Conférence de presse Star Trek

Conférence de presse Star Trek

Mardi 14 avril, J.J. Abrams et son équipe étaient à Paris pour présenter Star Trek. Autour du créateur de Lost, Chris Pine (Kirk), Zachary Quinto (Spock), Zoë Saldana (Uhura) et Eric Bana (Nero).

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Quand on s’attaque à une série-culte qui a une quarantaine d’années, le cahier des charges comporte-t-il des règles immuables ?

J.J. Abrams : On avait une certaine liberté pour augmenter et broder autour de ce que l’on connaissait déjà. En tant que non-fan de la saga, je voulais réaliser un film qui puisse être efficace sans s’adresser exclusivement aux trekkies. Mais on ne voulait surtout pas les insulter.

Pourquoi une préquelle ?

J.J. Abrams : Quand on m’a demandé à l’origine si je voulais être impliqué, je me disais que ce serait l’occasion idéale de faire un Star Trek qui me parlerait. Donc mon premier instinct a été de dire "On retourne vers Kirk et Spock". Je savais qu’il y avait eu des films, même si j’ignorais qu’il y en avait eu dix, et je ne voulais pas en faire une nouvelle itération, un nouveau vaisseau. Il fallait revenir aux origines et créer une porte d’entrée émotionnelle pour les non-fans.

Chris, avez-vous rencontré William Shatner ?

Chris Pine : Au début du processus, je lui ai écrit une lettre pour me présenter et lui dire que je ne comptais pas l’imiter bêtement mais faire vivre un chapitre de la vie de ce personnage qu’on avait pas encore vu et que je ferai de mon mieux pour essayer de l’égaler. Il m’a gentiment répondu en me souhaitant bonne chance. Malheureusement il était pris sur Boston Legal et je n’ai donc pas encore pu le rencontrer.

J.J., une partie de votre carrière s’est bâtie sur le passé : Mission: Impossible, maintenant Star Trek… Même un film comme Cloverfield trouve ses origines chez Godzilla. Est-il si dur aujourd’hui de créer une licence originale ?

J.J. Abrams : Bonne question. Après M:I-III, la dernière chose que je pensais faire était une nouvelle adaptation d’une série télé des années soixante que Leonard Nimoy avait lancée. (rires) Mais je me suis retrouvé aspiré par l’histoire et les personnages. Je ne fais pas beaucoup de discrimination au sujet de mes sources d’inspiration. Mais après avoir créé des séries originales, c’était un sacré défi, surtout pour Trek, de travailler autour d’un matériau de base préexistant. En fait, un scénario original et une adaptation représentent tous deux des défis aussi importants l’un que l’autre. Si quelque chose vous inspire, il faut foncer. Et le désastre serait de faire un choix de business cynique. Star Trek est mort dans beaucoup de pays. Même aux Etats-Unis c’était pas la joie… A bien des égards, il aurait été plus facile de ne pas faire ce film. Mais on se sentait inspiré, on aimait les personnages, leur potentiel.

Une question pour Eric Bana. En tant que fan de mécanique et de vieilles voitures, avez-vous apprécié d’avoir un vaisseau plutôt archaïque dans le film ?

Eric Bana : J’étais très excité dès que J.J. m’a montré les dessins du look du Narada, beaucoup plus agressif que (en désignant l’Enterprise) ce vaisseau tout lisse derrière moi. (rires) Tout y étais mis à nu : les câbles, les mécanismes. C’était très audacieux d’un point de vue design d’avoir ce vaisseau qui était presque comme un animal. Eux ils avaient la Mercedes, moi j’avais la Lamborghini.

J.J., que pouvez-vous nous dire des scènes coupées ? J’ai le souvenir d’un plan dans la bande-annonce montrant Nero s’évadant d’une prison Klingon. Est-ce qu’on y comprenait comment il perdait un bout de son oreille ?

J.J. Abrams : Comme vous le savez, c’est une origin story qui retrace les débuts des personnages. Il y avait à côté de ça des scènes qu’on avait tournées – au moment du tournage on se dit toujours qu’elles sont absolument indispensables, bien sûr – mais au montage on se rend compte parfois qu’il faut continuer à avancer et passer à un truc plus important. Le bébé Spock par exemple, ou en effet l’évasion de Nero, font partie de la poignée de scènes que nous avons du supprimer. J’adorais cette séquence – elle sera d’ailleurs sur le DVD – même si elle ne montrait pas comment l’oreille se retrouvait abîmée. On devinait que ça s’était passé pendant son incarcération.

