Hope
Corée du Sud, 2026
De Hong-Jin Na
Scénario : Hong-Jin Na
Durée : 2h37
Sortie : 28/10/2026






Les habitants de Hope doivent faire face seuls à une menace grandissante. Tandis que certains tentent de protéger le village, d’autres s’aventurent dans la montagne… mais deviennent à leur tour des proies.
AH BÂTARD
On avait laissé Na Hong-jin sur deux polars noirs et un troisième se muant en film d'horreur terrorisant, il y a maintenant dix ans, et le voilà qui revient avec un improbable film de monstre, plus léger autant dans le ton que dans la teneur thématique, même si le film évoque une fois de plus par le biais du fantastique, la paranoïa et la xénophobie découlant de la réalité sociale. En choisissant de situer l'action dans un village proche de la frontière avec la Corée du Nord, bordé par des champs de mines et parcouru d'affiches appelant à se méfier des "espions", le cinéaste ancre d'emblée son récit dans un contexte particulier (d'un point de vue temporel également : aucun carton n'indique l'année mais nous sommes dans une époque pré-portables) qui constituera à peu de choses près le seul élément de fond décelable dans un scénario à la structure atypique qui, au même titre que la mise en scène, retarde ses révélations le plus possible.
Si une découverte à mi-film colore déjà différemment les événements de l'intrigue, il faut attendre la toute dernière scène pour que transparaisse l'entreprise subversive opérée par Na Hong-jin, exposant tardivement un lore a priori délibérément cliché (ou, devrait-on dire, codifié, embrassant des stéréotypes de blockbuster de SF américain, jusque dans le casting) et changeant de point de vue comme invitation à reconsidérer notre perception, mais le filage de la métaphore sur la violence animée par la peur de l'autre s'incarne maladroitement dans cette fin ouverte qui laisse un peu le goût de ne pas avoir vu une histoire complète et pleinement sensée en soi. Nombreux avis lus depuis Cannes citent Mad Max Fury Road comme expérience similaire mais le film de George Miller parvenait plus habilement à figurer la substance au travers de l'action. Heureusement, l'action est incroyable, d'un pur point de vue de découpage mais également de l'écriture atypique.
Presque sans perdre le temps d'une introduction autour d'un corps aux blessures inquiétantes, on commence avec près d'une heure en simili-temps réel à suivre un flic dans les rues démolies du village, laissant la tension croître au fur et à mesure que le personnage évolue dans un véritable labyrinthe portant les marques du passage dévastateur d'une créature gardée invisible le plus longtemps possible. On en vient presque à se dire qu'il aurait été possible de couper quand arrive ce moment où le protagoniste essaie de saisir un aperçu de la bête dans l'obscurité d'un magasin à travers les vitres crasseuses de la devanture. Soudain, tout le projet du réalisateur est devenu évident : on a beau avoir vu les dégâts causés, on a beau avoir entendu ses cris effrayants et été témoin de sa force, voyant des victimes ou des véhicules voltiger au loin, on a envie de voir. Na Hong-jin ménage judicieusement l'anticipation et la frustration en travaillant la durée et quand le monstre apparaît enfin, peu importe les VFX imparfaits, il est incroyable. Littéralement. On ressent ce que les personnages ont dû ressentir : face à ce titan plus proche du yokai que de l'alien, ils n'en croient pas leurs yeux. Et quand il se met à les courser à une vitesse surnaturelle, on flippe! Et quand à l'issue de la séquence arrive un ralenti, première instance d'une remise en question de ce qu'on a pris pour acquis jusqu'alors, sans aller jusqu'à dire qu'il y a de l'émotion, l'impact est là.
La demi-heure centrale du film, marquée par l'humour, est tout aussi séduisante, et le dernier tiers renouant avec l'action ne démérite pas, enquillant les morceaux de bravoure cool ou badass, exploitant le décor forestier de façon impériale, proposant un character design varié et porteur (le mâle qui se "décalotte" pour adopter une forme plus monstrueuse), mais on mentirait si l'on disait ne pas trouver tout ce spectacle un peu trop creux pour être pleinement satisfaisant. En l'état, c'est un plaisir non feint face à l'abattage formel et à l'écriture présentant une certaine ambition, dans sa structure audacieuse et sa caractérisation épurée, ainsi qu'aux touches comiques potaches savamment insérées, mais l'ensemble sera peut-être plus convaincant une fois couplé à sa suite. En tout cas, on en a l'espoir.






