De A à Z
Cette Semaine
Planning des Sorties
Par Réalisateur
Autour du Cinéma
Films Cultes

Tests DVD
Par Editeur
Planning des Sorties
Boutique DVD

Portraits
Culcultes
Galeries Photos

Gros Plans
Dossiers
Entretiens

News ciné
Box-Office
Notes

Nouveaux forums !!
Concours
Newsletter
Liens web

Films de Van Damme
Location de DVD
Carlotta Films
One Plus One
Conception web
Michael Cimino






FilmDeCulte - Quel regard portez-vous sur l’industrie pornographique?

Tsai Ming-Liang - Tout le monde regarde des films pornos, mais tout le monde dit que c’est seulement l’affaire du voisin (rires). Aujourd’hui, les films pornos sont devenus nécessaires, c’est comme manger au restaurant ou aller aux toilettes. Quand j’en vois un, je pense toujours au gaspillage. Le genre appartient au cinéma, il utilise le même savoir-faire, mais l’écriture est pauvre et le jeu des acteurs assez affligeant. Comme des boîtes de conserve qu’on empile les unes sur les autres. Au Japon par exemple, où il existe une industrie porno très florissante, les visages ont beau changer, c’est tout le temps la même chose. Il n’y a pas d’effort sur la création. J’ai visionné beaucoup de films pour la préparation de La Saveur de la pastèque. Dans l’un, on voyait en gros plan un vagin chatouillé par un coton-tige. Quand on coupe le son, on ne voit plus qu’un morceau de chair. D’un point de vue bouddhiste, il n’y a pas de honte à avoir, c’est juste un corps. Pourquoi les hommes désirent autant posséder un corps? Après tout, pourquoi a-t-on besoin de consommer, pourquoi certains convoitent des sacs Vuitton? L’idée de La Saveur de la pastèque est née de ce morceau de chair.


FilmDeCulte - Comment s’est passée votre collaboration avec Yozakura Sumomo, qui est, elle, une vraie actrice de film porno?

Tsai Ming-Liang - Je l’ai choisie parce qu’elle était bien en chair et qu’elle ressemblait à une poupée gonflable. Mais Lee Kang-Sheng était contre: "J’en veux pas! C’est pas du tout mon style!" (rires) Au départ, elle pensait venir à Taiwan pour tourner quatre films pornos. Elle est restée huit jours, elle n’a jamais lu le scénario, ce sont ses agents qui lui ont présenté les séquences à tourner. Suivant les positions (c’est très codifié), les tarifs étaient différents. A son arrivée, elle a été surprise de voir une équipe aussi nombreuse. Pour la scène de la pastèque, elle n’avait pas besoin de retirer sa culotte, le fruit cachait son sexe, mais elle l’a quand même fait. Personne n’osait trop la regarder, ça aurait été tout aussi gênant de lui demander de remettre sa culotte (rires). Au fil du tournage, elle s’est rendue compte qu’on tournait aussi des passages de comédie musicale. Elle a voulu participer, j’étais totalement pour, j’étais même prêt à lui écrire des scènes. Mais ce n’était pas stipulé dans son contrat, ses agents n’ont pas voulu, elle n’a donc pas pu le faire. Elle a beaucoup pleuré. Le dernier jour, avant de partir, elle m’a confié qu’elle aimerait devenir une vraie actrice, qu’elle espérait tourner dans un film normal. Je lui ai dit qu’elle avait beaucoup apporté au film, ne serait-ce que par sa présence, et qu’elle avait ouvert les yeux de mes acteurs. Grâce à elle, ils perçoivent le corps de l’acteur différemment. Un corps n’est qu’un corps.


FilmDeCulte - Vous intéressez-vous au cinéma de David Cronenberg? Avez-vous vu Crash?

Tsai Ming-Liang - J’aime beaucoup ses films en général, en particulier La Mouche. Mais je n’ai pas vu Crash.


FilmDeCulte - On trouve aussi chez lui une vision décomplexée du corps et du sexe, soumis aux mutations et emprunt d’une certaine froideur.

Tsai Ming-Liang - Il y a certainement des similitudes entre Cronenberg et moi: le corps n’est pas à prendre trop au sérieux. Dans La Saveur de la pastèque, il y a une part d’ironie et de dérision mais il faut quand même faire l’effort de regarder ce corps, tour à tour précieux, ridicule et abject. L’important c’est d’aller voir ce qui se cache à l’intérieur. La réalité de ce corps, c’est qu’il vieillit, qu’il s’enlaidit et qu’un jour il va mourir. On peut toujours recourir à la chirurgie esthétique pour retoucher telle ou telle partie. Personne ne veut regarder cette réalité, nous avons tous les mêmes hantises un peu désespérées: rester jeune, perdre du poids, modeler sa silhouette. Mais on ne peut pas toujours lutter, le corps est condamné. Mes acteurs et mes personnages vieillissent avec moi. Rien n’est immuable. Dans la séquence finale, il y a un corps inerte, peut-être mort, qui continue à être utilisé. Le titre chinois du film, Tian Bian Yi Dou Yun, "un nuage au bord du ciel", parle d’une rencontre. La rencontre des deux héros, c’est comme la fusion de deux nuages. Elle relève du hasard, de quelque chose qu’on ne peut pas contrôler. Le corps n’est pas libre, mais l’âme si. L’amour n’est pas éternel, mais le moment où deux êtres se découvrent et se rencontrent, on ne peut pas l’oublier.


FilmDeCulte - Qu’en est-il de votre projet avec le Louvre?

Tsai Ming-Liang - Le tournage aura lieu en 2007, je travaille en commun avec l’équipe du Louvre. J’en suis encore au stade préparatoire, mais je trouve ça très excitant. On considère de plus en plus le cinéma comme un simple produit de divertissement. Avec le soutien d’un musée, j’ai l’impression qu’il redevient une œuvre d’art.


Entretien réalisé par Danielle Chou
A Paris, le 16 novembre 2005



- 3/3 -

 
ACCUEIL | CONTACT | NOTES | AJOUTER AUX FAVORIS