Affreux, sales et mechants
Un bidonville, une famille nombreuse, un microcosme dans lequel les générations s’affrontent, les habitants vivent de larcins, les filles se prostituent, et le grand-père menace de tuer celui qui lui volera l’argent de son assurance vie.
DECADENCE DE L’EMPIRE ROMAIN
Prévu à l’origine pour être un documentaire, le film de Scola devient au fur et à mesure que sa production avance une fiction explorant d’une manière documentariste la banlieue romaine dans laquelle se débattent les habitants les plus pauvres. Affreux, sales et méchants reste que ce l’Italie a produit de pire, c’est-à-dire dans ce genre de cinéma décadent dont Ferreri était le chantre avec La Grande Bouffe, le plus fort, le plus drôle, le plus dérangeant. Un cinéma social avant tout, dans lequel la fiction restait anodine, et d’une violence morale, d’un humour noir et malgré tout réaliste, qui aboutissait en l’occurrence au film le plus gerbant de l’Histoire. Pour cela, Scola s’appuie avant tout sur un souci impressionnant du détail, grâce à une caméra scrutant par de longs panoramiques chaque parcelle de cet univers: les enfants ont la morve au nez, les époux se tabassent au fond du plan, les bébés sont trimballés de main en main, etc. Mais il s’appuie surtout sur un casting exemplaire fait de professionnels et d’amateurs, gravitant autour de l’immense et regretté Nino Mandredi, impérial dans le rôle du plus affreux de tous: le grand-père, c’est-à-dire l’argent (celui de l’assurance, suite à un accident qui lui a brûlé l’œil gauche) à portée de tous. Et l’argent, c’est ce qui rend ces pauvres - venus trouver à Rome des conditions décentes de vie et de travail – envieux, malhonnêtes, et d’autant plus affreux, sales et méchants. Une comédie tout à fait politiquement incorrecte, dans laquelle le discours social devient incroyable de violence et de pertinence. Une œuvre à redécouvrir impérativement, à condition d’avoir l’estomac accroché.
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Interactivité :
Nous avons été habitués depuis longtemps à la richesse des éditions proposées par Opening, quel que soit au passage le genre de film (aussi bien Cannibal Holocaust que Eric Rohmer). Celle-ci, bien que légère par sa quantité, ne déroge pas à la règle tant les bonus se révèlent passionnants.
- Présentation par Jean Gili Spécialiste du cinéma italien, Gili donne dans une diction claire et agréable (et dans le petit monde du DVD, la précision n’est pas superflue) une multitude d’anecdotes sur le film, sa genèse et sa portée. Il raconte notamment que Pasolini devait apparaître dans un prologue du film, mais qu’il fut assassiné peu de temps avant le tournage de cette scène. Absolument passionnante, cette interview permet en outre de resituer le film dans le contexte de l’époque, et dans celui d’un cinéma italien encore au meilleur de sa forme, piétinant allègrement et joyeusement l’héritage laissé par le néoréalisme.
- Interview de Ettore Scola Si le début de l’entretien s’avère légèrement redondant avec la présentation par Jean Gili, le cinéaste évoquant de nouveau Pasolini, ses propos se font forcément plus passionnés et plus personnels. Souhaitant dénoncer le "génocide" subi par les Italiens du sud, venus trouver la richesse à Rome, mais laissés aux portes de la ville, il revient sur les origines du projet, sur la peinture des personnages, sur la recherche du décor, etc.
- Films annonces
- Filmographies Ettore Scola et Nino Manfredi


