Michael
États-Unis, 2026
De Antoine Fuqua
Scénario : John Logan
Photo : Dion Beebe
Durée : 2h08
Sortie : 22/04/2026






Le film raconte l'histoire de Michael Jackson au-delà de la musique, depuis la découverte d'un talent hors du commun en tant que leader des Jackson Five, jusqu'à l'artiste visionnaire dont l'ambition créative a alimenté une quête incessante pour devenir le plus grand artiste au monde.
MAN IN THE DISTORTING MIRROR
Un chanteur avance de dos dans un couloir au ralenti. On reconnaît sa tenue iconique. On entend les cris du public qui l'attend. On devine qu'il s'apprête à monter sur scène. Il fait des petits sauts sur place pour s'échauffer. Flashback sur comment il en est arrivé là. Michael ou Bohemian Rhapsody? En vrai, il pourrait s'agir de n'importe quel biopic musical, même s'il se trouve en l'occurrence que c'est le même producteur pour les deux ici et que le film de Bryan Singer, médiocre mais un succès au box-office, sert de modèle structurel. Enfin, on ne saura peut-être jamais quelle était la réelle structure du film étant donné les coupes massives que le film a subi au montage lorsque l'équipe s'est rendue compte qu'elle ne pouvait évoquer certains choses du fait d'une clause oublié dans leur arrangement juridique avec l'une des personnes ayant accusé l'artiste d'attouchements au début des années 90. Selon certaines sources, le film commençait avec une descente de la police sur le ranch Neverland et le troisième acte portait précisément sur l'affaire en question, dans le but de donner la réponse définitive de la famille. Oui, parce que c'est un biopic produit par la famille Jackson au grand complet ou presque, frères, soeur et enfant (avec son neveu pour le jouer), donc il était évident que l'ouvrage, surtout avec un pantin anonyme comme Fuqua à la barre, n'allait pas toucher aux éléments les plus troubles de la vie du chanteur. C'est dommage parce que, même s'il était évident qu'un portrait sans fard était impossible, c'est très certainement un des biopics qui faisaient le plus fantasmer. Parce que Michael Jackson est quelqu'un de fascinant. Et il est fascinant spécifiquement parce qu'il est bizarre. Mais point de cela dans ce film lisse.
Michael Jackson, c'est un Peter Pan du monde réel, un garçon privé d'enfance par un père violent qui l'a transformé en bourreau de travail qui va se créer un ranch avec des animaux où il invitera des enfants. La plus grande tare du film n'est même pas de se terminer avant la moindre allégation, on n'attendait pas nécessairement un film qui croirait la parole des victimes ou chercherait à garder l'ambigüité sur la véracité des attouchements, mais Jackson reste quelqu'un qui dit en interview qu'il n'y a rien de plus beau au monde que de dormir aux côtés d'un enfant. Et qui imagine un film (Moonwalker) où il se transforme en véhicule dans lequel les enfants montent. Le mec est bizarre, point. Et c'est ça qui aurait été intéressant, un film sur cet aspect-là de l'enfant qui n'a pas grandi, pas une banale histoire de gamin qui n'a jamais réussi à regarder son père dans les yeux et donc à dire aux gens directement ce qu'il veut, comme c'est le cas ici. C'est cette friction-là qui est dramaturgiquement riche, le mec en apparence asexué dont l'un des moves les plus célèbres sera de se chopper l'entrejambe sur scène ; le King of Pop qui va se marier avec la fille du King et sortir un clip où ils se baladent quasiment à poil tout le long. Un film sur l'identité, sur l'image. On veut bien croire qu'il était atteint de vitiligo (et le film BAZARDE ça de façon incroyablement nonchalante) mais à la fin, il ressemblait à un extra-terrestre, bon sang. On ne peut pas faire un film sur ce mec-là et ignorer ça.
Un film intéressant aurait travaillé ces zones d'ombre, méconnues, peu explorées, plutôt que de s'en tenir à tout ce qui est déjà public depuis belle lurette, que l'on a déjà vu dans la mini-série des années 90 avec le même unique antagoniste identifié (et une mise en scène incapable d'insuffler la tension nécessaire aux séquences de confrontation), et qui se retrouve ici enquillé à vitesse grand V, précipitant des éléments identitaires majeurs (les coups du ceinture du patriarche, la rhinoplastie), réduisant sa bizarrerie à l'excentricité d'un homme seul dont les seuls amis sont des animaux et consacrant bien trop de temps à l'épisode des cheveux brûlés sur le tournage de la pub Pepsi. Cette version reconfigurée du film positionne cet événement en fin de deuxième acte, censé représenter le moment où le protagoniste est à son plus bas, mais il n'y en aura pas véritablement de troisième avant l'inévitable concert qui clôt le film (comme le Live Aid de Bohemian Rhapsody donc mais en plus court et platement mis en scène donc dénué de toute force) et clôt le simili-arc "comment s'émanciper de sa famille" dont l'équipe a accouché pour donner un semblant de sens et de direction au film après l'avoir amputé de son véritable troisième acte et déboursé 15 millions de dollars de reshoots (pour un budget final de près de 200M).
Les échos évoquent une durée initiale de 3h30 mais il n'y a aucun monde où un biopic, même celui de MJ, pourrait se le permettre donc on parle d'un bout-à-bout ou alors l'idée de diviser le tout en deux films avait toujours été envisagée. Quoiqu'il en soit, c'est le cas désormais vu le carton qui clôt ce non-film d'un vide intersidéral presque exclusivement illustratif. Si ce film était le segment "rise" de son histoire, peut-être la partie "fall" sera-t-elle plus intéressante, si elle se fait moins hagiographique, mais en attendant, le meilleur biopic de Michael Jackson reste la chanson et le clip de "Leave Me Alone".






