Indiana Jones et la derniere croisade

Indiana Jones et la derniere croisade
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Indiana Jones et la derniere croisade
Indiana Jones and the Last Crusade
États-Unis, 1989
De Steven Spielberg
Scénario : Jeffrey Boam
Avec : Sean Connery, Alison Doody, Denholm Elliott, Harrison Ford, Julian Glover, John Rhys-Davies
Photo : Douglas Slocombe
Musique : John Williams
Durée : 2h07
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Dans la carrière de Steven Spielberg, la trilogie de l’homme au fouet tient une place assez spéciale. Jusqu’à 1997, il s’agissait de la seule fois où le réalisateur avait accepté de donner suite à l’un de ses films (après avoir refusé les suites des Dents de la mer et d’E.T.). Ce statut privilégié doit sa raison d’être à la nature même des films. Inspirés des serials des années 40-50, des métrages épisodiques se terminant toujours par un cliffhanger qui ne serait résolu que la semaine suivante, l’univers d’Indiana Jones aspirait par définition à être exploré plusieurs fois. Profondément ancrés dans les années 80, ces films intervenaient surtout de manière salvatrice pour le metteur en scène, succédant toujours à un échec.

Après les succès consécutifs des Dents de la mer et de Rencontres du troisième type, Spielberg essuie un échec avec 1941 et enchaîne alors sur le carton assuré par Les Aventuriers de l’Arche perdue. Tout comme il fera suivre Indiana Jones et le temple maudit au flop du film à sketches La Quatrième Dimension (également une mauvaise passe personnelle due à l’accident mortel sur le tournage du segment de John Landis), Spielberg réalise le troisième opus de la saga pour se remettre de l’accueil glacial réservé à Empire du Soleil. Il n’a jamais été clairement affirmé que cette aventure serait la dernière, mais le sentiment est implicite à travers l’œuvre. Avec Indiana Jones et la dernière croisade, Spielberg et Lucas nous offraient la parfaite conclusion à une histoire entamée presque dix ans plus tôt.

Le titre du film parle de lui-même. On assiste ici à l’ultime quête de notre héros, qui plus est celle qui lui permettra d’accéder littéralement à l’immortalité. En effet, après avoir liée la première mission à la religion juive, et la seconde aux croyances païennes, les auteurs sélectionnent le catholicisme pour cette nouvelle épopée. Quelle quête plus grande que celle du Saint Graal? Indiana Jones n’était-il pas prédestiné à faire partie de cette légende? Les scénaristes prennent même l’initiative d’en faire une affaire familiale, afin d’amplifier le caractère inéluctable de cette tâche. Le Graal était l’obsession du père de Jones. La figure paternelle est d’ailleurs un élément thématique récurrent à la fois chez Spielberg (le père absent) et chez Lucas (complexe d’Œdipe: Jones Senior et Junior ont partagé la même femme, affront du père par le fils). Avec ce nouveau personnage, les géniteurs de l’aventurier confèrent également au film un ton plus humoristique que les deux précédents volets. Lors de certaines scènes, le film adopte les meilleurs aspects d’un buddy movie à travers ce choc des générations, des cultures et des façons de faire. Voir ce héros que l’on a appris à connaître infaillible et indépendant confronté à son père est purement jubilatoire. Comme une manière de casser un peu le mythe avant de lui redonner tout son éclat. Outre le simple intérêt comique de ce rôle, c’est une véritable jouissance cinéphilique que de voir le père du héros incarné par Sean Connery, interprète 18 ans auparavant d’un autre illustre personnage, le mythique James Bond. L’anecdote n’est peut-être pas connue de tous, mais c’est précisément à l’agent secret britannique qu’Indiana Jones doit sa naissance. Nous sommes en 1977. La Guerre des étoiles va bientôt éclater sur les écrans du monde entier et deux hommes fabriquent un château de sable sur une plage. Steven Spielberg confie à son ami George Lucas qu’il souhaiterait réaliser un épisode de la franchise 007 (sans avouer qu’il a déjà sollicité en vain les producteurs). Lucas affirme alors qu’il devrait créer son propre héros, un aventurier, qui s’appellerait Indiana. "Comme ton chien?" réplique Spielberg. "Oui, Indiana Jones." termine Lucas. Le reste est entré dans l’Histoire.

Une Histoire dont les pères du héros choisissent de montrer la naissance. Cette fois-ci, le générique (genèse du film) s’attarde non pas sur une des dernières péripéties de Jones (héritage de James Bond), mais sur la première (genèse du héros). On retourne dans le temps pour assister à l’éclosion réelle du héros tel que nous l’avons connu. Spielberg remonte à la fois aux origines du protagoniste mais aussi à celle du cinéma américain dans sa période de gloire des débuts: le western. Dans cette première aventure, on découvre l’origine de sa haine des serpents, l’origine de son fouet, celles de sa cicatrice et de son chapeau et, à la fin du film, on apprendra l’origine de son nom (réelle origine donc car il est baptisé ainsi d’après un chien). Mais cette histoire s’apparente aussi à la dernière du héros. Dans la séquence finale, il devra passer trois épreuves (les trois films) avant d’atteindre la vie éternelle (dans le cœur des spectateurs). A travers la poursuite du Saint Graal, c’est son père qu’il cherche et la quête du créateur est bien le dernier voyage à entreprendre pour celui qui a tout trouvé, comme peut le suggérer le plan de fin des Aventuriers de l’Arche perdue, qui voit l’artefact récemment rapporté par Jones enfermé dans une caisse et classé parmi des centaines d’autres caisses. Indiana Jones et la dernière croisade s’achève sur ce magnifique plan de trois cavaliers chevauchant dans un désert vers un soleil couchant. La métaphore est à son comble.

Cependant, le statut immortel acquis par notre héros et l’aboutissement sublimé par la dernière image du film vont être troublés par l’arrivée imminente (prévue pour l’été 2005) d’une quatrième pierre à l’édifice. Pourtant, Steven Spielberg se situe aujourd’hui dans une situation où il n’a plus besoin de réaliser un Indiana Jones pour ne pas perdre son pouvoir en tant que cinéaste au sein d’Hollywood. De plus, l’action se situera à présent dans les années 50 autour d’un héros vieillissant, autrement dit dans un univers assez différent de celui qu’on a connu. Est-ce là la naissance d’un nouveau héros et d’une nouvelle histoire? Le défi s’avère tant excitant qu’effrayant. Après tout, lorsque Frank Miller revisite le personnage de Batman, sexagénaire, dans Dark Knight, il signe un monument du comic book. Cela permettra peut-être à Spielberg et Lucas de s’aventurer là où James Bond n’est pas allé, préférant se recycler éternellement. Réponse dans deux ans. Putain, deux ans…

par Robert Hospyan