Festival de Gérardmer : Freaks

Festival de Gérardmer : Freaks
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Freaks
États-Unis, 2018
De Zach Lipovsky, Adam B. Stein
Scénario : Zach Lipovsky, Adam B. Stein
Avec : Bruce Dern, Emile Hirsch
Photo : Stirling Bancroft
Musique : Tim Wynn
Durée : 1h44
Note FilmDeCulte : *****-
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La petite Chloe n'a jamais quitté le confort relatif de la maison familiale, maintenue à l'écart du monde extérieur par son père. Ultra-protecteur et limite inquiétant, celui-ci lui répète qu'elle est différente, que tout ce qui se trouve de l'autre côté de la porte d'entrée représente une menace. Attirée par la musique du marchand de glaces en bas de la rue, Chloe va braver l'interdit paternel et découvrir la vérité sur sa condition.

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Le titre est basique, l'affiche cryptique, le synopsis n'en dit pas beaucoup plus et ce n'est pas nous qui allons vous révéler quoi que ce soit vu le plaisir que c'est de découvrir le film vierge de toute information et de se laisser porter. Rares sont les films vus au Festival de Gérardmer, et même ailleurs à vrai dire, où l'on n'a globalement aucune idée d'où va nous emmener le récit. Il faut dire que l'écriture, tout d'abord simplement intrigante, révèle peu à peu une expertise inattendue dans sa narration. Nombreux sont les films de genre à trop vouloir jouer la carte du mystère ou du moins trop longtemps et ce qui tient initialement le spectateur curieux finit par lasser, laissant apparaître un artifice cache-misère pour retarder le plus possible le moment où le récit va s'installer dans les conventions de base. À l'inverse, Freaks sait parfaitement doser la distillation de ses informations de manière à cultiver le mystère sans se foutre de la gueule du monde. Un point de vue totalement justifié par celui qu'adopte le film, à savoir celui de la petite fille à qui l'on cache tout.

De plus, lorsque Lipovsky et Stein, scénaristes et réalisateurs du film, révèlent enfin le genre véritable dans lequel s'inscrit leur film, ils n'optent pas nécessairement pour le spectacle attendu mais préfèrent se servir de ce que les archétypes du genre offrent pour créer des scènes inédites et surtout troublantes. Il ne s'agit pas juste d'exploiter les contraintes du budget mais d'un choix délibéré mettant en avant la vérité émotionnelle des différents personnages et les enjeux qui en découlent et qui sont au cœur du film. Pour autant, jamais le film ne tombe dans ce que les mauvaises langues qualifient de "bons sentiments". Là aussi, le regard est celui d'une enfant qui cherche à combler un manque sans avoir aucun code de civilité ni même réellement de vie de famille.

Ainsi, des scènes de domesticité anodines se colorent de malaise et la tragédie qui se dessine devant nous, au fur et à mesure que chaque tenant et aboutissant du concept et donc de ses règles nous sont révélés, va de pair avec la catharsis nécessaire, adoptant une ironie non feinte et vertigineuse. Même quand il détourne le protocole du climax pour ce genre, en ramenant tout à une échelle plus intime, Freaks n'est pas un film de petit malin mais revisite de façon brillante un genre souvent trop limité et se targue même d'un propos sincère sur la différence mais surtout la parentalité. Remarqué et récompensé à Toronto, Sitges, Vancouver, Trieste, au PIFFF et aux Utopiales, le film n'a pas encore de date de sortie prévue, ni même aux USA. Malheureusement, ça sent la VOD mais on ne saurait que trop vous conseiller d'y jeter un œil quand il sera disponible.

par Robert Hospyan

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