Lalo Schifrin

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Question: quel est le point commun entre les collants DIM, la poursuite automobile dans Bullitt, Jackie Chan et Dizzie Gillespie? Vous séchez? Vous donnez votre langue au chat? Voici la solution de l’énigme: Lalo Schifrin, musicien né en Argentine. Ce nom ne vous dit rien? Dommage. Après les explications qui suivent, vous verrez, ça ira mieux.

LES COLLANTS DIM

Tel un chien de Pavlov, vous associez immédiatement le mot DIM au célèbre thème musical des publicités télévisées. Vous ne vous imaginez pas un seul instant qu’il puisse s’agir d’une récupération. Et pourtant, c’est bien le cas. À la base, il s’agit d’un thème de Lalo Schifrin composé pour le film The Fox, une sorte de drame psychologique où les protagonistes sont isolés en hiver dans une ferme au Canada et s’entre-déchirent.

LA POURSUITE EN VOITURE DE BULLITT

Reconsidérons les séquences correspondantes du film: au début, Steve McQueen entre dans sa voiture et démarre tranquillement. Rapidement, il s’aperçoit qu’une voiture noir le suit. Dans la bande originale, les cuivres et la basse retentissent alors, vrillant la cervelle du spectateur et augmentant sa tension nerveuse pendant un bon bout de temps. Puis à un feu rouge, on voit Steve mettre une paire de gants noirs. Visiblement, quelque chose se prépare. La poursuite commence! Mais sans aucune musique. Nous sommes juste soumis aux bruits respectifs des bolides de Bullitt et du méchant. Il s’avère que cette absence de musique dans la bande-son est une proposition de Schifrin à Peter Yates, le réalisateur du film.

JACKIE CHAN

La série des Rush Hour a remporté beaucoup de succès. La bande originale de chaque film, comme beaucoup d’autres productions hollywoodiennes, souffre d’un dédoublement de personnalité. D’un côté, en majorité dans les bacs, vous trouverez le disque de chansons "inspirées par" ou "basées sur" le film. Il s’agit généralement de morceaux de hip hop gras et technoïdes, avec de gros types en casquette qui ne peuvent s’empêcher d’employer un vocabulaire à base de mots qui se terminent en "unk": "chunk", "funk", "trunk", "lunk", "vunk"... En quantité moins importante, vous trouverez le score du film, c'est-à-dire la musique que celle qu’il y a pour de vrai dans le cinéma et que c’est même celle qui a pas les paroles. Etrange qu’un film a priori destiné aux jeunes fans du comique noir Chris Tucker ait pour responsable de la bande originale un vieux routard dont a priori tout le monde se fout. L’explication est pourtant simple. Brett Ratner, le réalisateur des deux films de la série, est un fan de Lalo Schifrin. Sur son répondeur, la musique d’accueil est un extrait de la bande originale d'Opération Dragon, le dernier film interprété par Bruce Lee. Quand Brett Ratner demande à Schifrin de composer le score de son film, il réalise en fait un simple rêve d’enfant: pouvoir rencontrer son héros et travailler avec lui.

DIZZY GILLEPSIE

Lalo Schifrin a beaucoup joué le rôle d’arrangeur au sein de big bands, notamment celui de Dizzy Gillespie. Si cela vous amuse, vous pouvez toujours écouter le disque suivant de Dizzy: The New Continent (Limelight, 1962) et faire la comparaison avec les bandes originales de Schifrin les plus célèbres (voir en fin d’article). Peut-être reconnaîtrez-vous alors la patte du musicien. Comment définir la notion d’arrangement? Disons que l’on pourrait parler de "patte" ou de "mayonnaise qui prend ou ne prend pas". Par l’agencement d’une multitude de petits détails, la musique composée et/ou arrangée par Lalo Schifrin est immédiatement reconnaissable. On pourrait également continuer sur le thème de nombreuses séries télé ou sur les artistes trip-hop et hip hop qui se sont totalement lâchés à sampler Lalo Schifrin (exemple: l’intro de guitare sur la chanson Sour Times de Portishead). Ce qu’il importe de retenir, c’est la propagation virale des compositions de Lalo Schifrin. Une bonne partie des thèmes que ce dernier a composé s’insinue partout, de manière anonyme, sans que l’on sans rende compte. Lalo Schifrin peut être considéré comme un compositeur culte, dans la mesure où il a marqué de manière durable l’inconscient collectif des 25-35 ans. Tous ceux qui, quand ils étaient petits, regardaient Mission Impossible, Starsky et Hutch ou Mannix connaissent sa musique.

