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JOEL SCHUMACHER


Cinéaste discutable et discuté, Joel Schumacher, responsable d'un mini culte (The Lost boys), de la fin d'une franchise (Batman 3 et 4), du film le plus ouvertement réac de Nicolas Cage (8MM), de la révélation de Colin Farell (Tigerland), est au sens le plus strict du terme un auteur. Ses récurrences thématiques, narratives et formelles deviennent avec le temps de plus en plus évidentes, et le dénigrement qu'il rencontrait de la part de la critique, qui le considérait au mieux comme un technicien capable, fait peu à peu place à un intérêt persistant et justifié. Schumacher restera à jamais le réalisateur des lamentables Droit de tuer et Batman et Robin. Mais il se pourrait que le bonhomme, au vu de son récent et réussi Phone Game, soit plus subtil que ça. Morceaux choisis de la conférence de presse.


PHONE GAME PROJECT

Joel Schumacher - La vraie raison pour laquelle j'ai accepté ce projet, c'est que je n'avais jamais vu un film pareil à Hollywood, cela n'avait jamais été fait. Pourtant, aux Etats-Unis, la plupart des projets ne sont que des succédanés qui donnent l'impression d'avoir été déjà vus cent fois. J'ai pensé que le pitch était tellement original, qu'en lui ajoutant un casting judicieux il serait possible de proposer au public quelque chose de totalement inédit, qu'il n'avait jamais vu. Mais je savais que ce serait un défi énorme à relever. Pour le studio en revanche, le risque n'était pas énorme tant le budget était ridicule.


LE CHOIX DE COLIN FARELL

Joel Schumacher - La première fois que j'ai entendu parler du projet, la Fox avait les droits, et Mel Gibson était sur les rangs pour le rôle. Mais je devais faire Personne n'est parfait(e) ainsi que Tigerland, je n'étais malheureusement pas libre pour diriger le film. Lorsque j'étais sur ces deux films, d'autres noms ont circulé pour la mise en scène comme pour le rôle: les frères Hughes, Michael Bay, Will Smith, Jim Carrey... Mais je ne pourrais trop vous donner plus d'informations puisque je n'étais pas présent au moment de ces discussions. Lorsque je suis retourné vers la Fox pour le montage de Tigerland, le film n'était toujours pas lancé et m'a donc été de nouveau proposé. C'est là que j'ai soumis le nom de ce jeune gamin qui était génial dans mon film. La première réaction était l'étonnement: " Qui c'est celui là? ". Lorsque les dirigeants de la Fox ont vu l'accueil incroyable fait à Tigerland et à Colin au Festival de Toronto, ils sont revenus sur leur décision... A condition que je fasse le film pour un dollar.


UN BUDGET RIDICULE

Joel Schumacher - Nous n'avions de l'argent que pour douze jours de tournage. Et il nous fallait également arrêter de tourner vers 16 heures car nous étions en hiver, et au-delà de cette heure, nous perdions beaucoup de lumière. Nous commencions à tourner vers 7 heures du matin, et ne nous arrêtions qu'à 16 heures. Nous ne mangions même pas le midi. Tout le monde était filmé quasiment non-stop durant tout ce temps par les quatre caméras. Je crois qu'une bonne partie de la tension, de l'adrénaline contenue dans le film provient de cette façon de filmer. Même avec plus d'argent et de temps, je ne pense pas que nous aurions fait un film meilleur. Nous avons dépensé très exactement un million et deux cent milles dollars pour le film, somme qui ne comprend bien entendu pas les dollars dépensés par les réalisateurs qui m'ont précédé sur le projet. A Hollywood, un budget pareil ne représente rien, une broutille. Certaines stars ont ce budget là rien que pour la note d'essence de leur jet privé. Réaliser et produire un film est un travail identique à toute autre forme de business. Plus on vous donne de l'argent et plus on en attend en retour, et moins on vous laisse la liberté d'expérimenter des trucs probablement moins populaires. Lorsqu'ils vous confient l'argent pour faire un blockbuster, ils attendent de vous un film parfum vanille, le parfum le plus aimé, le plus acheté. Avec un budget comme le mien, je pouvais réaliser un film tutti frutti ou de tout autre goût, ils m'ont laissé faire sans le moindre problème.


MISE EN SCÈNE

Joel Schumacher - Nous avons eu beaucoup de mal avec ces quatre caméras. Ce n'est pas comme si chacune d'entre elles restait fixée sur un seul personnage. Elles se baladaient toutes sans exception, allant d'un personnage à un autre. Il s'agissait presque de faire un documentaire de tournage, un making of.

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