Videodrome

Videodrome
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Videodrome
Videodrome
Canada, 1982
De David Cronenberg
Scénario : David Cronenberg
Avec : Les Carlson, Peter Dvorsky, Sonja Smits, James Woods
Photo : Mark Irwin
Musique : Howard Shore
Durée : 1h27

Max Renn, directeur d’une petite chaîne de télévision spécialisée dans le porno-soft, cherche des programmes plus corsés. Un de ses collaborateurs lui montre une émission ultra-violente qui semble composée de véritables scènes de tortures… c’est Videodrome.

Incroyable visionnaire que ce David Cronenberg qui, dès 1982, traitait déjà du concept de réalité virtuelle, sujet qu’il revisitera en 1999 avec eXistenZ. Alors que son précédent film, Scanners (1980), décrivait une sorte de guerre entre télépathes, Videodrome serait plutôt le chemin de croix de Max Renn, depuis son contact avec une émission de snuff movies. La vision de ce programme provoque une tumeur au cerveau productrice d’hallucinations. Non content de cela, le spectateur voit son corps se modifier, Renn se retrouve ainsi avec une sorte de vagin sur le ventre. En insérant une cassette vidéo dans cet orifice, il devient programmable comme une machine. Barry Convex, dirigeant de la multinationale Spectacular Optical, et orchestrateur de Videodrome, le chargera de tuer son ennemie, Bianca O’Blivion. Celle-ci réussira à retourner l’homme-machine contre Convex, en le reprogrammant avec une autre cassette. Chaque camp manipule l’infortuné Max Renn, qui épouse la cause de Videodrome (Convex) ou de The New Flesh (O’Blivion) avec la même ferveur. A l’instar de l’infortuné William Lee, l’écrivain du Festin nu, Renn perd pied, et l’on ne sait pas si ce qu’il vit est réel ou cauchemardé. Il ne peut plus croire ses sens. Même la femme qu’il aimait et avec qui il se livrait à des préliminaires sado-masochistes, Nikki Brand (Deborrah Harry, du groupe Blondie) se révélera une illusion, l’image d’une femme morte depuis longtemps.

Videodrome a été réalisé de manière chaotique, Cronenberg en écrivait le scénario tout au long du tournage. Cela explique que celui-ci ne soit pas un modèle de limpidité, et les motivations des protagonistes demeurent assez confuses. C’est surtout une fantastique galerie d’images toutes plus fascinantes les unes que les autres, avec des effets spéciaux de Rick Baker à l’efficacité intacte. Hormis dans Fast Company (1979), sympathique film de commande consacré aux courses de dragsters, on retrouve dans tous les films de Cronenberg son obsession pour le corps, livré aux parasites, aux déformations. Videodrome ne faillit pas à la règle. Le personnage d’homme-magnétoscope vient rejoindre le fabuleux bestiaire imaginé par Cronenberg: les parasites sexuels de Frissons (1975), la femme vampire de Rage (1976), les enfants monstrueux de Chromosome III (1979), le fœtus télépathe de Scanners (1980), l’homme-mouche de La Mouche (1986) les Mugwumps du Festin Nu (1991), et bien d’autres encore.

Comme souvent, James Woods est hallucinant dans le rôle de Max Renn, et la scène pendant laquelle il se rend compte qu’il a une fente sur le ventre, et y perd son pistolet, est d’anthologie. L’ayant retrouvé, plus tard, son arme deviendra partie intégrante de son corps, une sorte de protubérance mi-organique mi-métallique, qui préfigure le gristle gun (pistolet de cartilage) que maniera Jude Law dans eXistenZ. La musique d’Howard Shore, vieux complice du cinéaste depuis Chromosome III (1979), participe au climat étrange du long-métrage. Le musicien prouvera que l’on ne peut pas le cantonner aux musiques angoissantes et à l’univers de Cronenberg, en composant la B.O des films de Peter Jackson consacrés au Seigneur des Anneaux.

Il existe une édition DVD zone 2 pas très chère de Videodrome, qu’il vaut mieux éviter puisqu'il s’agit d’une version légèrement censurée du film. En effet, le cinéaste a eu pas mal de problèmes avec la Motion Picture Association of America (MPAA), l’association professionnelle chargée, entre autres, de la censure aux Etats-Unis. Les difficultés concernaient les scènes de tortures diffusées par Videodrome, des scènes sado-masochistes entre Woods et Harry, à grand renfort d’aiguille dans les oreilles et de brûlures de cigarettes, et enfin d’une anodine statuette japonaise cachant un godemichet de taille tout-à-fait raisonnable! Apparemment, une version censurée a été reprise pour l’édition française (zone 2) et paradoxalement, mieux vaut se rabattre sur l’édition américaine (zone 1), qui est intégrale. Le pays le plus pudibond ne serait-il pas celui que l’on pense?

par Yannick Vély

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