MEMOIRES DE NOS PERES: premier avis
Après quelques premiers plans sublimes qui plongent le spectateur dans le cauchemar de la guerre, le récit du film de Clint Eastwood choisit d'alterner les époques en éclatant sa narration, se focalisant sur l'histoire de ce drapeau hissé sur le mont
Après quelques premiers plans sublimes qui plongent le spectateur dans le cauchemar de la guerre, le récit du film de Clint Eastwood choisit d'alterner les époques en éclatant sa narration, se focalisant sur l'histoire de ce drapeau hissé sur le mont Suribachi de l'île d'Iwo Jima, et les quelques hommes qui lui furent liés.
Pour ce qui est de la reconsitituion de la bataille, le réalisateur suit à peu de choses près les tranchées traversées par ses prédécesseurs. On pense évidemment en partie à Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg (double producteur du film), dont la tonalité chromatique, optant pour des couleurs délavées, a déteint ici. Certains plans plus spectaculaires (vues depuis un avion, grands plans d'ensemble de navires par centaines) rappelleront plutôt Pearl Harbor par leur ampleur. Dans les deux cas, les images d'Eastwood apparaissent malheureusement en grande partie comme déjà vues. On retiendra deux scènes originales se faisant suite dans le montage, fonctionnant sur la dilatation du temps: une fin de soirée muette dans le noir du bateau avant le débarquement, et le crescendo vers le massacre une fois sur l'île.
Le film s'avère bien plus intéressant dès lors qu'il s'attarde sur le parcours des soldats une fois rentrés et l'appropriation par l'armée et les médias de la photographie ayant capturé le hissage du drapeau, transformé en accomplissement héroïque et marque d'espoir. Comment ces survivants vivent leur nouvelle image politisée, c'est le coeur du film. Dommage que ces scènes apparaissent vite comme répétitives, au même titre que les flashbacks sur les scènes de batailles. On regrettera également des séquences situées au présent, tout simplement inutiles, où le fils d'un des soldats interroge d'autres acteurs de cette histoire. La redondance générale et les longueurs finales affaiblissent un propos néanmoins important, sur le statut de héros et le symbole d'un drapeau tant décrié par les critiques et les spectateurs dès lors qu'il apparaît dans un film américain.