Entretien avec Idan Haguel

Entretien avec Idan Haguel

C'est l'un des premiers films les plus gonflés de la Berlinale: Inertia raconte l'histoire d'une femme dont le mari disparaît. Mais les problèmes commencent quand elle se rend compte qu'elle est beaucoup mieux sans lui... Le jeune réalisateur israélien Idan Haguel nous raconte la genèse de son film, nous parle de son rapport à la comédie et de ses inspirations.

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Comment est né Inertia?

Cela fait des années que je pense au personnage de Mira et à son environnement, bien avant l'écriture en elle-même d'Inertia. En 2005, j'ai réalisé un court métrage dans le même coin d'Haifa, intitulé Haifa Fish-Soup et depuis ce tournage j'ai toujours voulu faire un long métrage dans cette rue et ce bâtiment en particulier, où mes grands-parents vivaient. Le moment est finalement venu lorsque j'ai décidé de faire ce film sans avoir à attendre un budget mis à disposition par divers investisseurs. Parce que cela peut prendre des années, et que cela peut être particulièrement décourageant - à mon avis cela nuit même gravement à la créativité.

Donc quand la décision d'y aller en totale indépendance a été prise, je suis retourné sur ces lieux et j'ai commencé à imaginer un film autour de ces sujets personnels - la différence étant que là, nous allions écrire un script qui allait être tourné. Du coup tout est allé plus vite, avec beaucoup moins d'inhibition. Après m'être penché sur l'histoire et ses thèmes, j'ai commencé à rédiger le scénario avec ma très bonne amie Ifat Makbi, qui est également réalisatrice. Le producteur Elad Peleg (de Daroma Productions) a courageusement investi son propre argent et a rendu cette aventure possible - tout en me laissant une totale liberté de création.

L'inertie est un terme qui pleut s'appliquer à de nombreux éléments de l'histoire de Mira. Comment avez-vous choisi ce titre ? L'aviez-vous en tête dès le début du projet?

Il me semble que ce sentiment d'inertie est au cœur de la plupart des relations entre les gens. A fortiori si parle du mariage de Mira. Ce terme a toujours été utilisé par Ifat et moi-même lorsque nous décrivions les personnages principaux et leur interaction - sans que nous ne pensions alors à appeler le film ainsi. C'est seulement après le montage que nous avons réalisé qu'il convenait parfaitement au film fini. J'imagine que l'inertie était (et est toujours) inévitable...

Il y a dans Inertia un mélange entre comédie noire et anxiété. Comment avez-vous trouvé cet équilibre?

Je pense que l'anxiété constitue un terreau idéal pour la comédie. Même s'il s'agit peut-être d'un rire nerveux... Lorsque les acteurs ont commencé à jouer, ils l'ont fait de manière plus directement comique, plus théâtrale. Très rapidement, nous avons décidé que les "scènes drôles" devaient être jouées de la manière la plus naturelle possible, sans les jouer comme de la comédie. Il y a de la comédie dans la vie de tous les jours sans que celle-ci ne soit évidente.

Vous-êtes vous imposé des limites dans votre cruauté à l'égard du personnage de Mira?

Très bonne question ! Je n'avais pas du tout l'intention d'être cruel. J'adore Mira et je m'identifie vraiment à elle. J'espère et lui souhaite le meilleur... mais je crains aussi le pire.

Aviez-vous des références en tête, du cinéma ou d'autres disciplines, en ce qui concerne le type de comédie que vous cherchiez?

Je ne suis pas un puriste, donc je n'ai pas qu'une seule référence en tête. J'adore les films et j'apprends beaucoup en en regardant. J'aime les bonnes comédies, mais elles sont beaucoup plus rares que les bons drames. J'ai grandi avec l'humour israélien tel qu'on le voit à la télévision, au cinéma et au théâtre. Très tôt, je me suis intéressé à Woody Allen, aux Monty Python, à Aki Kaurismaki, Peter Sellers, les cartoons de la Warner etc... Ces choses que vous aimez sont ensuite en vous, enrichissent votre vocabulaire et c'est in fine ce dont on se sert pour exprimer ses sentiments et pensées. Cela semble très simpliste, mais mon but était que ce film fonctionne d'une façon qui n'appartient qu'à lui. Je me suis permis en ce sens de juxtaposer différents styles pour voir comment cela fonctionne, un peu comme on pourrait le faire en musique ou dans d'autres disciplines artistiques. Mixer Hitchcock et Chantal Akerman par exemple, cela peut donner un résultat intéressant.

