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PAUL VERHOEVEN
Paul Verhoeven était donc le président du jury long-métrage du 11ème festival Fantastic’arts. C’est dans l’un des salons du Grand Hôtel de Gérardmer, et devant un parterre de journalistes attentifs, qu’il a parlé sa carrière. Loquace, il a notamment fait le point sur ses nombreux projets et donné son point de vue sur l’Amérique d’aujourd’hui.
FilmDeCulte - Même si vous avez abordé beaucoup de genres, comme la science-fiction ou le thriller, vous donnez plutôt l’impression d’être un cinéaste qui cherche à décrypter les mœurs de l’être humain. Que pensez-vous du genre en tant qu’alibi?
Paul Verhoeven - Le genre de la science-fiction nous permet de redevenir des enfants. Il offre de multiples possibilités au niveau de la narration et autorise l’utilisation de métaphores pour traiter beaucoup de sujets. L’humanité et les mœurs des humains sont des thèmes qui reviennent souvent. Pas dans tous mes films, puisque dans L’Homme sans ombre par exemple on ne peut pas vraiment parler de qualités humaines concernant mon personnage principal. Par contre, dans Robocop, le personnage du robot policier reste très humain. Il s’agit d’un Frankenstein des temps modernes qui correspond à une ligne médiane entre l’humain et la machine.
FilmDeCulte - Starship Troopers est un film extrêmement actuel au regard de la politique américaine du moment. Avec le recul, comment voyez-vous ce film et la manière dont il a été reçu à l’époque?
Paul Verhoeven - Le film a bien sur été conçu avant l’attaque contre les twin towers et la guerre en Irak, mais à l’époque où le scénariste (ndr: Edward Neumeier), déjà auteur de Robocop, a écrit ce script, je ressentais des choses par rapport à la société américaine. Il y avait une atmosphère pré-fasciste dans l’air. Tous ces pressentiments sont en train de devenir une réalité. Il est maintenant devenu très clair que le message politique que cherchent à faire passer désormais les Etats-Unis est celui du pouvoir. Le monde entier le sait, ils ont le pouvoir d’écraser n’importe quel pays qui se mettra en travers de leur chemin.
FilmDeCulte - L’élection d’Arnold Schwarzennegger au poste de gouverneur de Californie vous a-t-elle surprise?
Paul Verhoeven - Non, pas du tout. Arnold n’a jamais caché ses velléités politiques. Même à la fin des années 1980, sur le tournage de Total Recall, Arnold me parlait déjà de politique. Et il en faisait écho dans la presse de manière de plus en plus insistante depuis au moins deux ans. La campagne qui a eu lieu en faveur de la destitution de l’ancien gouverneur lui a permis de mettre en œuvre un plan qui s’est révélé fructueux puisqu’il a été élu. J’avais encore discuté avec lui il y a environ un an. Arnold m’avait alors dit qu’il était très déçu de l’industrie cinématographique américaine et que pour lui c’était devenu de plus en plus difficile de faire des films. Son état d’esprit, c’est "stay hungry", de toujours avoir faim. A partir de ce moment, Arnold cherche toujours des nouveaux défis à se lancer. Il a d’abord été champion de body-building, puis star de cinéma, et quelque part il est presque logique de le voir réussir dans la carrière politique. Pour information, à l’époque où George Bush père était président, Arnold était responsable du programme sportif du gouvernement. Le problème d’Arnold Schwarzenegger n’est pas de trouver des films à faire mais de trouver des films intéressants. J’ai le même souci.
FilmDeCulte - Pensez-vous avoir encore un avenir cinématographique aux Etats-Unis, où vos derniers films ont été plutôt mal accueillis?
Paul Verhoeven - Il est difficile de s’échapper des productions formatées des studios hollywoodiens. Starship Troopers a coûté environ 100 millions de dollars. J’ai envie de revenir à quelque chose de plus personnel, mais il n’est pas facile de faire un film personnel avec un si gros budget. Quand on arrive à avoir de l’argent européen et des budgets plus petits, on a plus de liberté de création et d’expression, et c’est la raison pour laquelle je souhaite revenir à des choses plus personnelles. Les projets sur lesquels je travaille actuellement représentent un coût de 15-20 millions de dollars, ce qui me permet de m’exprimer plus facilement.
FilmDeCulte - Pouvez vous justement nous parler de vos projets?
Paul Verhoeven - Il y en a beaucoup, mais je ne sais pas lequel va se concrétiser pour l’instant, car il faut réunir les fonds nécessaires. Aux Etats-Unis, le financement dépend de la présence d’acteurs de premier plan. Ceci étant dit, je travaille actuellement intensivement sur l’adaptation d’Azazel, le roman d’un auteur russe, Boris Akounine. Il a déjà été traduit en français, comme plusieurs autres romans policiers de cet écrivain à succès dans son pays. L’intrigue se situe en 1876 et se déroule entre Saint-Pétersbourg et Londres. Je la vois comme une aventure de Tintin pour adultes, car je n’ai pas retrouvé ce plaisir de lecture depuis que je lisais, enfant, les aventures de Tintin. Je vais essayer de retranscrire ce plaisir. Je m’intéresse également à un autre livre d’aventures ésotériques.
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