Cate Blanchett

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Actrice
Australie
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Vaguement blonde selon ses propres dires, caméléon d’un univers à l’autre, débarquée du jour au lendemain en étant adoubée reine: mais qui est vraiment Cate Blanchett?

HAUTE VOLTIGE

Cate Blanchett est une voleuse. Circonstance atténuante: il faut bien se faire remarquer, alitée, dans la chorale Babel ou au cœur de la masse si imposante d’elfes, d’Orcs et de rois du Seigneur des anneaux. Et c’est elle qui, dès les premières secondes, s’impose par son timbre de voix unique, sonnant les trois coups qui ouvrent majestueusement la saga. Sa présence en tant que Galadriel a beau n’être que spasmodique, la belle a imposé son sceau dans l’histoire. Et c’est une récidiviste: dans Le Talentueux Monsieur Ripley, ses apparitions à l’écran laissaient loin derrière une Gwyneth Paltrow bien décontenancée par un tel talent. Dans le médiocre Terre-Neuve, elle a beau ne grapiller que quelques minutes à l’image, son pétale submerge rapidement un Kevin Spacey effacé. Mais il ne s’agit point là de tirage de couverture, Cate, ce n’est pas sa faute – on l’a faite comme ça. Magnétique, charismatique, exubérante, au point parfois d’effacer ses partenaires s’ils ne sont pas à la hauteur. Le meilleur contre-exemple reste Intuitions, thriller cluedo de Sam Raimi où elle se fond avec humilité dans la galerie de suspects.

VOGUE

Cate Blanchett est une coquette. Dans ses excès de modestie, elle en vient à réduire ses rôles à une touche de peinture, un trait sur la toile, un simple détail. Et invente l’actrice synecdoque. Le roux flamboyant de l’électrique Kate Wheeler dans Bandits accompagne la tempête karaoké d’une fan de Bonnie Tyler, la coupe Lady Di dans Veronica Guerin affiche sa détermination dans le film de Joel Schumacher, les longs cheveux d’Elizabeth signifient ses charmes en même temps qu’une coupe exprime son abandon désespéré, si bien qu’elle en devient atone en même temps que chauve dans Heaven. Restent les accessoires: le rouge à lèvres carnivore de la slave Lola dans The Man Who Cried ou les oreilles pointues de Galadriel dans Le Seigneur des Anneaux. Habituée du théâtre, Cate Blanchett a pris l’habitude de faire naître un monde qui vit sur des planches en bois, au même titre qu’une histoire entière dans quelques fibres de cheveux ou une simple parure. Avec bien évidemment de la chair autour, une chair qui existe, tremble et résonne de chaque frémissement de ses personnages.

LA REINE SOLEIL

Cate Blanchett est bigger than life. La preuve, les titres de ses films se limitent parfois à la simple adoration de son nom: Elizabeth, Charlotte Gray, Veronica Guerin, tandis que quelques fioritures viennent à l’occasion habiller l’ensemble avec Oscar et Lucinda ou Thank God He Met Lizzie, deux films de sa jeune carrière australienne. Dans Paradise Road ou Heaven, si l’on ne prononce son nom, ce sont malgré tout les cieux qui lui sont promis. Son aura spectaculaire a reçu un nouveau coup de lustre lors de l’incarnation oscarisée d’une autre reine: Katharine Hepburn dans Aviator de Martin Scorsese – à vrai dire, presque une évidence, avant d’être Ingrid Bergman réincarnée sur l’affiche de The Good German. Il reste de Cate Blanchett ce fieffé panache qui porte une affiche et une œuvre, ce pouvoir d’habiter les esprits en captant leur réalité tout en les poussant au surnaturel. Pour s’en convaincre, voir Elizabeth, reine vierge et extra-terrestre, ou Philippa, poème qui marche en même temps vers la mort et la vie.

VIENS VOIR LES COMEDIENS

Cate Blanchett est une actrice – on s’en serait douté. Mais de la race des acharnées aux ongles musclés. Tête de série de sa troupe théâtrale au collège, diplômée de l’Institut National d’Arts Dramatiques en Australie à l’âge de 23 ans, membre du théâtre de Sydney, gagnante du prix de la meilleure comédienne et de la révélation d’entrée (ce qui tenait de l’inédit), partenaire d’un certain Geoffrey Rush, jonglant avec virtuosité entre David Mamet et William Shakespeare, croulant sous les prix de la critique pour son premier rôle principal au cinéma (et non des moindres) avec Elizabeth, gagnante d’un Golden Globe, son pedigree tient de la classe la plus impressionnante qui soit. Il reste certes cette breloque d’Oscar revenu cette année-là de manière totalement farfelue à Gwyneth Paltrow, ce qui n’a pas empêché Blanchett de bondir sur le trampoline présenté. Depuis, la nouvelle reine s’affiche et brûle la toile, tenant tête à Judi Dench dans le bouillant Chronique d’un scandale, à des années lumières de son premier tournage, à 18 ans, au Caire, où elle était noyée dans une foule qui privait le public de son visage. Celui-ci est aujourd’hui, et à juste titre, l’un des plus éclairés.

par Nicolas Bardot

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