Projet dernière chance

Projet dernière chance
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Projet dernière chance
Project Hail Mary
États-Unis, 2026
De Phil Lord, Chris Miller
Scénario : Drew Goddard
Avec : Ryan Gosling
Photo : Greig Fraser
Musique : Daniel Pemberton
Durée : 2h36
Sortie : 18/03/2026
Note FilmDeCulte : *****-
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Ryland Grace, professeur de sciences, se réveille seul à bord d’un vaisseau spatial, à des années-lumière de la Terre, sans aucun souvenir de son identité ni des raisons de sa présence à bord. Peu à peu, sa mémoire lui revient, et il comprend l’enjeu de sa mission : résoudre l'énigme de la mystérieuse substance qui cause l'extinction du Soleil. Pour tenter de sauver l’humanité, il va devoir faire appel à ses connaissances scientifiques et à une collaboration inattendue.

A SIGN OF THE TIMES

Peut-être que leur débarquement du tournage de Solo aura été la meilleure chose qui pouvait arriver à la carrière de Phil Lord & Chris Miller, petits génies habitués à relever le défi de projets improbables (et improbablement réussis) et réfugiés depuis près de dix ans dans l'écriture et la production, parce qu'ils reviennent avec leur projet le plus ambitieux à ce jour, non seulement en termes d'échelle mais surtout de ton. Si l'humour est toujours au rendez-vous, figeant un sourire sur le visage du spectateur tout le long des 2h36 de métrage, le duo sort quelque peu de sa zone de confort en abandonnant la conscience de soi et la déconstruction des codes pour offrir une incarnation plus premier degré des thématiques qui traversaient déjà leur filmographie, signant une superbe ode à l'amitié et à la collaboration et à la foi en soi. Comme dirait Vitruvius dans The Lego Movie, I know that sounds like a cat poster but it's true.

En s'attachant à l'adaptation du roman d'Andy Weir (Seul sur Mars, dont le scénario était déjà signé Drew Goddard), Lord & Miller auraient pu assumer les ressemblances du récit avec les fleurons récents du genre et prendre le tout à la rigolade mais si le film convoque tour à tour Sunshine, Gravity, Interstellar et, inévitablement, le film de Ridley Scott, il parvient à nous faire oublier ces illustres aînés en se forgeant sa propre identité, bien inscrite dans cette vague hard SF mais quelque part entre un Amblin de la grande époque et un Pixar live.

Le récit alterne habilement entre une trame au présent et une autre dans le passé. Sur Terre, l’intrigue égrène flashback après flashback le mystère du départ du héros mais surtout pourquoi il n'en est pas un. Project Dernière chance est en somme l'histoire d'une renaissance, comme le symbolise bien la première séquence avec le réveil dans le vaisseau et le premier souffle du protagoniste qui va devoir ramper avant de se tenir debout, comme les gravures de l'évolution ornant les murs de sa navette. Lord & Miller aiment leurs losers. Que ce soit l'inventeur dénigré de Tempête de boulettes géantes, le nerd et le jock teubé de 21 Jump Street ou le simple bonhomme qui se croit élu de The Lego Movie, leurs personnages ont tout pour ne pas croire en eux et finissent par accomplir l'impossible. "Because the only thing anyone needs to be special is to believe that you can be" (Vitruvius, 2014). Le film n’est également pas sans rappeler Armageddon dans sa notion d'envoyer quelqu'un d'inadapté sauver le monde, sauf qu'ici ce n'est pas un foreur pétrolier mais un prof de primaire. Par conséquent, là où Bay se moquait du système en donnant la part belle aux cols bleus, Lord & Miller célèbrent l'intelligence et louent ces éducateurs trop peu considérés.

Dans le vaisseau, l'objectif constitue une intrigue qui devrait être chiante à suivre (récolter des échantillons, se poser des questions, faire des expériences de laboratoire) mais que l'écriture rend constamment engageante par le biais de la comédie (le tempo comique de Ryan Gosling est toujours aussi affûté), de l'action (bien quei les moments les plus similaires aux films de Cuaron ou Nolan n'ont pas le même degré d'intensité) et de l'émotion. Dans Seul sur Mars, il était déjà question de collaboration de la planète entière mais ici, c'est une fois de plus un tandem de personnages qui est mis à l'honneur par le tandem d’auteurs. Par son déroulé, le film acte bien que la solitude est synonyme de mort et la survie ne peut se faire qu'ensemble. Impossible de ne pas lire dans ce partenariat une invitation à l'ouverture vers l'autre et à l'entraide dans un but commun (aka sauver sa planète) qui continuera éternellement de se réverbérer au sein de notre époque et évidemment en ce moment.

Pour ceux qui verront le film en IMAX, les scènes au présent (vaisseau et espace) prennent tout l'écran (1.43, enfin 1.90 sauf à Montpellier et Bruxelles) tandis que les scènes au passé sont en 2.39, accentuant cette idée. Mais la mise en scène de manière générale est habile, jouant sur les plans obliques ou inversés quand Ryland est sur Terre, comme déjà perdu, sa vie suspendue en apesanteur, et joue beaucoup de la lumière dans les séquences-clé pour se faire tantôt oppressante tantôt émerveillante. Ainsi l’on note une vraie prise de galon dans les talents de conteurs visuels des comparses, notamment pour l'émotion, déjà présente dans leurs films d'animation, et qui met plusieurs fois des petites larmes aux yeux ici (dont une fois avec une chanson de Harry Styles??!!). S’il y a sans doute une péripétie en trop dans ce film un poil long, Projet dernière chance demeure un gros crowd-pleaser rondement mené qui joue sur presque tous les tableaux. Une séance de bonheur.

par Robert Hospyan

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