Berlinale: Colo

Berlinale: Colo
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Colo
Portugal, 2017
De Teresa Villaverde
Scénario : Teresa Villaverde
Durée : 2h16
Note FilmDeCulte : *****-
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Au Portugal, le quotidien d'un père, d'une mère et de leur fille est durement impacté par la crise économique.

FAMILLE DÉCOMPOSÉE

Dès les premiers plans de Colo, la jeune Marta sèche ses larmes, après ce qui semble être une dispute muette avec son copain. La suite du film ne va être un lit de roses ni pour elle ni pour sa famille. Onze ans après l’intranquille Transe, qui lui avait valu d’être remarquée à Cannes, la réalisatrice portugaise Teresa Villaverde filme à nouveau une très impressionnante chute sans fin. Celle d’une famille frappée de plein fouet par la crise économique : le père, aux abois, a perdu son travail, tandis que la mère s’épuise à combiner deux emplois. De repas frugaux en coupes d’électricité, de résignation hébétée en appels au secours, Colo ne met pas de guillemets autour du parcours de croix de cette famille qui se retrouve à vivre comme en temps de guerre. "La vie, c’est pas des grandes vacances" dit Marta, "la vraie vie, c’est la chose la plus merdique au monde", renchérit-elle plus tard. Pourtant, Colo ne tombe pas dans un misérabilisme étouffant. Exigeant mais visuellement incroyable, le film de Villaverde ne ressemble pas du tout à l’image que l’on se fait du "cinéma social" ultra-réaliste. Tant mieux.

De cette guerre économique, on ne verra rien d’autre. Marta et ses parents paraissent vivre seuls dans leur immeuble de banlieue, comme s’ils étaient déjà seuls au monde. Et dès le début, ils ont étonnamment du mal à se trouver tous au même endroit au même moment : que l’un des membres de la famille soit en retard de quelques minutes, et les autres s’imaginent déjà qu’il a peut-être bien fui pour toujours. Il y a une violence larvée et une inquiétante étrangeté, toutes deux fascinantes, dans ce quotidien qui aurait pourtant tout pour être âpre. La barque est chargée en termes de malheurs, mais Villaverde rétablit l’équilibre grâce à un art du non-dit qui fait pour beaucoup dans la mystérieuse atmosphère du film. D’un rythme radical et hypnotisant, Colo donne en effet l’impression de pouvoir sans cesse basculer vers le fantastique, comme certains films récents de Tsai Ming-Liang.

Le traitement esthétique n’y est d’ailleurs pas pour rien. Filmé majoritairement de nuit, ou entre les quatre murs de l’appartement, Colo est paradoxalement un film coloré, où la lumière chaude semble plus vivante que les personnages. Au cliché de la famille soudée face à l’adversité, Villaverde répond par une implosion lente mais inéluctable. Comme balayé par le ciel qui leur tombe sur la tête (les quelques scènes d’extérieur sont d’ailleurs elles aussi splendides), chacun va se disperser, abandonnant inconsciemment son rôle au soin de sa famille. Le film gagne encore en ampleur dans son dénouement symbolique, amer et bouleversant. Tour de force formel et narratif, Colo est, sans mauvais jeu de mot, colossal.

L'Oursomètre: Radical a plus d’un titre, Colo est de loin ce que la compétition berlinoise a proposé de plus clivant cette année. Le film mérite un prix de la mise en scène, voire un Ours d’or, mais peut tout aussi bien repartir les mains vides. En cas de désaccord au sein du jury, le prix de la commission technique pourrait venir récompenser la photo.

par Gregory Coutaut

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