Festival des 3 Continents: Entretien avec Zhang Hanyi

Festival des 3 Continents: Entretien avec Zhang Hanyi

C'est l'une des principales révélations de la dernière Berlinale et le voici en compétition au Festival des 3 Continents. Zhang Hanyi est un de nombreux nouveaux talents d'un jeune cinéma chinois décidément très créatif. Produit par Jia Zhang-Ke, Life After Life est un récit sur la réincarnation qui parvient avec brio à être poétique et politique. Nous vous présentons son réalisateur...

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Life After Life est votre premier long métrage. Pourquoi cette histoire en particulier ?

J'ai mis dans cette histoire tout ce que je ressens envers la vie rurale car c'est là que j'ai passé mon enfance, dans un petit village. Et comme la plupart des villages chinois, le mien a rapidement fané suite à l'urbanisation, l'industrialisation et la migration des populations. Tandis que tout s'est mis à disparaître, le folklore qu'on m'a jadis raconté est devenu de plus en plus clair dans ma tête. Alors j'ai voulu assembler ces différentes histoires. Je ne savais pas d'où venaient ces contes oraux quand j'étais plus jeune. Puis, lorsque je me suis penché sur des légendes similaires de la Dynastie Tang et parfois plus anciennes, j'ai réalisé à quel point ces récits avaient en eux plus de vitalité que des choses physiques. J'espère que mon histoire pourra rejoindre ces contes et être transmise à d'autres générations.

Jia Zhang-Ke a produit Life After Life. Quelle a été son implication dans votre projet ?

C'est mon tout premier film. Et évidemment la production d'un long métrage nécessite beaucoup de temps, c'est très compliqué, surtout pour un réalisateur débutant comme moi. En tant que producteur, Jia Zhang-Ke m'a beaucoup aidé et m'a donné confiance en moi pendant tout le processus. Il m'a laissé suffisamment de place pour exprimer mes idées, m'a beaucoup soutenu et a partagé son expérience. Je n'aurais pas pu finir le film sans lui. J'ai tant appris sur la production d'un film à ses côtés, c'est une vraie chance pour mes prochains projets.

Life After Life est à la fois poétique et politique. C'est un équilibre particulièrement délicate à trouver. Comment avez-vous travaillé sur cet équilibre ?

Dès le départ, mon idée était de raconter une histoire de fantôme qui s'inscrive dans un contexte tout à fait réaliste. Même s'il y a des éléments surnaturels, qu'il s'agisse de fantôme ou du thème de la réincarnation, ceux-ci apparaissent de la manière la plus naturelle qui soit, dans la vie de tous les jours. L'histoire spirituelle devait être contenue dans la réalité, d'où l'équilibre dont vous parlez.

Quelles ont été vos inspirations pour Life After Life ? Qu'il s'agisse de cinéma ou de tout autre forme artistique...

L'inspiration m'est essentiellement venue du folklore que j'ai découvert dans ma jeunesse. Le plus impressionnant est celui de la possession spirituelle. Même si je n'ai jamais été témoin d'un tel phénomène, celui-ci offre une perspective idéale pour raconter cette histoire, comme si le passé regardait ce village disparaître. J'avais besoin d'un tel point de vue, celui des morts et d'un passé authentique qui observent le présent.

Il y a une atmosphère fantomatique durant tout votre film. Comment avez-vous choisi ce titre, Life After Life ? Que désigne cette vie après la vie pour vos personnages ?

Le titre Life After Life correspond tout à fait au monde tel qu'il est décrit dans le film. Il n'y a pas de fossé infranchissable entre la vie et la mort dans un lieu de renaissance et réincarnation perpétuelles. Pour les personnages, c'est à la fois un fantasme ou un réconfort dans une vie qui n'est pas simple puisqu'en réalité, personne n'a de seconde chance. Pourtant, dans le film, le personnage principal Xiuying a la possibilité de revenir dans le corps de son fils après avoir été un fantôme pendant 10 ans, afin de satisfaire son souhait de laisser un souvenir de sa vie humaine. Peu importe qu'elle soit une personne ou un animal insignifiant dans sa prochaine vie, mais au moins elle a quelque chose à souhaiter et auquel s'accrocher. Tout comme le père de Chunming réincarné en chien jouit de sa fertilité et, d'une certaine manière, de sa postérité.

Quels sont vos cinéastes favoris ?

Federico Fellini, Andrei Tarkovski, Emir Kusturica et Jia Zhang-Ke.

Avez-vous déjà de nouveaux projets ?

J'écris actuellement mon second long métrage. Je crois que je peux faire mieux que Life After Life en me servant de ce que j'ai appris sur cette première expérience.

Entretien réalisé le 6 avril 2016. Un grand merci à Justine O.

par Nicolas Bardot

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