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QUENTIN TARANTINO
Depuis son premier film, chaque nouvel opus signé Tarantino crée l'événement.
Physiquement empâté par ces dernières années d'écriture, bien à l'abri dans son chez lui, l'homme aux allures
redneck revient avec un film nerveux et plein de classe, à l'image de son incroyable talent de mise en
scène. Epaulé lors de cette conférence de presse au forum des images par Julie Dreyfus, comédienne frenchie méconnue
(et interprète de Sofie Fatale), et par son complice de toujours Lawrence Bender (co-fondateur de A Band Apart,
producteur de tous les Tarantino, de Will Hunting et Une Nuit en enfer), il revient sur le pourquoi
et le comment de Kill Bill, volume 1.
FilmDeCulte - Pourquoi avoir choisi de faire un film d'arts
martiaux?
Quentin Tarantino - J'ai grandi en regardant des films d'arts martiaux.
J'ai eu la chance d'être un petit garçon dans les années 70? où ce genre de film était particulièrement à la mode.
Quand ils tombèrent progressivement dans l'indifférence, la communauté noire a continué à les aimer. Or j'ai grandi
au sein d'une communauté noire, donc j'ai continué à les regarder bien après les seventies... Mais la vraie raison,
c'est que je considère ce que j'appelle le "ground house cinéma" (le ground house était une salle de quartier où
passaient les films de série B - ndlr) comme étant mon genre de cinéma préféré au monde. Les films de kung-fu,
de samouraïs, le western-spaghetti, tous ces genres forment à mon avis le plus excitant, le plus stimulant, le
meilleur cinéma jamais fait. Kill Bill est mon humble hommage à cet univers. J'ai avant tout fait un film
que je voulais voir.
FilmDeCulte - Votre dernier film, Jackie Brown, date déjà
d'il y a six ans. Vous êtes passé plutôt inaperçu depuis tout ce temps. Est-ce pour cela que vous avez injecté dans
Kill Bill autant de rage et de violence pour ce grand retour?
Quentin Tarantino - (rires) Je crois que la rage du film vient
tout simplement du genre, du sujet. C'est un film de revanche. Non, je n'éprouve aucune rage de revenir enfin. Je
crois que la raison pour laquelle je n'ai pas tourné depuis si longtemps est simple: j'écrivais. Quand vous écrivez,
vous devez vous préserver. Vous n'écrivez pas dans les talk-shows. Vous écrivez chez vous, au restaurant, vous en
discutez avec vos amis... J'ai écrit sur quatre sujets différents, quatre scénarios. C'était d'ailleurs très amusant
de revenir là où j'ai commencé, devant ma feuille blanche et mon stylo. C'était très agréable. Est-ce que j'ai été
absent trop longtemps? Peut-être. De toute façon entre-temps, je n'aurais fait qu'un seul film, donc j'espère
compenser avec les deux volumes de Kill Bill.
FilmDeCulte - Nous connaissons parfaitement vos références
cinématographiques, mais beaucoup moins vos références de bande dessinée. Pouvez-vous nous en parler?
Quentin Tarantino - Il faudrait que j'y réfléchisse plus attentivement
pour vous donner des références précises. Disons que ce n'est pas tant une œuvre en particulier qui inspire mes
travaux, mais davantage un feeling général de comic book, principalement pour ce qui concerne mes personnages. Car,
au final, mes films créent un univers de comic book qui leur est propre. Mais s'il faut réellement dégager des
éléments qui s'y rapportent, ce serait bien évidemment le personnage d'O-Ren Ishii, la reine du crime, entourée
de ses hommes de main. Ces Crazy 88s ressemblent d'ailleurs beaucoup plus à des personnages de bande dessinée
qu'à des gangsters réalistes. Pareil pour le personnage de Sonny Chiba, qui est très représentatif de cet univers.
Comme beaucoup de héros de bande dessinée, il mène une double vie: il y a le jour cet étrange restaurateur de sushi
et le soir venu, son obscur alter ego nommé Hattori Hanzo, maître d'arts martiaux. Et je vous réserve une surprise
dans le volume 2. Dans le premier volume, il n'y a pas vraiment de dialogue tarantinesque comme dans les trois films
précédents. Mais je crois que l'un de mes plus réussis figurera dans le volume 2, à propos de Superman...
FilmDeCulte - Kill Bill a déjà été copieusement piraté avant
sa sortie officielle en Europe. En quoi cela a-t-il de l'influence sur la carrière du film, et que pouvez-vous
concrètement y faire?
Quentin Tarantino - Je ne vois vraiment pas ce que l'on peut faire de
plus. On travaille vraiment dur pour que cela n'arrive pas, mais c'est inévitable... Et puis dans les pays
occidentaux, lorsque quelqu'un pirate un film, c'est qu'il a vraiment envie de le voir, et qu'il ira probablement,
si le film lui plaît, le revoir en salle! C'est plus de l'impatience que du réel piratage. Vous savez, le plus gros
piratage se fait en Chine. Or c'est justement un pays où nous n'avons pas pu encore sortir le film pour des raisons
de censure, donc que le piratage existe, ce n'est pas plus mal...
FilmDeCulte - Sur un sujet complètement différent, vous confirmez
avec Kill Bill être un véritable fétichiste des pieds...
Quentin Tarantino - (rires) Chaque plan de pied de ce film est
parfaitement justifié!
Julie Dreyfus - Cela dit, vous ignorez à quel point votre remarque est
pertinente. Dans le film, il y avait un gros plan de mon pied sur l'accélérateur qui manquait, et c'est la
raison pour laquelle j'ai passé tant de mois sur le tournage du film. Parce qu'il manquait ce plan de mon pied!
On m'a fait faire une pédicure régulièrement en prévision du tournage de ce plan, et on m'assurait que très vite,
il serait tourné. Mais chaque jour il était repoussé au lendemain, et cela a duré des semaines. Finalement, c'est
le dernier plan du film qui a été tourné... Donc je vous assure que le pied qui apparaît dans le film est le
mien!
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