Coeur de loup: chroniques lunaires du loup-garou
A l'heure où le loup-garou fait son retour en salles avec Wolfman, petit retour en quelques coups d'éclats sous une lune toute pleine.
LE LOUP GAROU
George Waggner - 1945
Le Loup-Garou version George Waggner n'est pas la première histoire de lycanthropie du côté d'Universal : en 1935, la bête est lâchée à Londres et le maquilleur Jack Pierce (l'homme derrière Dracula, Frankenstein et La Momie) est aux manettes en créateur de la bête (il le sera d'ailleurs ici aussi). Mais c'est la cuvée 1941 qui prévaudra. Dans sa pochette magique, Le Loup-Garou peut compter sur son atmosphère envoûtante, sa très belle photo, sa forêt embrumée dans laquelle se promènent des gitans magiques (dont les très bons Maria Ouspenskaya et Bela Lugosi, de passage pour quelques répliques), son exploitation de la légende, autant d'ingrédients qui mettent bien en valeur les apparitions du monstre dont le maquillage à poils de yak tient encore tout à fait le coup à la revision. Mais, dans le registre du monstre Universal, Le Loup-Garou manque probablement d'une scène forte qui emporte le tout, dans la canonisation mythique du héros ou la poésie tragique, avec l'impression que le scénario se limite parfois au minimum. Le film fait suite à quelques autres monstres Universal couronnés de succès. La recette atteint un peu ses limites, mais le succès est encore au rendez-vous et Le Loup-garou, devenu un classique, a fait de Lon Chaney Jr un immortel.
Nicolas Bardot
HURLEMENTS
Joe Dante - 1981
Sorti la même année que Le Loup-garou de Londres, l'œuvre de Joe Dante diffère pourtant radicalement de celle de John Landis. Alors que celle-ci se fondait sur une perspective quasi-paradoxale, en entremêlant les racines mythologiques (la lande, les légendes rurales) et un humour certain, Hurlements suit une dynamique beaucoup plus tragique et viscérale. L'un des fondements de l'humanité est son animalité primaire et la puissance de l'instinct contre lequel on ne peut lutter. Réduits à des victimes, ceux et celles qui en sont atteints se réfugient dans une communauté à l'aspect sectaire où ils végètent, mis d'eux-mêmes à l'index d'une société où ces mêmes instincts profonds sont vus comme des vices : le serial killer donne rendez vous à l'héroïne dans un sex shop. Mené comme une enquête policière horrifique plus que comme un classique film d'épouvante, Hurlements joue du même coup la carte de l'ultra réalisme quand lors de la dernière scène, ces deux univers jusqu'alors seulement juxtaposés se rejoignent lorsque la présentatrice télévisée, figure publique ultime, cède à sa propre transformation pour annoncer un nouvel âge. Le drame final est l'incrédulité partielle du public auquel elle s'adresse : comme elle dans la cabine de sex shop, les yeux n'acceptent toujours qu'une partie de la vérité. Quasiment trente ans après sa sortie, Hurlements n'a rien perdu de sa superbe. Les maquillages et effets spéciaux restent ultra convaincants et parmi les meilleurs commis sur le thème de la lycanthropie, tandis que la mise en scène, toute en tension croissante grâce à un montage habilement ciselé achève de plonger le spectateur dans un cauchemar éveillé.
Grégory Bringand-Dédrumel
LE LOUP-GAROU DE LONDRES
John Landis - 1981
1969: alors qu'il travaille sur le tournage de De l'or pour les braves, en ex-Yougoslavie, John Landis, 19 ans, doit faire le chemin en voiture entre Umag et Novi Sad, «avec un chauffeur probablement arrêté pour crime de guerre depuis». 600 kilomètres à parcourir sur une route à une voie et une étendue désertique qui sert d'étincelle pour Landis, de point de départ pour l'histoire de loup-garou dont il rêve. Plus encore lorsque sur le trajet, la voiture s'arrête auprès de gitans qui enterrent l'un des leurs, enveloppé dans un drap, recouvert de tresses d'ail et de chapelets, afin de s'assurer que le défunt bientôt sous terre ne revienne pas à la surface. Pour Landis, élevé à Los Angeles, le spectacle sonne comme un décor de cinéma, lui rappelant les personnages du Loup-garou de George Waggner avec Lon Chaney Jr: «Les grands-mères ressemblaient à Maria Ouspenskaya, avec les mêmes bijoux». Dix ans plus tard, les routes désertiques des Balkans ont laissé place aux larges étendues de landes anglaises, pour un même sentiment d'inquiétude. Admirateur du classique d'Universal, Landis souhaite pourtant prendre ses distances avec ce modèle. Le challenge principal tenait alors dans les mains de Rick Baker, habitué des lycanthropes puisqu'il sort du tournage de Hurlements, de Joe Dante. Pour lire la suite, cliquez ici.
