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FilmDeCulte - On vous prête actuellement plusieurs projets de films, sur internet comme ailleurs, qu'en est-il réellement?

Quentin Tarantino - Pour le moment, rien n'est certain. Durant ces années d'écriture, j'ai travaillé sur un sujet prenant place pendant la Seconde Guerre Mondiale. Et je me suis vite retrouvé avec deux scénarios bien distincts sur la période. Non pas comme Kill Bill volumes 1 et 2, mais plus comme Pulp Fiction, avec des histoires entrelacées et des personnages redondants. Bien sûr, lorsque je ferai ce film, ce sera mon western spaghetti à moi, sauf qu'il sera englobé dans l'univers de la Seconde Guerre Mondiale. Et le titre pourrait être "Il était une fois dans la France occupée". (rires) Si je devais parier sur mon prochain projet, je parierais sur celui-ci. Mais d'un autre côté, j'ai eu plusieurs idées qui m'ont traversé l'esprit en faisant Kill Bill. Je ne me déciderai qu'après la sortie de Kill Bill volume 2.


FilmDeCulte - Vous avez inséré dans la bande originale de votre film des compositions réalisées pour d'autres films, dont certains vieux d'une trentaine d'années. Cela a-t-il été difficile de se les approprier, au niveau des droits tout d'abord, puis au niveau artistique?

Quentin Tarantino - C'est en réalité assez simple d'obtenir les droits de ces morceaux. Je suis même surpris que personne d'autre ne le fasse - même si je ne m'en plains pas, puisque ça me laisse plus de choix. Si vous avez l'album original, vous pouvez le sampler de la même façon qu'un morceau de rock aujourd'hui. Vous n'avez qu'à appeler la maison de disques, leur préciser de quel morceau vous désirez les droits, et ils seront ravis de vous les céder, ils prendront l'argent. Personnellement, cela me donne l'opportunité de "travailler" avec les meilleurs compositeurs de l'histoire du cinéma. On peut donc dire que les meilleurs compositeurs ont travaillé sur Kill Bill, même s'ils l'ignorent... Et il y a autre chose. Les films de kung-fu dont je vous parlais tout à l'heure utilisaient déjà des morceaux composés pour d'autres films... et dans leur cas c'était carrément du piratage. Mais ils savaient réutiliser la musique de façon bien plus intelligente que les films originaux. Ce n'était pas extraordinaire de regarder une scène de combat d'un film de kung-fu, et de retrouver l'instant d'après la musique de La Mort aux trousses de Bernard Hermann! Ou encore voir deux chinoises combattre sur la musique de Isaac Hayes de Shaft. Cette juxtaposition iconographique et musicale fait donc partie du genre.


FilmDeCulte - Comment s'est passé votre collaboration avec RZA du Wu-Tang Clan?

Quentin Tarantino - Plus que tout, son aide m'a été précieuse parce qu'il était l'une des seules personnes du plateau à comprendre, à ressentir le cinéma asiatique comme je le ressens. Nous parlions le même langage. Il connaissait tous les sons typiques utilisés dans ces productions, les percussions, le rythme, tout cela je n'ai pas eu besoin de le lui expliquer.


FilmDeCulte - Pouvez-vous nous expliquer plus en détails votre processus d'écriture? Comment tout s'enclenche?

Quentin Tarantino - C'est la question à un million de dollars: "comment commencer à écrire?". Je ne connais qu'une seule façon de commencer. Vous avez vaguement une idée, et cette idée commence à rentrer en incubation dans votre tête. Vous n'en parlez pas, vous n'écrivez pas, il n'y a encore rien de concret, mais vous y pensez. En faisant d'autres choses, vous continuez d'y penser. Et plus le temps passe, moins vous pensez à autre chose qu'à votre projet. Et vous arrivez à un point où vous ne pensez strictement plus qu'à ça. Voilà précisément quand il faut commencer! Je suis conscient d'avoir une certaine facilité d'écriture. Certaines personnes me répètent à quel point c'est dur pour eux. En réalité c'est tout simple, je laisse mes personnages parler entre eux. Une fois que la conversation est enclenchée, je me mets en retrait, et je n'ai plus qu'à écouter. Ils me montrent le chemin. De toute les choses que je fais, l'écriture est celle dont je me sens le plus fier. Mais j'ai parfois l'impression d'être un imposteur. Je ne suis qu'un sténographe sous la dictée.


FilmDeCulte - Dernière question pour vous et Lawrence Bender: quel est le plus gros challenge que vous ayez relevé sur le tournage de Kill Bill?

Lawrence Bender - Je pense que c'est le fait d'avoir tourné autant de scènes d'action. Nous n'étions pas habitués à cela, et il a fallu se montrer à la hauteur des ambitions du film. Une autre difficulté fut sans doute de décider par quel continent (Amérique, Asie, Australie) commencer le tournage du film. Et puis il y a eu le problème du langage. Difficile de coordonner trois équipes aux méthodes et aux cultures différentes.


Quentin Tarantino - Il y avait notamment un problème de traduction, ne serait-ce qu'avec les Chinois, où le traducteur cantonnais ne comprenait pas le traducteur mandarin... (rires) A part ça, je crois que tout ce qui concernait le film représentait un challenge de poids. C'était littéralement une plongée dans l'inconnu pour moi. C'était comme si je m'étais arrangé pour que tout soit difficile. Le point positif est que tout le monde a donné le meilleur de soi-même, en voyant l'ensemble des difficultés. Et personnellement, c'était la première fois que je filmais des scènes d'action, et je ne voulais pas déléguer la réalisation de ces scènes à un chorégraphe ou au réalisateur de deuxième équipe. C'était mon travail, et mon plaisir, de tourner ces scènes moi-même. Je me souviens du chef opérateur, Robert Richardson (Platoon, JFK, Casino), s'approchant de moi lors du combat entre The Bride et les cinquante Crazy 88s, et me disant: "Ecoute Quentin, j'ignore si le résultat sera bien, si ce film sera génial ou non; mais je peux t'assurer que cette scène est terriblement difficile à faire! Et pourtant j'ai eu mon lot de scènes d'action!" (rires). Pour donner un exemple concret, il a fallu huit semaines pour filmer cette scène, alors qu'il n'aura suffit que de dix semaines pour tourner Pulp fiction entièrement!


Propos recueillis par Peter Dourountzis.
Le 5 novembre 2003.


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