Festival de Venise: tour d'horizon de la sélection

Festival de Venise: tour d'horizon de la sélection

Que retenir de la sélection 2011 du Festival de Venise? Ou plutôt, puisque le festival ne débute que le 30 août, qu'attendre de ce nouveau cru? FilmDeCulte fait le point sur les forces en présence...

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Ceux qui, à Cannes, ronchonnent dès qu'il s'agit de voir un film qui ne soit pas anglo-saxon seront servis: quasiment la moitié (10 sur 21!) de la sélection vénitienne sera en anglais. En tête de la délégation américaine, le film d'ouverture, The Ides of March, nouveau long métrage de George Clooney, qui raconte les affres d'un idéaliste lancé dans une campagne présidentielle. Clooney, déjà primé en 2005 à Venise pour Good Night and Good Luck, sera en compétition. A ses côtés, deux vieux briscards: William Friedkin et Abel Ferrara. Friedkin, qui n'était jusqu'ici jamais venu à Venise et qui n'a été sélectionné à Cannes qu'avec Bug, à la Quinzaine des réalisateurs, en 2006, confirmerait donc son retour en grâce avec Killer Joe, présenté comme une comédie dramatique. Retour en grâce également pour Matthew McConaughey, son acteur, qui semble, à quarante ans passés, avoir abandonné sa carrière de surfer topless pour tabloïds et poupée pour comédie romantique après le récent La Défense Lincoln. Ferrara, lui, est un habitué de la Cité des Doges. Venu en 1996 pour Nos funérailles, puis en 1998 pour New Rose Hotal, il a obtenu le Grand Prix en 2005 pour Mary. On sait encore peu de choses sur son nouveau film, Last Day on Earth si ce n'est, comme son titre l'indique, qu'il s'agirait d'une histoire de fin du monde. Léger camouflet pour le Festival de Locarno qui organise un hommage spécial au réalisateur deux semaines avant, mais Ferrara ne présentera en Suisse que des extraits de son nouveau film.

Todd Solondz viendra également pour la 3e fois à Venise après Palindromes en 2004 et Life During Wartime, lauréat du meilleur scénario en 2009. Si Solondz fait moins parler de lui que dans les années 90 qui l'ont vu naître, ses derniers films témoignent d'un regard qui ne cesse de s'enrichir. Dark Horse, qui raconte l'amour naissant entre un collectionneur de jouets et une jeune femme considérée comme le mouton noir de sa famille, fait partie des titres qui nous font le plus envie. La nouvelle tête de la sélection américaine se nomme Ami Canaan Mann, qui auparavant a travaillé pour la télévision. Texas Killing Fields, avec Chloe Moretz, Jessica Chastain et Sam Worthington, raconte une enquête qui se déroule dans les bayous texans.

Cinq autres films en langue anglaise seront en compétition, dont deux grands espoirs d'une production britannique moribonde. Steve McQueen, Caméra d'or à Cannes pour Hunger, et Andrea Arnold, deux fois lauréate du prix du jury à Cannes pour Red Road et Fish Tank, sont de retour, respectivement avec Shame et Wuthering Heights. Le Londonien McQueen signe un drame sur l'addiction sexuelle avec encore une fois Michael Fassbender dans le rôle principal. A ses côtés, Carey Mulligan, dans un des films les plus attendus de cette édition. Arnold change elle totalement d'univers, en tout cas sur le papier, passant de ses deux premiers films urbains et modernes à une nouvelle adaptation du classique de Emily Brontë, Les Hauts de Hurlevent. Ces deux films visaient Cannes, n'étaient pas prêts à temps, Marco Müller a su sortir son filet à papillons au bon moment. Autre représentant britannique, La Taupe, film d'espionnage avec Tom Hardy, Gary Oldman et Colin Firth, par le Suédois Tomas Alfredson. Le film qui l'a révélé, Morse, était passé au travers de tous les festivals importants. Ce n'est donc pas le cas pour son nouveau film. Le Canadien David Cronenberg a lui réuni un casting de choix pour A Dangerous Method, qui confronte Viggo Mortensen et Michael Fassbender (encore lui) dans les rôles de Sigmund Freund et Carl Jung. On murmure (c'est même plus que ça) que le film est prêt depuis belle lurette et aurait été refusé à Cannes, malgré son affiche prestigieuse. Suffisant pour lancer un mauvais buzz, mais la présentation à Venise peut venir effacer tout ça. Enfin, le Français (mais tourné en anglais) Carnage de Roman Polanski réunit un casting royal (Jodie Foster, Kate Winslet, Christopjh Waltz, John C.Reilly) pour l'adaptation de la pièce de Yasmina Reza qui s'impose, sur le papier là encore, comme un favori logique au Lion d'or. Prix à la carrière en 1993, la présence de Polanski en compétition sonne comme un bain de jouvence puisque la dernière fois que le cinéaste a concouru pour le Lion remonte à... 1962 (Le Couteau dans l'eau).