Nicolas Bardot
LA COMPAGNIE DES LOUPS
Neil Jordan - 1984
A l'ombre des futurs classiques du film de loup-garou, Hurlements et Le Loup-garou de Londres, naît, trois ans plus tard, un étrange conte: La Compagnie des loups. L'Irlandais Neil Jordan y relit divers contes de fées comprenant leur lot de loups pervers, prêts à croquer le premier chaperon rouge qui passe. Pas d'équivoque, voir les avertissements de mère-grand (Angela Lansbury, qui a troqué la machine à écrire pour le grimoire de conte): méfiez-vous du loup, surtout si vous êtes une jeune fille aux parures écarlates. Figure d'une virilité démultipliée et donc menaçante, le loup-garou est ici prédateur sexuel auquel la jeune fille du préromantisme devra résister. Mais cette adaptation des nouvelles d'Angela Carter, féministe de son état, ne fait pas de sa jeune héroïne rêveuse une pauvre brebis, lecture psychanalytique des contes où le sexe faible n'a rien à envier à ses virils prédateurs en matière de force et de poigne. Porté par une direction artistique flamboyante et un ton jouant en permanence sur l'étrange et le décalage, La Compagnie des loups est un petit ovni dans l'histoire du loup-garou à l'écran.
Nicolas Bardot
TEEN WOLF
Rod Daniel - 1985
Prototype du faux film fun à message pour les djeunz’ cool du monde entier, Teen wolf se sert de la lycanthropie comme d'un prétexte pour parler d'un certain malaise adolescent qui nait lorsque qu'arrivent les premiers poils au menton et aux pattes. Avec un Michael J. Fox qui n'avait pas encore passé son permis de conduire les machines à voyager dans le temps et écrit par un Jeph Loeb qui n'était pas encore ce scénariste spécialisé dans les super héros, le long métrage de Rod Daniel (un spécialiste du film de famille de seconde zone) ne raconte rien de plus que n’importe quel autre teen movie de base, à savoir la lutte d’un outsider face à la sainte trinité des problèmes adolescent : l'école, les filles et quelle place occuper dans la société. Et le mythe du loup-garou dans tout ca ? On ne peut même pas dire qu’il soit écorché, ébranlé ou même dénaturé, le film ne s’en servant pas! Le héros aurait tout autant pu porter un slip sur la tête, des lunettes à ressort et des antennes extra-terrestres que ca n’aurait rien changé, tant le message « malgré les apparences, ne jamais oublier qui on est ! » prime sur le contexte. Ne reste donc qu’un quasi nanar aux maquillages approximatifs qui ne profite absolument jamais du folklore entourant la bête à poils (les poncifs des balles en argent, de la pleine lune, etc., sont quand même cités pour être aussitôt dénigrés). Y'a pas à dire, en matière d’habillage, il y en a qui savent se creuser les méninges et exploiter leur matériau premier. Et dire qu’ils en ont même fait une série télé pour récupérer les miettes de Buffy…
Christophe Chenallet
PEUR BLEUE
Daniel Attias - 1985
À une époque où l'horreur était surtout dominée par les croquemitaines Voorhees, Myers et Krueger, être une bête à poils qui croque son prochain n'aidait pas vraiment à s'adapter, surtout si on habite dans une petite bourgade de province. Pourtant, on ne peut pas dire que ce loup garou n'ait pas fourni quelques efforts de socialisation, mais rien n'y fait : tout ce qu’on veut c’est le mettre hors d’état de nuire en lui plombant le cul. Dommage tout de même, car le camouflage en curé, plutôt une riche idée pour passer inaperçu dans son enveloppe humaine, a failli marcher. Mais il fallait bien qu'un petit handicapé au grand cœur, sa grande sœur et leur alcoolo rigolo d'oncle essayent de découvrir la vérité. Oui, le grand méchant poilu devait être démasqué Et c'est à peu