Votre film se situe avant la série originale mais a été réalisé aujourd’hui. Avec toute la technologie qui existe, n’était-ce pas dur de montrer un futur plus archaïque que celui vu dans les années 60 ?

J.J. Abrams : En effet, dans la série, ils avaient par exemple le "communicateur". Maintenant, on l’a tous dans nos poches sous forme de portables. C’était donc très dur, via les costumes, les accessoires, les vaisseaux, de donner une nouvelle fraîcheur à une série des années 60. Il y avait beaucoup de petites décisions pour faire vivre le monde. Au final ça s’est bien passé parce que l’univers qu’avait créé Gene Roddenberry tournait autour de personnages fabuleux et la technologie devenait alors secondaire.

Le 1er avril a vu naître pas mal de blagues sur différents films, notamment une fausse rumeur selon laquelle Kirk et Spock seraient gays dans votre film. Pensez-vous qu’un jour il y aura un personnage gay important dans un blockbuster de science-fiction ?

J.J. Abrams : (sourire) J’espère. Ce qui est beau avec l’œuvre de Roddenberry, c’est qu’il a créé un univers qui incluait tout le monde, toute l’humanité, homo ou hétéro, d’ici ou de là-bas… C’est l’optimisme merveilleux de Star Trek qui m’a le plus motivé pour faire ce film et montrer un futur plein d’espoir. J’adore les films sombres et post-apocalyptiques aussi, mais c’est rafraîchissant de travailler sur un monde aussi optimiste.

M. Quinto, vous avez pu travailler directement avec l’acteur qui a créé le personnage que vous deviez reprendre…

Zachary Quinto : C’était un très grand privilège de pouvoir travailler directement avec Leonard. Il avait le droit dans son contrat de valider le choix du nouveau Spock donc j’ai su qu’il était derrière moi. Ce que je ne savais pas par contre c’est à quel point il serait gracieux et disponible. On est même devenus amis et on continue de correspondre régulièrement. Je n’ai que du respect pour lui et tellement de gratitude qu’il fasse désormais partie de ma vie, même maintenant que le film est fini.

Avez-vous regardé sa performance originale dans la série ?

Zachary Quinto : J.J. nous a dit très clairement qu’il ne s’attendait pas à des imitations des performances des acteurs de la série. On devait créer notre propre lien avec les personnages, et je dois avouer que c’était utile d’avoir Leonard à mes côtés. Mais plus pour ressentir ce qu’il a vécu, que d’aller pêcher des informations trop spécifiques – du genre "Comment réagirait Spock dans telle ou telle situation ?" - car c’était plutôt à moi de faire ça.

Zoë, comment avez-vous collaboré avec Nichelle Nichols, l’interprète originelle d’Uhura ?

Zoë Saldana : J’étais très intimidée quand J.J. m’a proposé le rôle car j’avais peur de décevoir l’énorme communauté des fans de Trek. Je n’ai pas rencontré Nichelle, figurez-vous, jusqu’à ce qu’elle vienne sur le plateau. Et jusque là je n’avais parlé du personnage qu’avec J.J. et je sentais qu’il me manquait une facette… C’est en rencontrant cette femme élégante et gracieuse que j’ai compris ce qui me faisait défaut. Je me suis donc inspiré d’elle en tant que femme plus qu’en tant qu’actrice pour insuffler à Uhura ce qui lui manquait.

Avez-vous pensé faire de Star Trek une nouvelle série TV ?

J.J. Abrams : C’est à CBS qu’il faut demander. Ce sont eux qui possèdent les droits. Je ne sais même pas s’ils en ont envie. Personnellement, en tant que non-fan, je suis tombé amoureux des personnages et de l’univers en faisant le film et je me dis qu’en effet ils pourraient facilement avoir une nouvelle vie à la télévision.

J.J., quels étaient vos rêves en tant qu’enfant ? Et comment vivez-vous le fait d’être le pape de la culture geek ?

