Entretien avec Darren Stein

Entretien avec Darren Stein

C'est l'un des films queer dont on parle le plus ces derniers mois: le teen-movie GBF. Réalisé par Darren Stein (Jawbreaker), GBF se déroule dans un lycée où des jeunes filles se battent pour avoir leur gay best friend. Tanner, le seul élève out, est l'objet de toutes les attentions. Avec ses apparences de bonbon acidulé, GBF détourne les clichés et aborde de manière progressiste le thème de l'homosexualité. Darren Stein nous parle du film, de sa singularité et de la frilosité à laquelle il est confronté pour produire ou montrer du cinéma gay outre-Atlantique...

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Comment est né GBF ?

Le scénariste du film, George Northy, a lu un article dans Teen Vogue Magazine qui expliquait à quel point il était à la mode pour les adolescents d’avoir un GBF (un “gay best friend”, ndlr). Il a tout de suite pensé que l’absurdité de ce sujet ferait un bon point de départ pour un teen movie.

Vous avez réalisé votre dernier long métrage de fiction, Jawbreaker, il y a 14 ans. Que s'est-il passé entre Jawbreaker et GBF ?

J’ai écrit deux pilotes de séries télévisées qui n’ont pas abouti ainsi que plusieurs scénarios de films, notamment pour les studios. Je gagnais ma vie comme scénariste mais je ne parvenais pas à faire mes films. Les projets qui me passionnaient le plus ont été particulièrement difficiles à faire financer. J’ai adapté un roman noir et futuriste intitulé Box Nine et écrit un film sombre sur Hollywood, The Female Lead. J’ai finalement une actrice intéressée par The Female Lead (Chloe Sevigny) et un producteur travaille sur le financement, donc ce film verra peut-être finalement le jour après toutes ces années. Parfois, les meilleurs films prennent énormément de temps. J’ai également produit un long métrage intitulé All About Evil qui m’a permis de rencontrer Natasha Lyonne. Ce film a été réalisé par la drag queen culte et imprésario de San Francisco Peaches Christ, et met en scène, outre Natasha, Mink Stole, Cassandra 'Elvira' Peterson, Thomas Dekker et Noah Segan.

Vous décrivez vos personnages gay ou hétéros avec la même ironie. Le film détourne les clichés sur l'homosexualité, mais l'autre bonne surprise est que vous évitez également les clichés sexistes tout en jouant avec des stéréotypes (la fashion-victim, la fille conservatrice etc).

Ce que j’ai adoré dans le scenario c’est qu’il transperce tous les clichés, de tous les groupes et sous-cultures. Personne n’est épargné. L’humour est mordant, impertinent, et c’est pour ça que c’est drôle. Il y a de l’esprit et du cœur derrière ces remarques bitchy et j’adore cette combinaison. C’est difficile de faire un film sexiste quand on est un réalisateur homosexuel – on a envie de célébrer les femmes, la sexualité et la diversité. La diversité ethnique, religieuse, sexuelle, de genre, toutes sortes de diversités. Ce qu’il y a de subversif dans GBF, c’est que tout cela arrive dans une comédie ado américaine, où le personnage principal est traditionnellement hétérosexuel (comme Molly Ringwald, Winona Ryder, Lindsey Lohan, Matthew Broderick) et où l’histoire est racontée d’un point de vue hétérosexuel. Comme GBF se joue de clichés de toutes sortes, tout le monde peut s’y reconnaître, pas seulement les gays ou les filles qui sont déjà familiers avec ces clichés.

GBF ressemble à un bonbon, c'est un teen movie léger, mais il traite de sujets importants et ce de manière progressiste. Était-ce un élément qui vous a attiré vers ce projet ?

Quand j’ai lu le scénario, je savais que je n’avais jamais vu ce film avant. Je n’aurais jamais fait de teen movie après Jawbreaker à moins qu’il ne s’agisse de faire quelque chose d’inédit. GBF était ce genre d’histoire et c’est pourquoi je devais le faire. Le fait que le film soit en apparence léger, rose bonbon rend l’aspect politique et social plus profond et surprenant.

Vous avez dit en interview que lorsque vous avez apporté GBF aux studios, ils vous ont répondu: a) Nous ne faisons plus de teen movies ; b) Nous ne ferons pas un teen movie avec un héros gay. L'année dernière, Steven Soderbergh racontait que Ma vie avec Liberace avait été impossible à produire au cinéma. Pensez-vous qu'il est impossible de faire produire par les studios des films avec un personnage principal gay ?

Quand un réalisateur aussi emblématique que Steven Soderbergh fait un film sur une légende (Liberace) avec de très grandes stars de cinéma (Matt Damon et Michael Douglas) et qu’il ne peut le faire que grâce à une chaine du câble comme HBO, ça veut tout dire. Les studios veulent surtout faire des films de super-héros et des remakes. Mais le vent tourne. Les gens aiment toujours aller au cinéma et veulent voir des films plus éclectiques.

GBF a été classé R (interdit aux mineurs de moins de 17 ans sans l'accompagnement d'un adulte) aux Etats-Unis, ce qui est assez choquant. Quelle est votre opinion à ce sujet ?

C’est juste dans l’air du temps aux Etats-Unis. Voilà où nous en sommes culturellement. Il n’y a aucun problème à être grivois et grossier quand il s’agit d’humour hétéro, mais lorsqu’il est question de références sexuelles et que vous êtes gay, la MPAA ne le supporte pas. Le film a été classé R pour son langage sexuel, alors qu’il n’est pas plus provoquant que Easy A ou Clueless. C’est juste qu’il s’agit d’homos et le comité de censure en Amérique n’est pas assez à l’aise pour laisser des gamins de 13 ans voir un tel film.

Entretien réalisé le 27 juin 2014.

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par Nicolas Bardot

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