près la seule chose qui se passe dans cette pure série B fleurant bon les 80's. Car en ne cherchant pas à s'embarrasser du légendaire ou du folklorique, réalisateur (l’Américain Daniel Attias) et scénariste (Stephen King, l'homme qui écrit des chefs d'œuvres à la pelle mais qui ne sait pas transposer d'histoire sur grand écran) ne vont pas chercher la grande histoire et se contentent de pondre un banal film au pitch mal exploité (et on ne vous parle même pas du final complètement torché) comme ceux qui ne font pas vraiment peur et qui ne sont cultes que pour ceux qui l'ont découvert à l'époque de leur 12 ans en pillant leur vidéoclub de quartier. Quant à la bête au costume aussi cheap que celui de Petit ours brun, elle ne laissera pas vraiment de souvenir mémorable si ce n'est celui d'un travailleur efficace (on ne lésine pas sur les cadavres dans le premier tiers) mais qui aurait tendance à fainéanter une fois sa légende établie. Dommage, car avec un peu plus de volonté, il aurait pu tenter de se faire une place au soleil sur le podium des meilleures interprétations. Mais Attias et King, eux aussi fainéants, en auront décidé autrement.
Christophe Chenallet
LE LOUP GAROU DE PARIS
Anthony Waller - 1997
En 1981, John Landis a œuvré, aux côtés de Joe Dante et son Hurlements, au revival loup-garou grâce au Loup-garou de Londres. Une relecture fidèle aux racines mythologiques du lycanthrope, tout en parsemant un peu d'humour ici ou là dans le récit. Une quinzaine d'années plus tard, sans qu'on ne sache vraiment ni pourquoi ni comment, le loup-garou renaît de ses cendres avec une fausse suite luxembourgeoise: Le Loup-garou de Paris. Le film, qui devait initialement être dirigé par John Landis, tombe dans les mains du Britannique Anthony Waller, réalisateur de Témoin muet trois ans auparavant. Finie la lande, le loup-garou fait désormais du saut à l'élastique du haut de la tour Eiffel. Et ça n'est que le début. Alors que Thierry Lhermitte se fait croquer dans une bouche d'égout, on comprend vite que le dosage horreur/fun du premier épisode penche nettement du côté gaudriole cette fois-ci - la palme à la créature, loup-garou numérique fantastiquement foiré. Au Festival de Gérardmer, un jury totalement aux fraises, constitué entre autres de Vanessa Demouy, Jan Kounen et Andrea Ferréol lui accorde le Grand Prix (face à Gattaca!!!). Pas sûr que le film, totalement oublié, ne mérite un tel honneur.
Nicolas Bardot
DOG SOLDIERS
Neil Marshall - 2002
Il était une fois une bande de bidasses venue faire quelques manœuvres d'entraînement en forêt, et qui se retrouve attaquée par une meute de grands méchants loups. Obligés de se replier dans une bicoque isolée du reste du monde avec comme nouveaux partenaires une femelle ambiguë et un autre soldat rescapé qui ne semble pas plus fiable, les fantassins de sa majesté vont devoir affronter ces malveillantes erreurs de la nature poilues et géantes avant que leur abri ne soit soufflé. Si ce résumé réveille en vous le souvenir du conte pour enfants Les Trois petits cochons, c'est que Neil Marshall semble s'en être inspiré pour construire le squelette de son film. Et puisqu'on parle d'inspiration, affirmons aussi que Dog soldiers s'inspire autant de Predator (une menace fantastique s'amuse à chasser le militaire) que du film de siège à la Assaut (la bande d'attaqués devant résister à l'ennemi jusqu'à l'arrivée du jour) en essayant même de singer certains passage musicaux de Rambo. Pour son premier essai, Neil Marshall ne tape pas dans le subtil et met même tout en œuvre pour livrer un actionner audacieux et frondeur malgré le manque évident de moyens.