J.J. Abrams : (rires) Quand j’étais petit j’aimais La Quatrième Dimension et les films catastrophe (Tremblement de terre, Airport, etc.). Je me retrouve donc souvent sur des projets qui ressemblaient à ce que j’appréciais enfant et c’est un luxe. En tant que pape, je me sens chanceux de bosser sur des projets bizarres que les gens aiment et qui associent mon nom à des projets qui ont la même étrangeté que ce que j’aimais dans mon enfance.

Quelle était la réaction de Leonard Nimoy quand vous lui avez demandé de jouer dans le film et qu’a-t-il apporté aux dialogues de Spock ?

J.J. Abrams : On lui a présenté le projet. Il était intéressé mais pas il ne s’est pas engagé sur le champ. On a donc écrit le scénario et on lui a donné en croisant les doigts. Si Leonard avait dit non, on l’aurait eu dans le cul (rires), heureusement il a dit oui ! Travailler avec lui, même en tant que non-fan de Trek, était extraordinaire. Le premier jour de tournage avec lui, je m’avance pour lui faire une remarque et soudain je m’arrête : "Comment est-ce que moi je vais prétendre dire à Nimoy comment jouer Spock ?!" (rires). Il m’a pris par la chemise et il m’a fait "Mais dites moi, dites moi…". Et je me suis rendu compte que c’est un acteur comme tous les autres, un collaborateur, ouvert à cette expérience. C’était très émouvant pour lui. Il n’avait pas prévu de revenir et remettre les oreilles. Avoir un jeune acteur venir lui prendre le rôle qu’il a créé il y a quarante ans était quelque chose de très spécial et il a géré ça de manière très élégante. Je lui si infiniment reconnaissant de nous avoir aidé à passer le flambeau.

Zachary Quinto : Je me suis senti complètement soutenu devant et derrière la caméra. Je n’ai jamais senti qu’il me jugeait ou qu’il imposait ses attentes. Il m’a donné la liberté de créer ma propre expérience.

La foi et la science forment un affrontement dans d’autres de vos œuvres, notamment dans Lost via les personnages de Jack et de Locke. Est-ce un pur hasard ou quelque chose qui vous obsède ?

J.J. Abrams : J’ai arrêté de travailler au jour le jour sur Lost pendant la première saison pour travailler sur M:I-III, puis Cloverfield et Star Trek. Damon Lindelof, qui produit aussi ce film, a géré Lost pendant ce temps. Tous ces grands débats sur la science et la foi ont été exploités brillamment par Damon. Dans Star Trek, la technologie n’est pas au centre du film. Ce sont les personnages qui en forment le cœur. Et la foi joue donc un rôle important. La foi en soi-même, en l’humanité, la confiance qu’on a en les autres. Les personnages commencent un peu comme des orphelins et finissent peu à peu par mettre leurs vies dans les mains des autres et forment au final une vraie famille. La foi est donc l'une des idées fondamentales du film. C’est une idée vraiment cool et je suis content que vous l’ayez remarquée.

Et si une société de production venait un jour vous voir dans dix ou vingt ans pour adapter en long métrage Alias ou Lost, que leur diriez-vous ?

J.J. Abrams : J’ai du mal à imaginer un tel scénario, mais si ça se produisait, je leur dirai sans doute : (voix de vieillard) "Booonne channce…". (rires). Bon sinon je voudrais rajouter quelque chose. J’ai montré le film en montage à des gens, et un réalisateur m’a demandé à la fin "Le méchant est génial, c’est qui ?", et je lui ai dit que c’était Eric Bana et il ne l’avait pas reconnu ! Donc j’étais curieux, Eric, de savoir comment ça faisait de jouer un rôle où tu étais méconnaissable.

Eric Bana : C’est une question intéressante, J.J., merci de la poser. (rires). A vrai dire tu devrais plutôt la poser au mec qui a joué Nero, sachant que c’était pas moi. (rires). En tout cas c’est ce qu’on cherche toujours en tant qu’acteur et c’est pas facile de trouver des rôles comme ça à Hollywood. J’ai lu le scénario et je l’ai trouvé plutôt malin, et le fait de jouer un rôle secondaire m’a plu. Donc oui, J.J., c’est quelque chose d’assez séduisant.

par Liam Engle

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