Godless

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Godless
Bezbog
Bulgarie, 2016
De Ralitza Petrova
Scénario : Ralitza Petrova
Durée : 1h43
Note FilmDeCulte : ****--
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Dans une ville bulgare isolée, Gana s’occupe de personnes âgées atteintes de démence et revend leurs papiers au marché noir. Elle parle à peine à sa mère, qui est sans emploi, et sa relation avec son petit ami n’est pas une réussite non plus, pour ne pas dire plus: ayant perdu toute attirance sexuelle, leur intimité se résume à leur addiction à la morphine. Rien ne semble avoir de conséquence aux yeux de Gana, pas même le meurtre accidentel d’un patient qui menace de dévoiler son petit trafic.

QU'EST-CE QU'ON A FAIT AU BON DIEU ?

Oui, le pitch de Godless n'y va pas de main morte et a plutôt tendance à rouler mamie dans le goudron après l'avoir poussée dans les orties. Mais le long métrage de la Bulgare Ralitza Petrova, lauréate du Léopard d'or au dernier Festival de Locarno, parvient à faire autre chose qu'empiler les pathos en une grande colonne de Badaboum !. "Au secours" : ce sont les premiers mots (fort à propos) que l'on entend dans Godless, mais la caméra n'est pas tout à fait là où on l'attend et ne permet pas immédiatement de distinguer la situation. A partir d'une histoire dont la noirceur pourrait être programmatique, Petrova livre une film visuellement puissant. La mise en scène ne se contente pas de capter caméra à l'épaule un récit social calibré à la façon de mille et un exemples post-Dardenne. Cet œil de Dieu, cet objectif ivre qui flotte, cette mise au point progressive sur les visages participent au climat infernal du film, hagard et largué.

L'héroïne de Godless s'occupe de patients séniles, déments et en fin de vie. Mais c'est le décor entier du long métrage qui ressemble à un mouroir à ciel ouvert, ces tours anesthésiées sous la neige, ces apparts pourris dans lesquels déambulent des gosses ou leur fantôme, le tout n'étant pas sans rappeler l'enfer d'Import/Export d'Ulrich Seidl. Too much ? La réalisatrice répond : sortez un peu de Sofia, et vous verrez. La cinéaste filme une vieille pierre abandonnée, "en mémoire aux victimes du communisme". A travers ce constat social noirissime et actuel, Petrova contemple les illusions perdues à la fois du communisme et de l'après-communisme. Et la violence inhumaine envers les plus faibles que cela implique. Les pulsions de mort semblent s'immiscer partout. Sont-ce des coups de feu qui retentissent en bas de l'immeuble ? On préfère se rassurer en imaginant que ce ne sont que des portes qui claquent.

Gana, la protagoniste de Godless, pourrait être l'héroïne-courage type de ce genre de film. Elle est l'inverse, une femme au comportement infect qui roule ses patients démunis dans la farine. Godless n'a pas peur des aspérités et de ne pas séduire - c'est une qualité. Il y a parfois néanmoins des débordements de complaisance (une scène d'orgie qui tombe du ciel) ou de naïveté (l'effet de la musique sur Gana). Mais malgré le pessimisme ambiant, Ralitza Petrova n'empaille pas son héroïne dans une posture monochrome et son cheminement parvient à être poignant. Voilà un premier long métrage assez prometteur.

par Nicolas Bardot

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