Christophe Chenallet
L’ENFER DES LOUPS
Paco Plaza - 2004
En récupérant un script inspiré d'une histoire vraie, celle d'un serial killer espagnol qui affirmera durant son procès être un loup garou, Paco Plaza sait qu'il va pouvoir jouer à fond la carte de l'ambiguïté et distiller l'élément fantastique à sa guise pour toujours laisser le doute s'installer dans l'esprit du spectateur. Car c'est de lycanthropie qu'il est venu nous parler, ou plutôt de sa définition psychiatrique décrite comme un délire consistant à se croire transformé en loup et plus généralement en bête féroce. Roublard le Plaza? Oui, mais jusqu'à un certain point. Car son drame d'époque à la sauce fantastique plus métaphorique qu'autre chose possède tous les attributs du conte, du mythe ou du poème raconté en image jusqu'au moment où, à travers une très jolie mais totalement incongrue scène de transformation, le futur co-réalisateur de Rec se tire lui-même une balle dans le pied en dégageant d'un simple revers de main toute l'ambivalence qu'il avait eu tant de mal à instaurer pendant la première moitié de son récit. Sans doute n'a-t-il pas su se retenir quant au fait de se frotter lui aussi au délicat exercice de filmer la mutation de l'homme en loup. Exit donc le concept même du film, et tout ça à cause d'une simple faute de goût, le mystère s'effondrant comme un château de cartes. Ne reste alors plus qu'une modeste série B qui joint les deux bouts comme elle le peut et qui confère au film un arrière goût de DTV inabouti et/ou bâclé.
Christophe Chenallet
CURSED
Wes Craven - 2005
Voilà une œuvre qui a le mérite de bien porter son nom. Pendant longtemps, le tournage de Cursed a été comme maudit, problèmes de scénario, réécriture, remontage, colère des producteurs, avant que la moitié du film ne soit mise à la poubelle (casting original en prime), et que le tournage ne reprenne avec la moitié de la distribution changée. La sortie de Cursed, elle, a été repoussée de plus d'un an. Le résultat, lui, a forcément une drôle de tête. Des bouts d'intrigues différentes semblent étrangement agrafés les uns aux autres, le film, tourné au beau milieu des années 2000, donne l'impression d'un slasher coincé dans les 90's, contient une Portia de Rossi diseuse de bonne aventure et l'épouvantable Joshua Jackson en ténébreux vaseux. Etrange spectacle qui tient à demi debout, accueilli par un lynchage critique et un bide en salles. Reste pourtant une scène culte, aussi improbable que poétique: le loup-garou, vexé, qui fait un doigt d'honneur à l'héroïne comme au public entier. Le retour du loup-garou n'est pas encore pour maintenant!
Nicolas Bardot
BLOOD & CHOCOLATE
Katja von Garnier - 2007
Film fantastique romantique pour emo girl à mi-chemin entre Twilight et Underworld (que des références donc !), l’inédit Blood & chocolate joue la carte de l’histoire d’amour passionnée mais forcément impossible entre un jeune dessinateur nomade (ça change du pouilleux qui joue de la guitare) qui traverse l’Europe en guise d’inspiration et une adolescente en plein questionnement sur sa condition de loup-garou. L’avantage, c’est que tout comme Twilight ne fait pas grand mal à la mythologie des suceurs de sang, Blood & chocolate s’arrange pour ne pas non plus désacraliser le folklore du loup-garou vu qu’il pompe surtout celui du vampire romantique. Un avantage conséquent quand certains ont tôt fait de se croire plus malin que les autres en s’appropriant les légendes et en les remaniant à leur sauce, quitte à perdre un grand nombre de fans en route. Le film, lui, reste prévisible tout du long, et s'amuse surtout à faire tourner en bourrique une héroïne en plein dilemme et un amoureux prisonnier entre légende et réalité. Mais il propose quand même une ou deux idées intéressantes (à défaut d’être intrigantes) comme ces transformations plutôt oniriques qui voient les hommes se métamorphoser en loup plutôt qu’en créatures humanoïdes (un effet moins cher ?) et une délocalisation de l’histoire en Roumanie (ça change du cliché anglais ou américain) rapprochant, d’une certaine manière, la bête de son cousin à canines des Carpates. Mais soyons honnêtes, l'utilisation de la lycanthropie n'est qu'un prétexte (vampires, extra-terrestres ou lépreux auraient aussi bien fait l'affaire) pour habiller cette bluette de grosse consommation qui ne marquera pas, elle non plus, le genre.
Christophe Chenallet



