Festival de Gérardmer: Grave

Festival de Gérardmer: Grave
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Grave
France, 2016
De Julia Ducournau
Scénario : Julia Ducournau
Durée : 1h35
Sortie : 15/03/2017
Note FilmDeCulte : *-----
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Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installée, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

INDIGESTION

Ce n’est pas peu dire que Grave est un projet alléchant. Cette histoire inattendue de végétariens fous, filmée par une jeune cinéaste dont c’est ici le premier long métrage, laisse deviner un portrait déviant de jeune fille dérangée, et lance plus d’une piste excitante : le corps en mutation, la sexualité naissante, la violence chez les jeunes filles… De quoi avoir l’eau à la bouche pour qui espère voir du cinéma qui sort du rang. Patatras : Grave peine à décoller dès les premières scènes (aux dialogues trop explicatifs et redondants) et s’embourbe progressivement dans des défauts d’écriture trop importants pour ne pas gâcher la fête. Cronenberg et Marina de Van sont présents partout dans les intentions du film, mais le résultat ressemble moins à un hommage qu’à un embarrassant fan-art inachevé.

On ne va pas reprocher à un film fantastique son manque de vraisemblance. On peut en revanche reprocher au scénario de Grave d’être beaucoup trop arbitraire, presque bâclé : comme s’il suffisait d’appuyer sur un interrupteur, les personnages y changent radicalement de comportement d’une scène à l’autre, agissent sans nuance ni logique (dédicace au personnage de pote gay, tellement non-crédible qu’il en devient insultant). Plus gras que grave, le film s’empêtre dans des changements de registre malhabiles, qui là encore semblent se contredire entre eux plutôt que s’enrichir (la scène pivot où l’héroïne découvre sa vraie nature semble sortie d’un teenage movie parodique).

Comme dans une trop grande partie du cinéma fantastique hexagonal, Julia Ducournau tente de faire naitre l’inquiétante étrangeté dans un contexte hyper réaliste. Résultat : tout transpire ici la pénible enquête de terrain, du bizutage (qui prend trop de place dans le récit) aux discours des infirmières et aux exercices des apprentis vétérinaires. Le réalisme n’est pas l’ennemi du fantastique, mais une telle insistance donne à Grave un horizon très restreint, au ras-des-pâquerettes (tout comme cette private joke générationnelle d’avoir appelé le chien Groquik). Avec une conception du fantastique qui consiste à balancer des effets sonores crispants, le film est frileux dès qu’il s’agit de faire naitre l’imagination. Grave est tellement bâclé dans son écriture qu’il n’est à aucun moment choquant ou subversif, un comble. Potache et plat sont les adjectifs qui viennent plutôt en tête...

par Gregory Coutaut

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