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Présenté en compétition lors du 33e Festival du film américain de Deauville, Never Forever a conquis le coeurs des spectateurs par son magnifique portrait de femme amoureuse. La réalisatrice sud-coréenne Gina Kim et la sublime actrice américaine Vera Farmiga se sont prétées avec élégance au jeu de la conférence de presse.
FilmDeCulte - Comment vous est venu le choix d’un tel sujet ?
Gina Kim -
L’idée de ce couple m’est venue comme ça, sans que cela soit vraiment conscient. Par contre, l’un des thèmes généraux du film est au centre de mon travail de cinéaste. Je reste fascinée par le corps asiatique. Je souhaitais également traiter de la dualité entre la maman et la putain. L’idée que le personnage principal, pour devenir mère, devait se sacrifier et donner son corps à autrui.
FilmDeCulte -
Comment avez-vous approché le rôle de Sophie ?
Vera Farmiga -
Je n’ai pas vraiment préparé le rôle, en fait. Je compte surtout sur les collaborations avec les metteurs en scène et les acteurs que je rencontre sur le tournage. J’ai lu le scénario et je l’ai immédiatement trouvé magnifique. La première rencontre fut également décisive. J’ai tout de suite compris la détermination profonde qui animait Gina à raconter l’histoire de Sophie, son goût pour le détail. Il était très facile également de travailler avec Jung-woo Ha (NDLR : héros de Souffle et Time de Kim Ki-Duk). J’ai néanmoins fait quelques recherches sur Internet pour saisir la complexité des relations sentimentales interraciales. J’avais parfois l’impression d’être une espionne (rires). Le film est également arrivé à un moment dans ma vie où je me pose les mêmes questions que le personnage que j’incarne, surtout sur le plan de la maternité.
FilmDeCulte - Avez-vous déjà été confrontées au même choix que Sophie ?
Vera Farmiga -
Je me suis déjà retrouvée dans la même situation même si je n’étais pas enceinte. Le personnage de Jihah explique bien ma position : même si c’est difficile, il faut tout recommencer à zéro.
Gina Kim -
Vera résume bien mon point de vue. J’ai voulu faire un film sur le choix, sur la difficulté de quitter un amour passé et une vie pour une nouvelle passion. J’ai eu des choix moins extrêmes à réaliser dans ma vie mais je comprends le choix de Sophie. Ce n’est pas forcément Jihah ou Andrews mais le choix du bébé. Elle décide de vivre sa vie comme elle l’entend et non comme les diktats sociaux lui imposent.
FilmDeCulte - Pourquoi avoir choisi une héroïne américaine ?
Gina Kim -
C’est une question que l’on me pose souvent. Je me sens coréenne, je suis née, j’ai vécu ma jeunesse là-bas avant de partir aux Etats-Unis à 23 ans passés. Je suis ensuite revenue en Corée du Sud pour travailler et je continue d’avoir une sensibilité différente des Américaines. Pourquoi alors une Caucasienne ? Je vais peut-être avoir besoin d’une psychanalyse (rires). Les deux personnages masculins devaient être coréens. Aux Etats-Unis, l’homme asiatique est désexualisé et je voulais insuffler un peu de sexualité dans les corps asiatiques masculins. J’avais donc la nécessité d’apporter un regard extérieur, de créer une distance pour briser aussi l’identification que je pouvais avoir avec le personnage féminin. C’est un triangle amoureux et je voulais que le spectateur se retrouve dans les trois personnages, comme je le suis moi-même.
FilmDeCulte - Pourquoi avoir mis l’accent sur la foi d’Andrew ?
Gina Kim -
Je n’ai rien contre le catholicisme ou le faire de croire. La communauté coréenne aux Etats-Unis est très religieuse. L’église forme un vrai lien identitaire entre les gens. Je voulais également me passer de mots pour faire ressentir l’isolement et la solitude de Sophie, qui n’est pas vraiment dans son monde avec Andrew. Vera Farmiga a un don spécial. Elle a un teint diaphane mais un visage très expressif. Elle ne comprend pas la langue et la culture de son mari – même si elle rêve d’aller en Corée – et se retrouve à la marge du mode de pensée oriental. Elle a réussi à le faire ressentir sans longue explication.
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