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RIDLEY SCOTT


C’est dans les salons feutrés de l’hôtel George V à Paris que Ridley Scott a convié la presse française pour s’entretenir de son dernier film Kingdom of Heaven. Et c’est seul qu’il s’est plié au jeu des questions-réponses, la magnifique Eva Green s’étant décommandée au dernier moment.


FilmDeCulte - Quelle est la part de fiction et d’histoire dans Kingdom of Heaven?

Ridley Scott - Tous les personnages dans le film sont historiques. Dans le cas de Balian d’Ibelin (Orlando Bloom), son histoire est inventée du début jusqu’au moment où il devient Gouverneur de Jérusalem et qu’on lui demande de défendre Jérusalem. A partir de cet instant, on rejoint l’histoire. C’est lui qui a défendu Jérusalem et qui l’a rendu à Saladin. Le roi lépreux Baudouin IV et sa sœur sont tout à fait réels, Guy de Lusignan est réel. Tiberias s’appelait en réalité Raymond, mais étant donné que j’avais un personnage qui s’appelait déjà Renaud de Châtillon – tout aussi réel – pour éviter que l’on confonde je l’ai renommé Tiberias.


FilmDeCulte - Toute la musique du film n’a pas été écrite par le compositeur principal?

Ridley Scott - La quasi-totalité de la musique a été composée par Harry Gregson-Williams. C’était la première fois que je travaillais avec lui. J’étais très satisfait de son travail la plupart du temps, mais parfois les morceaux temporaires utilisés pendant le montage fonctionnaient mieux et comme j’accorde une grande importance à la musique, j’ai gardé cette musique temporaire. Kubrick a essayé toute sa carrière d’avoir de la musique originale, il n’y est jamais arrivé! (rires) C’était toujours des morceaux préexistants.


FilmDeCulte - Aviez-vous l’intention de traiter les thèmes de justice, de bonté, etc. qui sont présents dans le film dès le départ?

Ridley Scott - Des mots tels que la grâce, la tolérance, le chevaleresque ont l’air d’avoir disparu du vocabulaire actuel, où que ce soit. Regardez le sport. C’est la guerre et ça m’attriste. Alors en effet, c’était bien mon intention de traiter de ces sujets dès le départ. Lors de mon adolescence, un peu comme tout le monde, dans le nord de l’Angleterre, mes influences venaient exclusivement du cinéma hollywoodien. Alors je croyais que les films ne véhiculaient que ces icônes américaines, ces archétypes, cette morale typiquement américaine. Toute cette mythologie comportaient des icônes telles que les chevaliers, le cow-boy, le policier, le pirate, où les héros sont presque toujours sympathiques bien qu’ils puissent être agressifs ou violents. Lorsque je suis allé faire mes études de cinéma à Londres, j’ai découvert un autre type de cinéma. Notamment les films de Kurosawa, que j’adore et qui m’ont profondément marqué. Il y avait ces chevaliers et ce code, ces samouraïs. J’ai aussi découvert les films d’Ingmar Bergman, dont le Septième Sceau. Donc lorsque j’imaginais mon plan de carrière en tant que réalisateur, car je savais que quoi qu’il en soit, je serais réalisateur (rires), je savais que j’aurais dans mes films un cow-boy, un pirate, un chevalier, un flic. Jusqu’ici je n’en ai eu qu’un seul de ceux-là.


FilmDeCulte - Le choix de faire ce film a-t-il été amené par votre regard sur le conflit au Moyen-Orient?

Ridley Scott - Tout à fait. La première version du scénario commençait dans la période contemporaine où deux reporters d’images se retrouvaient coincés dans le tombeau de Godefroy d’Ibelin alors que la guerre faisait rage au dehors. En adoptant ce procédé, on dit que la guerre ne s’est jamais arrêtée. Les enjeux sont différents, mais les différences continuent à être sources de conflits. Et puis nous avons pensé qu’il était inutile de faire ça, l’histoire devait se suffire à elle-même et laisser le spectateur tirer ses propres conclusions.


FilmDeCulte - Pourquoi avoir choisi Orlando Bloom?

Ridley Scott - J’avais déjà travaillé avec lui pour Black Hawk Down. Il n’avait pas un rôle très important, mais c’était son personnage qui était à l’origine de l’échec de l’opération américaine. Lorsqu’il tombe de l’hélicoptère, il manque la corde de rappel, sans véritable raison. Et dans l’armée, lorsqu’un homme tombe, on en perd en réalité quatre. Il en faut deux pour porter le blessé pendant que le quatrième les couvre avec son arme. A partir de cet instant, tout le plan est devenu caduc, instable. Et alors que Orlando n’avait que ce petit rôle, il a fait des recherches au point de me rendre fou! C’est à cet instant que je l’ai remarqué. Or, à présent qu’il a 27 ans, il a acquis un charisme suffisant pour jouer Balian, tout en conservant une certaine innocence et intelligence. Lorsque le studio m’a demandé qui je voyais pour jouer Balian, j’ai répondu Orlando. Comme c’est un film très cher, ils m’ont demandé de lui faire passer un bout d’essai avec deux autres jeunes acteurs, contre mon gré.


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