L'interprétation d'Ilanit Ben-Yaakov joue un rôle essentiel dans le ton du film. Comment l'avez-vous trouvée et comment avez-vous collaboré sur le rôle de Mira?

J'ai fait passer une audition à Ilanit pour un film qui ne s'est jamais fait. Lorsque j'ai émis le désir de l'embaucher pour ce film non-réalisé, les gens autour de moi étaient un peu circonspects parce que ce n'est pas une "star" du cinéma israélien et qu'il ne s'agit pas d'une "beauté conventionnelle" (même si son visage est extraordinaire et fascinant). Mais c'est une grande actrice, une partenaire intelligente et une vraie force créatrice. Inertia a été écrit avec Ilanit en tête, personne d'autre n'a été envisagé ne serait-ce qu'une seule seconde. Le rôle de Mira a été conçu pour son charisme très particulier et pour son tempo comique dans des situations sérieuses : elle n'a pas besoin de faire un clin d’œil au public pour lui signaler quand il faut rire.

Et même si Ilanit n'a rien à voir avec son personnage, elle est devenue Mira. Peut-être parce qu'elle dormait dans les lieux mêmes de tournage (le bonus un peu bizarre des films à mini-budget)... C'était un plaisir de travailler avec elle et même si les conditions n'étaient pas favorables (seulement 13 jours de tournage et elle apparaît dans toutes les scènes), c'était toujours facile de travailler avec elle. C'est un véritable esprit libre. Même chose avec Galia Ishay, que j'ai auditionnée auparavant et pour qui j'ai spécialement écrit le rôle de la mère de Mira.

Le son a également son importance dans l'atmosphère de Inertia. Comment avez-vous travaillé sur cet aspect en particulier?

Notre ingénieur du son Erez Eyni a joué un rôle clef dans la création de l'atmosphère du film, même si on a eu très peu de temps pour travailler en studio. Le dialogue créatif entre nous s'est révélé être une des choses les plus intéressantes dans la création du film. Erez sait faire de mes cauchemars une réalité.

J'ai eu la chance de travailler avec Zoe Polanski, une musicienne israélienne extrêmement talentueuse. On a parlé ensemble de la musique qui irait au film. Au début, il y avait de la musique quasiment tout le temps. Mais même si j'aimais ses compositions, on a décidé de réduire la place de la musique à l'essentiel. Cela me semblait plus authentique, plus fidèle à l'esprit du film.

A mes yeux, outre la musique, l'autre partie très créative dans la conception d'un film est le montage. Avec notre monteuse, Dafi Farbman, on a abordé le montage l'esprit le plus ouvert possible à l'expérimentation, un peu comme pour la musique, en tentant régulièrement de nouvelles choses. J'ai été entouré de femmes incroyablement talentueuses (pour l'écriture, le jeu, le montage, la musique) qui se sont retrouvées dans le personnage de Mira et qui ont réellement contribué au film. Je me sens très chanceux.

Quels sont vos projets?

Je travaille actuellement sur mon nouveau film que j'ai commencé à développer pendant le montage d'Inertia. Je co-écris également des projets qui seront mis en scène par d'autres réalisateurs.

Entretien réalisé le 9 mars 2016. Un grand merci à Timothy O'Brien.

par Nicolas Bardot

En savoir plus

Notre critique d'Inertia. Inertia sera diffusé à Paris dans le cadre de La Berlinale à Paris du 4 au 15 avril. Plus d'informations à venir sur le site du Goethe Institut.

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