constituer le cœur du film - le deuil tuant la communication au sein du couple et l'art le ressuscitant - est réduit à quelques scènes clichés où Madame engueule Monsieur parce qu'il part à Londres travailler au lieu de se recueillir dans leur maison de campagne et à une résolution quasi-immédiate, certes puissante (parce qu'essentiellement dû au texte de Shakespeare) mais un peu simple. Au milieu, il y a bien un touchant portrait d'une relation entre jumeaux fusionnels mais on n'est pas là pour ça et si l'on ne peut nier que les moments les plus durs suscitent les larmes, le film n'est finalement pas aussi émotionnellement dévastateur que ne le laissaient entendre la majorité des critiques.

par Robert Hospyan

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