Berlinale: Beuys

Berlinale: Beuys
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Beuys
Allemagne, 2017
De Andres Veiel
Durée : 1h47
Note FilmDeCulte : ***---
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Portrait de l'artiste allemand Joseph Beuys.

L’ARTISTE EST PRÉSENT

Par où commencer pour parler de l’artiste Joseph Beuys, personnage insaisissable et paradoxalement indélébile de la culture allemande, au point d’être reconnaissable par sa simple silhouette et son chapeau ? De Beuys, on connait avant tout les sculptures proches du ready-made (Inflitration Homogen for Piano, et son piano recouvert intégralement de feutrine, ou Schlitten, et sa succession de luges). Des œuvres qui ont beaucoup décontenancé, et qui ont mis leur auteur au centre de l’attention médiatique, au point de devenir le premier artiste allemand à avoir droit à son exposition au musée Guggenheim de New York. Le premier paradoxe de Beuys, c’est d’avoir refusé d’expliquer trop clairement ses œuvres, tout en étant prompt à évoquer publiquement ses théories sur l’art, qu’il souhaitait le plus démocratique possible. "Il n’y a rien qui n’a pas de rapport avec l’art", disait celui dont la vie ressemble à une application directe de cette devise.

Par un glissement ironique et malicieux, Beuys est passé de la sculpture à la performance (dialoguant notamment avec un lièvre mort, dans Explaining Pictures to a Dead Hare)... puis de la performance à la politique. Avec à chaque fois, un art de se mettre à la fois le public à dos et dans la poche. "Voulez-vous d’une révolution sans humour ?" déclara t-il intempestivement à la télévision à ses détracteurs, incapables de savoir s’ils avaient affaire à un clown, un sage ou un provocateur. Beuys n’est pas le type d’artiste à s’expliquer, et Beuys respecte cette volonté, quitte à prendre un contrepied parfois frustrant. Le documentaire d’Andres Veiel ne ressemble pas à ces reportages didactiques sur l’histoire de l’art : le but n’est pas ici de lui trouver des influences plastiques, un héritage contemporain ou des corrélations d’idées avec d’autres artistes. Beuys constate avec amusement le puzzle de la vie de cet homme plein de contradiction, mais n’explique rien. C’est à la fois la force et la limite du film qui privilégie les images d’archives non commentées (via un remarquable travail de montage) aux intervenants, les questions sans réponses aux idées reçues. Le résultat est à la fois exigeant, dense et riche. Un film qui décontenance, fascine, épuise et séduit à la fois... comme son héros.

L'Oursomètre: Beuys n’a pas une forme aussi séduisante et un sujet aussi universel que Fuoccoamare ou Le Bouton de Nacre, deux documentaires récemment primés à Berlin. Un éventuel prix technique pour le montage parait l’option la plus envisageable.

par Gregory Coutaut

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