Pour finir, voici un petit florilège des disques de Lalo Schifrin disponibles dans le commerce:

BULLIT

Music from the motion picture – Editions Warner

Ici, point besoin de s’appesantir sur la caractérisation du disque, car elle est identique à celle employée pour Mannix: jazz groovy-urbain, élégance, nostalgie. Il est important de noter que les ambiances sont un peu moins chargées: les mêmes instruments ont été employés, mais en "quantité" plus faible et en discrétion plus grande. Un sentiment d’aération émerge de ce disque. Evidemment, de nombreux morceaux sont chargés d’une réelle tension, qui laisse à l’auditeur la liberté de se faire son propre film. Pas besoin d’avoir vu Bullitt pour apprécier le disque. Un détail important: ce CD dure une petite demi-heure, ce qui laisse la personne qui l’écoute sur sa faim. On peut trouver cela désagréable mais en un certain sens, c’est très appréciable. Qu’est-ce qui est le plus important? Qu’une bande originale ne constitue qu’une gentille illustration d’un film ou que celle-ci excite l’imaginaire de celui qui l’a achetée?

MANNIX

Music recreated from and inspired by TV series – Editions Warner

Le disque est composé pour moitié de plages de jazz groovy-urbain typique des années 60. La pop-music est parfois frôlée. On imagine facilement de jeunes anglaises des swinging sixties en mini jupe, agitant leur cheveux raides sur cette musique. Les autres plages sont des morceaux de bossa-nova à la fois simples et efficaces. J’ai employé le terme "mayonnaise" à propos de la musique de Lalo Schifrin. Si jamais vous achetez ce disque, attardez vous donc sur The Shadow, la troisième piste du disque. Ce qui fait l’attrait de ce morceau? Tout simplement les claves (petites percussions) dans l’intro. Sans elles, le thème ne serait pas pareil. Il s’agit d’un détail somme toute minimal, mais qui au final a son importance. On notera que cette musique, qui est d’une élégance rare, a été employée pour illustrer une série télé conçue avec soin, comme un vrai film. De nos jours, avec la multiplication des chaînes de télévision et des images, le terme "série télé" désigne souvent un objet de pacotille, débité au mètre pour remplir des trous ou des quotas. En un certain sens, ce disque génère une nostalgie abusive, qui est ressentie par pas mal de rêveurs. Avant, c’était mieux. Maintenant, c’est moins bien.

DIRTY HARRY ANTHOLOGY

Editions Warner

Une déception. Qui n’est pas à imputer à Lalo Schifrin, mais plutôt aux éditeurs. Ceux-ci ont jugé nécessaire de regrouper les bandes originales de Sudden Impact (1983), Magnum Force (1973) et Dirty Harry (1971) en un seul disque. C’est une démarche qui va un peu a contrario du plaisir associé à l’écoute d’une bande originale. Les univers sonores associés à chaque film n’ont en effet pas grand chose à voir entre eux. Pour Sudden Impact, on pourrait parler d’electro pop du début des années 80, qui met en œuvre des boîtes à rythme, des breaks de batteries qui tombent à plat et des synthétiseurs un peu ringards. Les univers musicaux de Magnum Force et Dirty Harry sont quant à eux assez analogues à ceux de Bullitt et Mannix. Ils tirent peut-être encore plus vers la pop.

ENTER THE DRAGON

Music from the motion picture – Editions Warner

Alors là attention, expérimentation! Enter the Dragon est un film avec Bruce Lee, donc avec des Chinois champions de kung-fu qui se mettent des pains dans la gueule. On s’attend alors à une bande originale avec une coloration plutôt asiatique. Ici, ce n’est pas totalement le cas, car Lalo Schifrin a réussi à apposer son empreinte au score. On se trouve alors confronté à un mélange de sonorités orientales et de funk urbain. L’ambiance si singulière de ce disque peut facilement rebuter. Néanmoins, la capacité de Schifrin à associer sa patte personnelle aux impératifs d’un film de kung-fu force tout de même l’admiration.

par Yannick Vély

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