De A à Z
Cette Semaine
Planning des Sorties
Par Réalisateur
Autour du Cinéma
Films Cultes

Tests DVD
Par Editeur
Planning des Sorties
Boutique DVD

Portraits
Culcultes
Galeries Photos

Gros Plans
Dossiers
Entretiens

News ciné
Box-Office
Notes

Nouveaux forums !!
Concours
Newsletter
Liens web

Films de Van Damme
Location de DVD
Carlotta Films
One Plus One
Conception web
Michael Cimino







NICOLAS PHILIBERT


Auteur d’une dizaine de documentaires remarqués, Nicolas Philibert est le réalisateur de Etre et avoir (lire la critique du film), à l’affiche le 28 août 2002, dans lequel il s’attache à filmer la vie d’une classe unique dont les enfants ont entre 3 et 11 ans.


FilmDeCulte - Comment avez-vous choisi ce sujet?

Nicolas Philibert - Vaste programme... Je dirais par une suite de glissements successifs. Ce n’est pas une idée que j’ai eue comme ça, qui m’est venue de manière toute faite, un beau matin. Mais par une suite de rencontres, de hasards. Il y avait au départ l’envie de faire un film dans le monde rural. Dans un premier temps, je suis donc parti à la recherche d’exploitations en difficultés. Ce n’est pas ce qui manque aujourd’hui, l’agriculture étant en France tellement mal en point, les agriculteurs tellement malmenés... Je suis donc parti autour de cette idée. Et de fil en aiguille, j’en suis venu à vouloir faire un film sur une école en milieu rural, puis plus précisément sur une école à classe unique. Sachant que je me suis senti assez touché par l’idée que des enfants d’âges différents soient, comme c’est le cas dans ces classes uniques, tous ensemble, dans un même espace, une même classe. Ce qui oblige les enfants à être autonomes assez vite puisque l’instituteur ou l’institutrice ne peut pas être partout à la fois, s’occuper des petits, des moyens, des plus grands, etc. Quand il s’occupe de l’un d’entre eux, les autres doivent apprendre à se débrouiller tous seuls. Cela se traduit souvent aussi, en plus de cette autonomie, par une forme de solidarité, les plus grands parrainant les plus petits. Il y a comme ça une espèce de circulation des expériences, une mise en commun des savoirs, et j’ai trouvé ça intéressant. On est dans un monde si cloisonné aujourd’hui… Les générations se parlent peu, on va de plus en plus vers des réflexes communautaires, comme ça. Il n’y a pas beaucoup de mélanges, de croisements, d’échanges. Donc j’ai été attiré vers ce type d’école sans doute pour cette raison là.


FilmDeCulte - Selon quels critères avez-vous choisi cette école?

Nicolas Philibert – J’en ai visité beaucoup avant de choisir celle là… Un peu plus d’une centaine. J’ai eu envie, spontanément, de faire le film dans le Massif Central. Il faut savoir que les écoles à classe unique sont dans des régions un peu isolées, on en trouve plus en montagne qu’en plaine, plutôt en dehors des grands axes. Pour les paysages, j’ai donc commencé à chercher dans le Massif Central. Je ne voulais pas situer le film dans les Alpes ou les Pyrénées, pas dans les vallées de sports d’hiver. Plutôt dans des régions montagnardes plus douces, plus vertes. Dans des montagnes agricoles.

Au delà de ça, je voulais trouver une classe où il n’y ait pas trop d’enfants, pour qu’on puisse identifier tout le monde. Je m’étais donc fixé autour de dix ou douze enfants, une fourchette un peu abstraite, mais je voulais qu’il y ait vraiment l’éventail d’âges le plus large possible. Il fallait encore que la salle de classe soit suffisamment grande, qu’on ne se marche pas dessus, qu’elle soit assez lumineuse pour ne pas être obligé d’éclairer. Et puis au delà, tout reposait sur l’ambiance de l’école et la personnalité de l’instit ou de la maîtresse. Quand au bout de cinq mois je suis entré dans cette école, j’ai assez vite pensé que j’avais trouvé. Mais cela ne veut pas dire que toutes celles que j’avais vues avant ne convenaient pas. Il y en avait potentiellement une petite dizaine qui me plaisaient mais il y avait toujours quelque chose qui clochait. Dans telle classe, il y avait une instit que je trouvais formidable, que j’avais envie de filmer, mais la classe était plus petite. Dans un autre village, une autre allait prendre ses congés de maternité, trop tôt pour que je puisse tourner, etc. Quand je suis rentré dans cette classe là, d’abord j’ai trouvé que l’ambiance était forte et sereine en même temps. Les petits chuchotaient pendant que le maître faisait travailler les grands, il y avait ce sentiment que les uns et les autres se respectaient.

