Festival de la Rochelle: Entretien avec Chloé Mahieu et Lila Pinell

Festival de la Rochelle: Entretien avec Chloé Mahieu et Lila Pinell

Sélectionnées au Festival de Cannes dans le cadre de la programmation de l'ACID, Chloé Mahieu et Lila Pinell présentent aujourd'hui au Festival de la Rochelle Kiss and Cry, récit adolescent dans le milieu du patinage artistique. Les deux réalisatrices nous parlent de leur démarche, et de leur manière singulière et enthousiasmante de mélanger fiction et documentaire.

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Kiss and Cry trouve une partie de son inspiration dans un de vos courts métrages, Boucle piqué, qui se déroulait déjà dans le milieu du patinage, et dont vous retrouvez certains acteurs. D'où vous est venu ce désir de retrouver cet univers et ces jeunes filles?

Kiss and Cry est une sorte de prolongement de Boucle piqué. On y retrouve la plupart des protagonistes, et nous abordons dans le long métrage, par le biais de la fiction, la question des désirs adolescents en prise avec ceux, plus autoritaires, des adultes. Le temps de tournage de Boucle piqué était réduit, une dizaine de jours seulement. Avec Kiss and Cry nous avons eu 5 semaines pour aller plus loin dans la fiction, imaginer une histoire improvisée par nos comédiens amateurs, et intégrer au film des passages oniriques, idées déjà amorcées dans Boucle piqué.

A l'exception de Dinara Droukarova, les acteurs du film ne sont pas professionnels, et jouent des choses inspirées de leur vécu. Quelle a été la part d'improvisation dans les dialogues ou le déroulé des scènes ? Quelle part souhaitiez-vous laisser à l'imprévu ?

Nous avons d’abord écrit un scénario, inspiré de notre connaissance de l’univers du patinage artistique, de discussions avec des patineuses, des parents, des entraîneurs, mais aussi de notre adolescence, qui n’a rien à voir avec le sport de haut niveau. À partir de ce scénario, nous avons distribué des rôles. Les acteurs ne jouent pas leur propre rôle, néanmoins, ils improvisent avec ce qu’ils sont. Ils connaissaient le contenu de la scène, là on nous voulions arriver, et ensuite ils se débrouillaient pour y arriver. En général on leur faisait jouer les scènes plusieurs fois, et en fonction de ce qui nous plaisait dans les improvisations on redonnait des indications. Ce qu’on cherche avec cette méthode, c’est être surprise par la direction que prend une scène, par des émotions qu’on n’avait pas prévues. Ces moments participent entièrement à l’énergie qui se dégage du film.

Votre écriture se trouve à cheval entre le documentaire et la fiction, de telle sorte qu'il est pas toujours évident de distinguer l'un de l'autre. Mettez-vous en scène de la même manière les scènes disons de captation, ou du moins celles plus inspirées du documentaire, que celles basées sur quelque chose de davantage écrit à l'avance?

Toutes les scènes sont écrites à l'avance, mais certaines s’insèrent dans des moments de vie réelle (entraînements, championnats de France). Mais même dans ce cas nous donnons des indications aux acteurs en replaçant la scène dans le déroulé de l’histoire. Par exemple, s’il s’agit d’un entraînement, on va intervenir sur le ton de l’entraîneur, lui expliquer ce qui se passe pour lui à ce moment du film. Nous devons alors composer avec le réel, qui intervient dans la scène de façon imprévue. D'autres scènes entre les ados demandent plus d'installation, d'explications, et nous faisons plusieurs prises.

La façon de filmer est la même. L'équipe de tournage en sait le moins possible sur ce qui va se dérouler, et s'adapte à la scène dans un mouvement spontané qui donne au film une forme documentaire.

Lorsque vous intégrez au film des scènes de chorégraphies sur glace, que celles-ci soient assurées ou malhabiles, les voyez-vous comme des moments suspendus hors-récit, ou bien comme des éléments de la narration à part entière?

Nous souhaitions intégrer des "rêves", mettre en scène les fantasmes que nous inventions pour nos personnages, afin d'offrir leur vision subjective, des sortes de songes éveillés. Ces moments contrastent avec le reste du film dont la forme est assez brute et très réaliste et permettent de faire des pauses dans la narration stricte. Mais ils font avancer une autre forme de récit, une sorte de chemin intérieur des personnages, en nous donnant accès à ce qui se passe dans leur tête.

Il n'est pas si fréquent de voir du patinage artistique au cinéma (sans doute parce que cela est considéré à tort comme un sport "de filles"), auriez-vous en tête un bon film à nous conseiller sur le sujet? :-)

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Entretien réalisé le 18 mai 2017. Un grand merci à Jessica Bergstein Collay.

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par Gregory Coutaut

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