House

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House
Hausu
Japon, 1977
De Nobuhiko Ôbayashi
Scénario : Chiho Katsura
Avec : Kimiko Ikegami
Photo : Yoshitaka Sakamoto
Musique : Asei Kobayashi, Micky Yoshino
Durée : 1h28
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Fâchée contre son père qui songe à se rema­rier, la jeune Oshare décide de pro­fi­ter des vacan­ces d’été pour aller ren­dre visite à sa tante en com­pa­gnie de ses amies. Les jeu­nes filles sont ravies de res­pi­rer l’air de la cam­pa­gne, mais bien­tôt d’étranges phé­no­mè­nes se pro­dui­sent. Film culte en Angleterre, House est un fim d’hor­reur mêlant fan­tas­ti­que, bur­les­que et humour noir.

UNE MAISON DE POUPEE

Le film le plus fou du monde. On a certes l’habitude de lire du superlatif pour tout et n’importe quoi mais dans la liste imaginaire des films les plus déments de l’histoire, House est un solide prétendant au titre suprême. A l’origine, quelques producteurs cherchent à reproduire le succès monstre, aux États-Unis, des Dents de la mer. Au bout du compte, pas de requin affamé, pas de panique sur la plage, pas de travellings compensés sur un équivalent nippon de Roy Scheider, mais quelques adolescentes, un chat blanc, et une maison hantée. Et ce n’est pas le seul détour qu’aura pris House entre l’envie de départ et l’ovni d’arrivée. Au milieu des années 70, Nobuhiko Obayashi a réalisé quelques courts et a dirigé des spots de publicité. L’idée du scénario de House lui vient en partie de sa fille, Chigumi, alors toute petite, et à qui il demande ce qui lui ferait vraiment peur. Un reflet dans le miroir qui aurait sa propre vie, un futon qui s’attaquerait à elle dans son sommeil, répond-elle. Puis, en se souvenant des séjours passés chez son grand-père : une horloge macabre, un puits inquiétant, au fond du jardin, qui sert de frigo et dans lequel on plonge les pastèques pour qu’elles restent au frais. Autant d’angoisses qui seront littéralement adaptées dans le film. Le scénariste, Chiho Katsura, dit lui plutôt s’être inspiré de Walter de la Mare : l’écart des influences entre les écrits d’un romancier anglais et les frayeurs d’une gamine japonaise donne une bonne idée de la singularité de cet House résolument inclassable, isolé à la fin des 70's, loin de l'âge d'or du fantastique de Nakagawa et bien avant la renaissance des fantômes à la fin des années 90.

L’accouchement a été poussif. Entre le moment où le projet a reçu un ok enthousiaste de la Toho et le premier coup de manivelle, deux ans se sont écoulés. Mais pas deux années de perdues. Obayashi s’est fait la main sur 200 publicités, ré-utilisant ensuite tout ce qu’il a appris pour House. Surtout, une campagne de promotion un peu particulière s’engage. L’histoire de House, en attendant d’être portée à l’écran, devient un roman, un manga, des cartes à jouer, de la musique (la pop de Godiego que l’on entend dans le long métrage), et le buzz de cours de récré est lancé. Nobuhiko Obayashi espère, lui, signer le film le plus déroutant possible. Quels choix de mise en scène offenseraient le plus Akira Kurosawa ou Yasujiro Ozu ? C’est une question qu’Obayashi avoue s’être souvent posé dans ce film qui n’est pas pensé comme un pur film d’horreur mais plutôt un poème halluciné, qui mixerait des techniques modernes et anciennes, conte cruel où certains effets spéciaux donneraient l’impression d’avoir été effectués par des enfants. Au final, House est un film-trip qui, malgré sa folie permanente, témoigne d’une maîtrise et d’une cohérence qui sont celles des grands films.

Triomphe absolu en salles (essayez d’imaginer un autre pays où un tel film puisse exploser le box-office), l’über-psychédélisme de House n’était pourtant pas au goût de tous. Démoli ou ignoré par la critique, House fait la joie du portefeuille de son producteur, mais aussi sa honte, comme le confesse Obayashi. Son aura culte est pourtant en béton et aura traversé les âges. Nobuhiko Obayashi raconte d’ailleurs que le film a créé des vocations chez des cinéastes et critiques japonais qui ont découvert le film lors de leurs jeunes années, et House a tout simplement été élu film japonais préféré lors d’un vote organisé auprès de jeunes cinéastes de l’archipel dans la respectée revue Kinema Jumpo. Devant cet idéal de cinéma, rêverie incantatoire sous un éternel ciel de vanille, on ne peut que leur donner raison.

par Nicolas Bardot

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