Et puis j’ai été sensible à ce que j’ai perçu de la personnalité de cet instituteur, qui m’a paru assez vite quelqu’un de très à l’écoute, et lui aussi respectueux des élèves, en fait assez modeste. C’est pas l’homme très intuitif dans ses méthodes, c’est pas quelqu’un qui m’a fait de grands discours sur sa pédagogie, mais plutôt quelqu’un d’assez empirique, d’assez pragmatique. J’ai eu le sentiment qu’il ne changerait pas son comportement face à une caméra. Je ne pouvais pas en juger non plus puisque je ne l’avais pas vu avant, mais j’ai eu l’impression qu’il ne chercherait pas à faire un numéro, qu’il serait aussi proche de ce qu’il est d’habitude. Sa voix aussi… Comment certains adultes ont tendance à changer leur voix quand ils s’adressent aux petits, bêtifient un petit peu… Alors que lui, quand il parle à Alysée qui a trois ans, ou à Jojo qui en a quatre, il ne cherche pas à modifier sa voix.


FilmDeCulte - Combien de temps a duré le tournage, comment a t-il été perçu par les familles et l’administration?

Nicolas Philibert – La première fois que j’ai rencontré l’instit, j’ai passé deux heures dans sa classe. Sentant que j’avais vraisemblablement trouvé l’école qui convenait, j’ai parlé un long moment avec lui, je lui ai expliqué mon projet… Je l’ai senti assez partant, mais je lui ai malgré tout laissé quelques jours pour réfléchir. On s’est rappelés quelques jours plus tard, et il m’a dit qu’il était d’accord pour faire le film, pour participer à l’aventure. Je lui ai tout de suite dit qu’il me fallait maintenant demander l’autorisation de l’académie, des parents et des enfants et lui m’a répondu qu’il avait déjà fait le tour des parents, que, à priori, ils étaient tous d’accords. En quelque sorte, il n’avait pas voulu me donner sa propre réponse sans avoir auparavant demandé aux uns et aux autres… Il ne voulait pas m’engager sur une fausse piste. Huit jours après, toute l’équipe est descendue et on a organisé une réunion avec les parents, les enfants, et lui, pour faire connaissance, parler du projet. J’ai tout de suite voulu dire aux parents - ça me semblait important – que leurs enfants ne seraient pas toujours forcément filmés dans les moments les plus gratifiants, que j’allais montrer combien c’est difficile d’apprendre, de progresser, etc. Il faut franchir un tas d’obstacles quand on est à l’école, et c’est ces moments là que j’allais montrer plutôt que les moments où il ne se passe rien, où ça se passe tellement bien qu’il n’y a pas d’histoire. Pour qu’il y ait histoire, il faut surmonter des difficultés.

J’ai voulu leur dire aussi que, à la fin, quand j’arriverais au montage, le film ne traiterait probablement pas à égalité chacun des enfants, parce que ce n’est pas comme ça qu’on fait un montage, c’est une construction. Et puis les rassurer aussi sur une question légitime: "Est-ce que ça ne va pas empêcher nos enfants de travailler?"... Est ce qu’ils allaient continuer à travailler durant les dix semaines de tournage? J’ai dû un peu expliquer ma méthode, ma façon de faire, mon expérience. Il m’était déjà arrivé de filmer dans des classes, et j’avais pu observer que, à l’inverse, les enfants se sachant filmés voulaient se montrer sous leur meilleur jour. Et la suite a prouvé que c’était un peu pareil cette fois encore. Il m’est même arrivé de faire semblant de filmer tel enfant, je pense en particulier à un gamin qui s’appelle Axel, qui est au CP, et qui est le seul de son niveau. C’est celui qui raconte à un moment des histoires de fantômes, au début du film. Il était souvent un peu livré à lui même, l’instit s’occupant des grands, des petits, et ne venant le voir que de temps en temps. Il y avait de longs moments comme ça où il était tout seul. Et comme c’est un enfant assez rêveur, quand je voyais qu’il n’avançait pas, qu’il avait le nez en l’air, qu’il ne faisait pas son travail, je faisais semblant de le filmer et il se mettait à travailler.

Les parents ont accepté assez facilement… C’est peut être la première chose que j’aurais dû dire, d’ailleurs. Et je crois que cette facilité pour accepter venait de la confiance qu’ils avaient dans cet instit. A partir du moment où le projet passait par lui, ils étaient partants. Les enfants… Je sais pas très bien… Je pense que les petits de quatre ans ont dit oui mais ne se sont pas rendus compte vraiment. Les plus grands étaient partants, quant à eux.

En ce qui concerne l’administration, dans la mesure où j’étais passé par eux pour obtenir des listes d’écoles à classe unique, et que c’est même l’inspecteur de la circonspection de cette école qui m’avait recommandé cet instit, ils n’ont pas fait de difficulté. J’avais été les voir pour leur expliquer le projet, j’avais déjà fait un travail en amont auprès de l’inspection académique.


Lire la suite



 
ACCUEIL | CONTACT | NOTES | AJOUTER AUX FAVORIS