Deux autres films représenteront la France. Un été brûlant de Philippe Garrel permet au cinéaste de retrouver son festival fétiche où il a remporté deux fois le prix de la mise en scène (J'entends plus la guitare et Les Amants réguliers), et lui permettra peut-être d'oublier l'accueil plus que houleux réservé à Cannes à son pourtant magnifique La Frontière de l'aube. Un été brûlant raconte les relations amoureuses de quatre personnages, interprétés notamment par Louis Garrel, Monica Bellucci et Céline Sallette. Poulet aux prunes du duo Satrapi/Paronnaud tentera de renouveler l'expérience heureuse de Persépolis, cette fois avec une adaptation live d'une bd de l'Iranienne.

Côté Asie, deux vraies-fausses nouvelles têtes. On a l'impression de découvrir Sono Sion cette année avec son prix à Deauville pour Cold Fish doublé de sa présence à la Quinzaine des réalisateurs pour Guilty of Romance (sa première à Cannes), mais le trublion japonais tourne depuis 20 ans. Il n'a tout simplement jamais eu les honneurs d'une sortie française pour un de ses films, alors que Strange Circus et Love Exposure ont été présentés à Berlin, et que Cold Fish était à Venise l'an dernier, dans la sélection parallèle Orizzonti. Himizu est présenté comme une noirissime adaptation de manga. La cinéaste hong-kongaise Ann Hui est encore plus méconnue en France, elle tourne pourtant depuis la fin des années 70 et a déjà été sélectionnée à Berlin dans les années 90. A Simple Life raconte la relation entre un homme fortuné (interprété par Andy Lau) et la femme qui est au service de sa famille depuis des années et qui l'a élevé (jouée par la chanteuse et actrice chinoise Deannie Ip). Troisième représentant asiatique, le réalisateur Wei Te-sheng, qui s'est signalé avec Cape n°7, 2e plus gros succès de l'histoire du cinéma de Taïwan, signe avec Seediq Bale une fresque de 4 heures à gros budget consacrée à la révolte taïwanaise contre les colons japonais en 1930. Johnnie To est de retour avec le thriller Life Without Principle, en tournage depuis 3 ans. Enfin, l'Israélien Eran Kolirin, qui s'est fait connaitre avec son hit world La Visite de la fanfare, revient avec l'absolument pas attendu (en tout cas par nous) The Exchange dont nous vous fournissons en exclusivité mondiale le pitch officiel: "Un homme rentre chez lui plus tôt que d'habitude...".

Parmi les représentants européens, le plus intrigant est de loin Alps, nouveau film du Grec Yorgos Lanthimos, révélé à Cannes avec Canine qui a récolté le prix Un Certain Regard. L'an passé, Venise s'était payé un plagiat éhonté du film de Lanthimos, Attenberg, signé par la productrice de... Canine, pompage qui réduit les qualités de son modèle à des tics, le tout validé par Lanthimos lui-même puisque le cinéaste jouait un petit rôle dans le long métrage. Alps sera t-il à la hauteur du précédent ovni du réalisateur? Le pitch laisse en tout cas espérer un aussi solide craquage: une infirmière de nuit fournit des services bien particuliers aux familles qui ont perdu leurs proches. Cette infirmière appartient à une mystérieuse communauté, les Alps, dont les membres remplacent, en échange d'un salaire, les gens qui viennent de décéder auprès de leurs familles. Dans un registre moins funky, le Russe Sokourov revisite le mythe de Faust avec un film qui aurait été, comme le Cronenberg, refusé à Cannes. On note par ailleurs, comme à Cannes, l'absence du cinéma sud-américain: zéro pointé en compétition sur la Croisette, zéro pointé au Lido également. Enfin, chaque année, la présence italienne réserve parfois de bonnes surprises, parfois des bouillons. Qui, de Quando la Notte, réalisé par Cristina Comencini (présente en 2005 à Venise avec La Bête dans le cœur qui a valu à Giovanna Mezzogiorno le prix d'interprétation féminine), Terraferma, nouveau film de Emanuele Crialese (Golden Door) qui raconte raconte comment une île de pêcheurs sicilienne à peine touchée par le tourisme se trouve soudain investie par des groupes entiers de clandestins, ou L'Ultimo Terrestre de l'auteur de bd Gipi, où des extraterrestres arrivent dans une Italie en pleine crise économique (?!), tirera son épingle du jeu?

Réponse et indices du 30 août au 10 septembre, et surtout le soir du palmarès...

par Nicolas Bardot

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